04.08.2009

Le poids des livres

Ce sont des jours tranquilles et que je goûte comme tels: des enfants

qui ne sont là qu'en pointillés, des amis éparpillés en vacances (ou même

en vaécances!), des obligations réduites...

Je nettoie les placards de la cuisine, je regarde le ciel, j'écris des lettres

d'amour à mon contrôleur des impôts, et je discute de mille choses avec

Absinthe, délicieuse peluche  tombée du 9ème étage dont je m'émerveille

qu'elle soit ici vivante, avec moi pour de longs câlins sur le balcon,

dans le calme des immeubles, alors ça, complètement, ou presque, désertés.

      Et puis je vends mes livres. Après le déjeuner donc,  je pars ainsi,

portant un grand sac plein de titres aimés que je n'ai pas trop regardés, pas

 la peine d'avoir des regrets au moment de s'en  séparer! Le chemin est un peu

 long, un bout de train, un bus, un peu de marche et me voilà devant la façade

 de Gibert ...fermée. On est lundi. Un oeil en face dans la vitrine des escarpins, et

je suis déjà assise à la terrasse du Quick comme l'autre jour. Il fait bon, il n'y a

pas un chat, quelle douceur dans l'air, le ciel un peu voilé, Versailles comme une

ville du far west, abandonnée.

Le coca est exquis quand au clocher d'une église sonne soudain le glas. C'est l'après-midi

et le glas sonne. Je pense alors que l'amour est cette force qui fait tenir aujourd'hui,

à cet instant, le coca ensemble avec le glas. Les deux sont là, harmonieusement.

Tranquillosse je finis le coca en suçant les glaçons du gobelet en carton.

Je repars. C'est dans le bus, sans réfléchir, que je prends le premier livre dans mon

 grand sac.

Je l'ouvre. Et  lis à la première page: "Il y a quelques années, comme je bouquinais

dans une librairie, je tombais sur un roman de Chesterton dont je connaissais le titre,

mais que je n'avais jamais eu entre les mains, le Napoléon de Notting Hill. Poussé par

la curiosité je l'ouvris à la première page et lus le commencement de la première phrase

du chapitre 1:" L'espèce humaine à laquelle appartiennent tant de mes lecteurs...",

et là je continue, et je succombe! ce livre est merveilleux, je l'avais survolé, ou pas lu, ou oublié,

 je ne sais pas. C'est "Protée et autres essais" de Simon Leys (auteur aussi d' un livre sur Orwell,

parmi beaucoup d'autres livres).

Voilà: ce n'était pas pour rien qu'aujourd'hui Gibert était fermé.

Et ce n'est pas pour rien que les livres sont lourds, à l'aller et au retour, au bout de nos bras parfois

bien ingrats. C'est un poids pourtant bien léger.

 

31.07.2009

"Courage"

AKHMATOVA.jpgJe suis au milieu de l'après-midi à la terrasse du Quick de Versailles. On ne se refuse rien. C'est une jolie terrasse saugrenue pour un Quick- oui mais voilà la vie est aussi sotte que grenue- , avec des tables en teck et je m'attarde, délicieusement heureuse de, pour une fois, ne pas être pressée.

Et je tombe sur ces vers d'Anna Akhmatova qui me vont droit au coeur, elle que je ne connaissais pas ce matin. Elle est née à Odessa en 1889 et elle est morte en 1966:

"Courage"

Nous savons ce qui maintenant est en balance

Et ce qui maintenant s'accomplit.

Nos horloges sonnent l'heure du courage,

Et le courage ne nous abandonnera pas.

Il n'est pas terrible de tomber sous les balles,

Il n'est pas amer de rester sans toit

Et nous te garderons, langue russe

Immense parole russe.

Nous te porterons libre et pure,

                                                                         Nous te transmettrons à nos descendants,

                                                                         Et nous te sauverons de la captivité,

                                                                         A jamais.

                                                                                                     Tachkent, 23 février 1942