05.10.2009

Le courage, l'amour.

"...Dans Compagnons, quand les ouvriers se demandent comment

leur copain Jean, qui agonise sur le bord du chemin, va faire pour

rentrer chez lui, ce Jean Kernevel, à demi mort pourtant, murmure:

"Faudra ben" et c'est tout ce qu'il faut à Louis Guilloux pour faire

voir ce qu'est le courage. Sept petits mots lui suffisent à écrire une

des plus belles phrases d'amour de la littérature: quand le soldat

revient de guerre, gueule cassée, trou en guise de nez, sa femme

blémit, puis lui prend le bras et dit: "Mon ptit Louis, c'est toi quand

même..."

 

 

Mona Ozouf

Composition française

Gallimard, 2009

03.10.2009

Journal du dimanche

guilloux.jpgParfois le week-end je lis "Le Journal du dimanche". Sachant

que je mets une bassine à côté de moi pour vomir de temps

en temps mais bon.

Journal du dimanche de ce week-end donc. Allons-y.

Eh bien voilà:  il y a un bel article sur Louis Guilloux à l'occasion

de la sortie du volume Quarto chez Gallimard (voir le billet de

Solko du 25 septembre, oui je le redis bien sûr).

L'article -signé Marie-Laure Delorme- finit comme ça:

"...L'écriture de Louis Guilloux est poétique et pragmatique. Pas

peur de se salir les mains, pas peur de se hisser au-dessus de la

mêlée.

Le sang noir raconte un sang qui ne circule plus  (...) On voit la vie puis on voit la beauté

puis on voit la vie vidée de toute beauté. On reste avec ça".

C'est beau.

C'est beau: "pas peur de se salir les mains".

C'est beau: "pas peur de se hisser au-dessus de la mêlée".

C'est beau les deux ensemble.

C'est beau: "on reste avec ça".

(Bref, il y a toujours un truc bien dans le jidédé...

C'est comme dans la vie: on croit que c'est tout pourri et puis non, en fait non,

ce n'est pas TOUT pourri.)

 

 


 

 

 

01.10.2009

Louis Guilloux "sarcastique et tendre..."

"...Mon professeur de 3ème Renée Guilloux, la femme de Louis, avait été toute jeune

le professeur de ma mère à l' Ecole normale d'institutrices, et c'est grâce à elle que

Dickens et Tchekhov figuraient dans la bibliothèque de la maison. Elle mène à sa

manière nonchalante, un combat pour que notre classe qui rêve de théâtre, joue

Les femmes Savantes au lieu d'une niaiserie - une certain Mariage de Papillon dans

mon souvenir- que veut imposer et qu'impose finalement, à notre amère déception,

une demoiselle bigote qui nous juge trop jeunes pour Molière.

La manière emportante qu'a Madame Guilloux d'expliquer Iphigénie nous fait presque

comprendre qu'on puisse sacrifier une fille pour du vent (...)"

J'ai bientôt le privilège de franchir la porte de celui que je sais être "un grand écrivain" (...)

De lui, qui se montrait à la fois sarcastique et tendre, j'ai reçu des leçons évasives,

lâchées entre un rire, deux bouffées de pipe, de longs silences près des feux de bois

qu'il confectionnait en artiste. Il épinglait à mon intention le conformisme littéraire de la

petite ville de Saint Brieuc dont l'éloge suprême à propos d'un livre était "ça se laisse lire" (...)"

 

(Hé, à propos de Louis Guilloux voir le billet de Solko du 25 septembre)

 

 

Composition française

Mona Ozouf

Gallimard