18.10.2009

Les flaques

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- Lui: regarde les flaques, on dirait le sable quand la mer descend...

- Elle:...

- Lui: tu les vois?

- Elle: mon amour, tu sais bien, je ne vois plus rien depuis longtemps

 

Montaigne à Versailles

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Il y deux galeries célèbres dans le château de Versailles:  la galerie des glaces, et la galerie des batailles.

Dans la galerie des batailles- qui est plutôt la galerie des victoires- les chefs de guerre brandissent des drapeaux sur des chevaux blancs. Leur cheval est toujours au centre du tableau, les personnages autour sont sombres, parfois une touche de rouge, parfois du sang, éclaire les scènes immenses où on a l'impression, comme tu le disais, "qu'ils jouent".

Quels siècles entre eux et nous pour que nous ayions l'impression qu'en se tuant ils jouent...

Quel espace entre eux se tuant et le tableau pour que nous ayions l'impression qu'ils jouent...

Ou quel génie peut-être à son insu (pléonasme?) du peintre pour que nous ayions en effet cette

impression qu'ils jouent...

Et puis il  y a une autre galerie, pleine de statues, apparaissant sans aucun ordre chronologique,

et pleine de bustes, figés là dans un joyeux bordel, et où au milieu d'autres apparait Montaigne.

C'est saugrenu de rencontrer comme ça Montaigne à Versailles. Je l'ai photographié, si blanc, de

face, il n'a pas baissé les yeux un instant sur moi, il est resté dans ses pensées, il semblait triste,

il ressemblait à des hommes ou des femmes que je vois souvent dans le métro, perdus aussi dans

leurs pensées, lointains et libres, tout va de travers mais rien ne peut les atteindre, parfois aussi

j'ai ces yeux-là, je les vois dans la vitre du métro, dans mon reflet.

13.10.2009

Une visite à versailles

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C'est dimanche après-midi dernier. Il fait très beau, dans le genre beau d'octobre. Et voilà on entre dans le parc à pieds par la Porte Saint-Antoine. On longe les champs aux moutons, qui pourraient, dodus et propres comme ça, être ceux de Marie-Antoinette et porter un ruban de soie bleu-pâle autour du cou.

Des enfants courent. Des scouts passent en vélo (dodus et propres, qui pourraient être ceux de Marie-Antoinette, non ce n'est pas une faute de frappe, je dis bien les scouts, et par ailleurs je n'ai rien contre eux, ni contre les moutons d'ailleurs, surtout les côtelettes, ah des bonnes côtelettes de scouts avec des brins de vrai thym par-dessus et une purée de courgettes).

 

Ah il nous faut faire un grand détour: depuis qu'Aillaghon (Monsieur" le-château-ne-

doit-pas-être-plongé-dans-le-formol", c'est toi le formol) préside le château, presque

tout dans le parc, ouvert à tous il y a encore pas si longtemps, est devenu payant. Et

c'était le cas dimanche à cause des grandes eaux musicales. (Les grandes eaux musicales,

c'est un ravissement pour l'eau: des fontaines qui jaillissent de partout, des bassins les

plus célèbres comme des bosquets les plus cachés, et une bizarrerie pour la musique: Lully,

que par ailleurs j'adore -j'ai une passion pour "Atys", vous connaissez Atys?- on dirait le

nom d'une mutuelle; pas du tout; Atys se vante de ne pouvoir être amoureux, la déesse Cybèle

aime Atys, ah c'est un magnifique opéra, jouez le pour mon enterrement- Lully donc dans

les hauts-parleurs à fond les ballons comme la musique dans un supermarché et je suis

toujours partagée: entendre Lully ici c'est répugant et c'est charmant).

Donc, détour.

Donc dans la cour d'honneur, affreux carosse violet de "l'artiste" contemporain qui suit Jeff Koons,

oh zut je ne me souviens plus de son nom, Veillan peut-être, bah on s'en fout.

Et puis ça y est on y est: la chapelle, la chambre du roi, la chambre de la reine et les jardins

si beaux vus par les fenêtres du château.

Les plafonds si hauts,la pensée de ce qu'ils voyaient tous, eux, la Cour, les courtisans, le Grand

Canal, la France au loin, les cheminées dorées, tout cet or, les pièces petites, les ribambelles

de couloirs, les escaliers, on ne sait plus où on est, savaient-ils où ils étaient? et dans une des

nombreuses galeries, d'immenses statues, Vauban, Duguesclin et oh! Fénelon! (je l'ai photographié

mais où j'ai mis le fil pour transférer la photo sur l'ordinateur?)..

Et puis beaucoup beaucoup d'hommes et de femmes venant du Japon, que pensent-ils?

que voient-ils, venus de si loin? ils photographient à tour de bras, à bout de bras.

Et puis la Galerie des Glaces (pistache, vanille, café...) rénovée, magnifique de grâce, moi je ne

vais pas dire le contraire, une merveille, une splendeur absolue, les miroirs, les lustres de cristal,

les fenêtres. Oh l'envie de la voir la nuit, éclairée aux bougies, avec les rideaux qui bougeraient

si c'est l'été et que les fenêtres sont ouvertes, oh l'envie d'y souper, oh ce verbe: y souper, oh

alors y souper et être assise juste à côté ou en face de qui on le désire merveilleusement

depuis longtemps! oh oui!

Et enfin quand on part (plein d'autres choses encore, mais bon...): ce portrait (infiniment plus

beau que les reproductions et que celle-ci horrible) qui surgit là ,au milieu des portraits qui

montrent le pouvoir, Louis XIV ou le célèbre sacre de Napoléon, ce portrait si intime, incroyable,

devant lequel j'étais tombée en arrêt à l'exposition Marie-Antoinette au Grand-Palais il y a

quelques années, ce portrait d'elle par Elisabeth Vigée-Lebrun: le rouge très particulier de cet

immense tableau, rouge comme du sang séché ou comme le théâtre, ou comme la poussière des

greniers, la tendresse des gestes des deux enfants qui touchent leur mère, on sent la chaleur,

la douceur de sa peau ; l'énigme du geste de celui qui montre le berceau vide...

Voilà: quand je regarde ce tableau, pardon de mon impudeur, je sens mes enfants bouger dans

mon ventre quand je les attendais.