18.11.2008

Pas de la gnognotte

chateaubriand2.jpg

(je l'adore dans cette pose, Chateaubriand, sans doute

sur le grand Bé, en face de Saint-Malo où il sera enterré

plus tard, mais pour l'instant il est là, il glande comme

tous les lycéens de saint-malo qui ont séché les cours,

ici, face à la mer, en chaussettes -on voit bien ça sur

l'image, non? et qui reviendront quand la marée va monter

pour ne pas être encerclés -ce qui est prudent- diner

le soir chez leurs parents)

 

 

 

 

 

"Hanté par son système, trop orthodoxe pour user librement des textes sacrés, trop peu

"voyant" pour leur redonner vie, Chateaubriand n'a fait qu'une mosaïque de textes

théologiques - une chose ennuyeuse", écrit T. Delarouzée dans sa présentation des

"Martyrs" de Chateaubriand. Et vlan.

Fine mouche, elle pointe la contradiction du texte, touché par la grâce quand il s'agit

d'évoquer le paganisme, nettement plus coincé quand il peint le christianisme, alors

même que l'objectif de son grand poème épique, c'est justement ça, de montrer la

suprématie du christianisme sur le paganisme.

Et elle réussit donc à nous emmener là où le merveilleux emporte Chateaubriand, là où

quelque chose lui échappe dans son écriture (il s'en est rendu compte ensuite évidemment,

et en re-parle dans Les Mémoires d'outre-tombe, précise Thérèse. - On est à tue et à toi,

Thérèse et moi depuis dimanche. En vrai. Je suis pas ironique. Elle a ce prénom, oui, qui pourrait

prêter à l'ironie, sous prétexte que qui  s'appelle Thérèse aujourd'hui? Eh bien non je ne

mange pas de ce pain-là, Albert vous le dira.D'ailleurs je n'aime que les gens qui n'ont

pas des prénoms de cour de récré d'aujourd'hui.)

Se lancer dans ce truc épique, immense, c'est ce qui me plait chez Chateaubriand.. C'est pas de

la gnognotte.

Alors le sujet. Le sujet des Martyrs, Thérèse l'énonce fort bien."La donnée première est d'une

humaine et riche banalité. (une "riche banalité", une fois de plus, tout est dit!)Un jeune chrétien

grec, Eudore, s'éprend d'une douce païenne Cymodocée, descendante d'Homère. Elle

l'aime.Il l'épousera si elle rejette ses dieux et suit la religion du Christ."

Fin tragique (désolée pour le suspense, si vous le lisez; bon, je vous préviens,c'est pas "le mystère

de la chambre jaune", non plus): ils finiront "martyrs dans l'amphithéâtre de Vespasien, où devant

les fauves se célèbreront leurs noces sublimes"

Hein que ça a de la gueule?

(à suivre)

Ah ce drapé, cet ovale, ce violet, ces extraits!

martyrs violet.JPG

Illustration que j'aurais bien posée, hop,

à côté de Chateaubriand (Alfred de son prénom bien sûr)

à droite donc, sur le billet en-dessous.

A condition que je sache juxtaposer deux images.

C'est pas le cas. J'apprends les couleurs.

Une chose à la fois, bon sang.

 

17.11.2008

Force harpes à la société élégante

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J'ai cité l'autre jour "Les Martyrs" de Chateaubriand (pour faire mon auto-portrait), mais

sans en avoir lu une ligne. A cause de martyr dans le titre, ce qui ne pouvait faire rire que certains,

certains qui ceci dit ne viennent pas ici, dieu soit loué, dieu m'en garde, dieu du ciel, dieu sait quoi.

Mais me faisait quand même rire, personnellement, ce qui est toujours ça que les anglais

n'auront pas. "Fais pas ta tête de martyr" disait mon ex-mari en me tapant sur la tête avec une poële

à frire. Bref.

Me voilà donc aujourd'hui dans le métro, plongée dans "Les Martyrs" de Chateaubriand.

Dans l'ancienne édition des classiques Larousse :couverture violette, petit fascicule, pratique

comme tout dans le métro, édition enchanteresse.

Aujourd'hui, hop, le texte.J'en reparlerai.

Mais hier, cette ouverture comme on n'en fait plus: une volée de bois vert pour Chateaubriand.

Un ton bien plus irrévérencieux que dans toutes les éditions d'aujourd'hui. L'auteur-le génie se prend

en pleine poire de ces trucs. J'adore vraiment. Et avec ça un style incomparable. Vous suivez:

je parle toujours des pages explicatives qui précèdent le texte de Chateaubriand.

