10.09.2009

Restes

sophie_.jpgOui, cette photo a déjà servi pour un billet.On voyait déjà cette belle part d'aphérèse.

Avant-hier.

Mais tout d'un coup je me suis dit: et si je n'avais plus qu'une seule photo pour l'éventail? Et mettons que ce soit celle-là? Et si toutes les photos avaient été contaminées par la grippa, sauf celle-là?

Et je me suis dit que je pourrais écrire plein de billets avec toujours la même image. Tellement de toutes façons c'est pas l'image qui compte -ah ah- mais les mots, et tellement aussi c'est pas les mots qui comptent mais l'image.(Vous me suivez j'espère?)

 

Et tellement au fond c'est pas ce que j'écris qui compte -sans blague!- mais ce que chacun poursuit quand il lit les mots des autres.

En tout cas moi quand je lis. Bon. Je vais pas faire des généralités non plus. C'est pas mon genre!

Bref.

Eh bien ces deux roses ce sont un morceau d'un bouquet beaucoup plus gros, et ce sont les dernières qui n'ont pas fané, qui restent, vaillantes, de ce bouquet.

Eh bien le petit vase ancien , très joli, on voit pas bien là, dans lequel elles sont c'est la seule chose qui me reste de ma grand-mère maternelle.

Eh bien l'image de cet endroit à Saint-Malo c'est ce qui me reste dans la cuisine, de Saint-Malo où je suis allée si souvent pendant vingt ans.

(On s'en fout!)

Et pour le morceau de tarte c'est ce qui en reste. Donc zou un billet "Restes" avec cette image.

Et si vous êtes finauds, "restes"  sans point d'exclamation autoritaire c'est aussi un mot d'amour simple et doux. Ainsi sur l'éventail on peut imaginer un seul titre "Restes". Hé d'ailleurs, le frère jumeau méconnu de Roland Barthes ne s'appelle pas Robert Restes?

 

02.12.2008

Albert et Fabien, ça ne va pas le faire

roland barthes.jpg

 

 

 

 

 

 

 

- Mais arrête, fais pas la gamine, tu sais bien qu'il s'appelle pas Fabien! s'agace Albert

- Si, si, c'est Solko qui l'a dit, Pascal Adam aussi

- Pfff, reviens sur terre!

- Alors là, trop fort! C'est toi qui me dit ça Albert! (je vous rappelle qu'Albert est mort en 36)

- Bon (visage lassé d'Albert) d'accord, il s'appelle Fabien, mais pas Bartez, Fabien Barthes avec un "s"

- Tu crois?

- J'en suis sûr, tu connais "S/Z" rassure-moi ? eh bien S/Z  c'est ça ! le "s" de Barthes, le "z" de Bartez

- Albert t'explique trop bien! Et "Le degré zéro de l'écriture alors"?

- Ben c'est pareil, c'est S/Z, c'est le niveau pas jojo de ton orthographe si tu préfères

- T'exagère, là! Et "Système de la mode", hein, hein?

- "Système de la mode", écoute bien, prends le "Elle" de cette semaine, que vois-tu sur la couverture?

Les 50 femmes les mieux habillées du monde. Bon. Ouvre-le."Ceinture de cuir au-dessus de la taille

piquée d'une rose" ou "pendants d'oreilles en or blanc sur top en velours", eh bien tu vois ce sont des énoncés

creux, vides de sens,devant lesquels Fabien s'émerveille et où il nous montre son échec à fonder le système

sémiologique qu'il voulait démontrer, il reste juste là comme Proust qui détaillait les robes d'Albertine...

- Il se plante, tu veux dire?elle.jpg

- Tu parles qu'il se plante, belle plante!

- Mais quand même...

- Mais quand même rien du tout

- Mais "Le plaisir du texte"?

- Ah que veux-tu je suis peut-être de parti-pris, mais réduire le vin à un mythe! déclarer la mort

de l'auteur! ergoter des heures sur le Non-Vouloir -Saisir!

