18.10.2009
Montaigne à Versailles

Il y deux galeries célèbres dans le château de Versailles: la galerie des glaces, et la galerie des batailles.
Dans la galerie des batailles- qui est plutôt la galerie des victoires- les chefs de guerre brandissent des drapeaux sur des chevaux blancs. Leur cheval est toujours au centre du tableau, les personnages autour sont sombres, parfois une touche de rouge, parfois du sang, éclaire les scènes immenses où on a l'impression, comme tu le disais, "qu'ils jouent".
Quels siècles entre eux et nous pour que nous ayions l'impression qu'en se tuant ils jouent...
Quel espace entre eux se tuant et le tableau pour que nous ayions l'impression qu'ils jouent...
Ou quel génie peut-être à son insu (pléonasme?) du peintre pour que nous ayions en effet cette
impression qu'ils jouent...
Et puis il y a une autre galerie, pleine de statues, apparaissant sans aucun ordre chronologique,
et pleine de bustes, figés là dans un joyeux bordel, et où au milieu d'autres apparait Montaigne.
C'est saugrenu de rencontrer comme ça Montaigne à Versailles. Je l'ai photographié, si blanc, de
face, il n'a pas baissé les yeux un instant sur moi, il est resté dans ses pensées, il semblait triste,
il ressemblait à des hommes ou des femmes que je vois souvent dans le métro, perdus aussi dans
leurs pensées, lointains et libres, tout va de travers mais rien ne peut les atteindre, parfois aussi
j'ai ces yeux-là, je les vois dans la vitre du métro, dans mon reflet.
13:09 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : versailles, galetie des batailles, montaigne, pensées, liberté, reflet, humanité
20.11.2008
Tempêtes du monde et de son coeur
Splendide préface de Berne-Joffroy à La vie de Rancé, en folio.
"...On peut être tenté de voir dans les trappistes, des êtres à part, des êtres peu faits
pour la vie, dans les hommes et les femmes qui considèrent la mort comme un havre,
et soutenir que seuls valent en ce monde ceux qu'animent des appétences de vie.
Pourtant l'histoire nous montre que de grands païens du monde antique avaient
touchant la vie et la mort des idées toutes semblables. En quoi de telles idées
pourraient-elles empêcher quelqu'un d'exercer son métier avec intelligence et avec
ardeur, ou de se comporter familièrement avec humanité et avec chaleur? Elles
peuvent seulement l'aider à accueillir plus sereinement les tempêtes du monde
et celles de son coeur, comme les différentes formes de l'injustice. Faire grief de
telles idées au seul christianisme serait en tous cas une erreur. Le christianisme
n'a fait que développer une mythologie singulière en marge d'une philosophie
bien vivante avant lui. Relisons Cicéron..." la suite est page 33, donc de l'édition
folio (avec en couverture un "saint-bernard écrivant" que je trouve complètement
absurde!)
15:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rancé, païens, christianisme, cicéron, humanité, la trappe