J'en ai déjà parlé ici: ah trop chic, je pourrais me citer et faire un lien qui renvoie à

mon billet d'hier "ça calme", mais je peux pas!

Là quand même, me citer moi-même, mon surmoi me retient par la manche:

"déconne pas, si tu fais ça, tu descends au fond de la cuve". Et au fond de la cuve, il fait

froid, ya des rats. Et le  local poubelle. Merci bien. Chez moi, c'est les enfants qui descendent

les poubelles.Faut que ça serve à quelque chose des enfants. J'y vais pas moi. Pas folle. Moi je

reste au chaud, assise en biais sur un fauteuil crapaud, je contemple les bouquets de violette

envoyés du bout du monde par des hommes aux larges épaules, ceux qui coupent la jungle à

la machette pour faire des choses importantes comme trouer la couche d'ozone.

Donc:

- "Chateaubriand a échoué dans sa tentative" (Prends ça!)

- "Des phrases entières du copieux ouvrage "Voyage du jeune Anacharsis" de l'abbé Barthélemy

(1788) ont passé dans les Martyrs" (Copieur!)

-"Nombre d'images sont laborieusement homériques dans les Martyrs" ( Direct du gauche)

- "Par un étrange aveuglement.." (Et vas-y)

-"Il n'a pas su créer...." (Et zy va)

N'en jetez plus, crie Chateaubriand dans la cuisine. Il fait des crêpes...avec la fameuse poële à

frire. Constante de la poële à frire...

Ne protestez pas. Il n'est pas malheureux. Albert est là. Ils discutent tous les deux dans la

cuisine, sous prétexte de crêpes.Ils parlent de la crise. Tu parles, la crise des crêpes qu'ils sont en

train de foirer, oui.

Bon,  bientôt je m'étendrai en long, en large et en travers sur les beautés du texte de

Chateaubriand....que la notice aussi reconnait volontiers. Style: qui aime bien, châtie bien.

Les éditions dites "parascolaires" (je reviens, je vais vomir) d'aujourd'hui, sont aseptisées,

vidées de sens et de chair, on le voit encore mieux à côté de ça.

En fait ce que j'appécie tant ici, comme chez Thibaudet, c'est cette fraîcheur dans le jugement,

on est dedans. Le contraire de la distance supérieure d'aujourd'hui.

Et cette distance c'est elle qui tue les morts.

Ah ! deux mots encore sur la notice.Quelques lignes délicieuses sur: " Ce qui se passait en 1809".

Plein de choses. Goethe publie "Les affinités électives" par exemple. Le pape lance l'excommunication

contre Napoléon. Le mariage de Napoléon et Joséphine est dissous.

Mais aussi ceci, le meilleur: " Pleyel vient de fonder sa maison de pianos à Paris (1807) et vend force

harpes à la société élégante". Force harpes, oui. Songeons-y.Songeons-y un peu.

 

16.11.2008

ça calme

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"Les anachronismes abondent , anachronismes de faits, de moeurs.

Cymodocée semble sortir d'un mégaron mycénien, Velléda se donne parfois

des allures "troubadour";les légions de Constance vont à l'assaut composées et

équipées comme au temps des guerres puniques,et c'est Polybe le responsable;

ces Francs du IIIème siècle n'ont point changé depuis Tacite, et les Celtes

adorent des dieux germains." (*)

 

Voilà:ça calme.

Allez vous donner une allure "troubadour ",ensuite. Vous m'en direz des nouvelles.

 

 

(*) Il s'agit de la notice explicative des "Martyrs" de Chateaubriand, dans l'édition

des classiques Larousse  de 1946 (l'année où j'ai pris ma retraite). Cette notice est signée

"Melle Thérèse Delarouzée, agrégée des Lettres Professeur au lycée Lamartine". Thérèse

Delarouzée, vous ne pouvez pas savoir comme votre notice me plait.

M'entendez-vous Thérèse ? Bon, et pendant que vous êtes-là, rappelez-nousqui est Cymodocée?

Une des Néréides dans l'Iliade. D'accord.Et c'est quoi un mégaron? un gros rond? non? une

habitation de l'âge de bronze en Grèce. Et qui est ce Velléda, Velleda les ardoises? Ah non, une

déesse romaine devenue la statue d' une druidesse qui se tue par amour...

En tous cas si Chateaubriand lui a donné des allures "troubadour", il charrie, c'est sûr. Faut pas

exagerer non plus.On leur donne des allures troubadour et on sait comment ça va finir. Chienlit

et compagnie. Good night Thérèse. En fait, je vous aime vraiment.