31.03.2009
A nouveau Péguy
"... Mais je vous connais, vous êtes toujours les mêmes.
Vous voulez bien me faire de grands sacrifices,
pourvu que vous les choisissiez.
Vous aimez mieux me faire de grands sacrifices,
pourvu que ce ne soit pas ceux que je vous demande
Que de m'en faire de petits que je vous demanderais.
Vous êtes ainsi, je vous connais.
Vous ferez tout pour moi, excepté ce peu d'abandonnement
Qui est tout pour moi.
Soyez donc enfin, soyez comme un homme
Qui est dans un bateau sur la rivière
Et qui ne rame pas tout le temps
Et qui quelquefois se laisse aller au fil de l'eau.(...) "
Le mystère des Saints innocents
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30.03.2009
"J'ai vu la profonde mer et la forêt profonde et le coeur profond de l'homme..."
"Comme une branche de mimosa..." dit Solko
"....Rien n'est beau comme un enfant qui s'endort en faisant sa prière, dit Dieu.
Je vous le dis, rien n'est aussi beau dans le monde.
Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau dans le monde.
Et pourtant j'en ai vu des beautés dans le monde
Et je m'y connais. Ma création regorge de beautés,
Ma création regorge de merveilles.
Il y en a tant qu'on ne sait pas où les mettre.
J'ai vu des millions et des millions d'astres rouler
sous mes pieds comme le sable de la mer.
J'ai vu des journées ardentes comme des flammes.
Des jours d'été de juin, de juillet et d'aôut.
J'ai vu des soirs d'hiver posés comme un manteau.
J'ai vu des soirs d'été calmes et doux comme une
tombée de paradis
Tout constellés d'étoiles.
Et Paris et Reims et Rouen et les cathédrales qui
sont mes propres palais et mes propres châteaux.
Si beaux que je les garderai dans le ciel.
J'ai vu la capitale du royaume et Rome capitale de
la chrétienté.
J'ai entendu chanter le messe et les triomphantes
vêpres.
Et j'ai vu ces plaines et ces vallonnements de France.
Qui sont plus beaux que tout.
J'ai vu la profonde mer, et la forêt profonde, et le
coeur profond de l'homme.
J'ai vu des coeurs dévorés d'amour
Pendant des vies entières
Perdus de charité.
Brûlant comme des flammes.
J'ai vu des martyrs si animés de la foi
tenir comme un roc sur le chevalet
Sous les dents de fer.
(Comme un soldat qui tiendrait bon tout seul toute
une vie
Par foi
Pour son général (apparemment) absent).
J'ai vu des martyrs flamber comme des torches
Se préparant ainsi les palmes toujours vertes.
Et j'ai vu perler sous les griffes de fer
Des gouttes de sang qui resplendissaient comme des
diamants.
Et j'ai vu perler des larmes d'amoour
Qui dureront plus longtemps que les étoiles du ciel.
Et j'ai vu des regards de prière, des regards de
tendresse,
Perdus de charité,
Qui brilleront éternellment dans les nuits et les
nuits.
et j'ai vu des vies tout entières de la naissance à la
mort,
Du baptême au viatique
Se dérouler comme un bel cheveau de laine.
Or je le dis, dit Dieu, je ne connais rien d'aussi beau
dans tout le monde
Qu'un petit enfant qui s'endort en faisant sa prière
Sous l'aile de son ange gardien
Et qui rit aux anges en commneçant de s'endormir.
Et qui déjà mêle tout ça ensemble et qui n'y comprend
plus rien
Et qui fourre les paroles du Notre Père à tort et à
travers pêle-mêle dans les paroles du Je vous salue Marie
Pendant qu'un voile déjà descend sur ses paupières
Le voile de la nuit sur son regard et sur sa voix.
J'ai vu les plus grands saints, dit Dieu. Eh bien je vous le dis.
Je n'ai jamais rien vu de si drôle et par conséquent
je ne connais rien de si beau dans le monde
Que cet enfant qui s'endort en faisant sa prière
(Que ce petit être qui s'endort de confiance)
Et qui mélange son Notre Père avec son Je vous salue Marie;
Rien n'est aussi beau et c'est même un point
Où la Sainte Vierge est de mon avis.
Là-dessus.
Et je peux bien dire que c'est le seul point où nous
soyons du même avis. Car généralement nous sommes d'un avis contraire.
Parce qu'elle est pour la miséricorde.
Et moi il faut bien que je sois pour la justice.(...)"
Charles Péguy
Le mystère des Saints Innocents.
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