- Albert, ne sois pas si obtus, Fabien jouait Debussy au piano et Fauré et Schumann

- Mais ce délire sur la langue "fasciste" a-t-il dit!

- Remarque c'est quand même à cause de la langue  italienne que Zidane...

- Stupid girl! (Quand Albert parle anglais, c'est grave, mais je continue)

- Fabien est mort renversé par une camionnette,  il n'a pas été tué sur le coup, il s'est laissé mourir,

la vie dit-on s'échappait de lui comme le lait d'une bouteille renversée, il n'admettait pas qu'on puisse

faire un reproche à quelqu'un qu'on aimait, un ami, un amour, et n' ayant donc jamais reçu un seul reproche,

une seule observation, de sa mère dit-on, était très susceptible...

- ...et ressemblait tant que ça à Bruno Cremer?demande Albert

- Non, sur cette photo un peu, et comme il a l'air triste, non?

- Tu l'as trouvée dans France Football? se moque Albert

(Fais ton malin, Albert!)

- Non monsieur et je la trouve formidable, le palmier, la cravate noire, on se croirait à un cocktail

d'éditeurs sur la côte d'azur, euh non, tiens, devant la chartreuse de valdemossa, Fabien vient

rendre visite à George et à Chopin, ils parleront poumons (oh ça, c'est de très mauvais goût!)

 

 

 

 

 

30.11.2008

"la puissance d'un langage inutile"

 

Photo 016.jpg

Donc François-René est là-bas, sur le grand Bé, à gauche sur la photo, sa tombe tournée bien sûr vers le large. A marée haute, il est séparé de la ville.

Je ne cesse pas depuis deux mois de penser à lui.Sans savoir pourquoi, mais l'explication m'est venue soudain ce matin. Explication personnelle évidemment comme tout ce qui nous meut (j'hésite un peu quand même à écrire meut!) : sans doute parce que mes parents vivant depuis longtemps à Saint-Malo mais ayant déménagé il y a deux mois près de chez moi près de Paris,je sens François-René abandonné. C'est un raccourci, ce n'est pas tout à fait ça, mais c'est ça aussi, et bon, passons.

En fait je vais être brutale avec moi, c'est un raccourci entre sa tombe à lui et celle à venir de mes parents, mais je crois aussi que c'est ainsi qu'on lit, avec ce va et vient entre le texte et nous. J'en suis sûre pour moi en tous cas.

Donc je lis et relis et lis Chateaubriand.

Et "La vie de Rancé" que j'avais oubliée, qui ne m'avait pas beaucoup touchée et qui désormais, en superposition: François René + Rancé, ne me quitte plus.

Et du coup je viens enfin de lire la préface que Barthes a écrite  en 1965 pour la collection 10/18. On la trouve maintenant dans le tome IV des Essais critiques au Seuil.

Cette préface , Barthes l'a titrée "La voyageuse de la nuit", car c'est ainsi que Chateaubriand appelle la vieillesse et Barthes s'arrête à ces mots sublimes de François-René. Solko disait ici dans un commentaire l'autre jour que ce n'est pas pour rien qu'on appelait (qu'on appelle?) Chateaubriand "L'enchanteur" ce que je ne savais pas.

La préface de Barthes est brillante et en même temps tremble. C'est beau, c'est fou.

"(...) A quoi sert de dire chat jaune au lieu de chat perdu? d'appeler la vieillesse voyageuse de nuit(...) Nous ne savons pas si Chateaubriand reçut quelque plaisir, quelque apaisement, d'avoir écrit La vie de Rancé; mais à lire cette oeuvre et bien que Rancé lui-même nous indiffère,nous comprenons la puissance d'un langage inutile(...) Par rapport à la difficulté d'être, dont elle est une observation continuelle, la Vie de Rancé est une oeuvre souverainement ironique (...) N'est-elle pas un certain "détachement"  appliqué par l'excès des mots (toute écriture est emphatique) à la manie poisseuse de souffrir?"

(pour une fois, c'est une photo "maison")