17.11.2008
Force harpes à la société élégante
J'ai cité l'autre jour "Les Martyrs" de Chateaubriand (pour faire mon auto-portrait), mais
sans en avoir lu une ligne. A cause de martyr dans le titre, ce qui ne pouvait faire rire que certains,
certains qui ceci dit ne viennent pas ici, dieu soit loué, dieu m'en garde, dieu du ciel, dieu sait quoi.
Mais me faisait quand même rire, personnellement, ce qui est toujours ça que les anglais
n'auront pas. "Fais pas ta tête de martyr" disait mon ex-mari en me tapant sur la tête avec une poële
à frire. Bref.
Me voilà donc aujourd'hui dans le métro, plongée dans "Les Martyrs" de Chateaubriand.
Dans l'ancienne édition des classiques Larousse :couverture violette, petit fascicule, pratique
comme tout dans le métro, édition enchanteresse.
Aujourd'hui, hop, le texte.J'en reparlerai.
Mais hier, cette ouverture comme on n'en fait plus: une volée de bois vert pour Chateaubriand.
Un ton bien plus irrévérencieux que dans toutes les éditions d'aujourd'hui. L'auteur-le génie se prend
en pleine poire de ces trucs. J'adore vraiment. Et avec ça un style incomparable. Vous suivez:
je parle toujours des pages explicatives qui précèdent le texte de Chateaubriand.
J'en ai déjà parlé ici: ah trop chic, je pourrais me citer et faire un lien qui renvoie à
mon billet d'hier "ça calme", mais je peux pas!
Là quand même, me citer moi-même, mon surmoi me retient par la manche:
"déconne pas, si tu fais ça, tu descends au fond de la cuve". Et au fond de la cuve, il fait
froid, ya des rats. Et le local poubelle. Merci bien. Chez moi, c'est les enfants qui descendent
les poubelles.Faut que ça serve à quelque chose des enfants. J'y vais pas moi. Pas folle. Moi je
reste au chaud, assise en biais sur un fauteuil crapaud, je contemple les bouquets de violette
envoyés du bout du monde par des hommes aux larges épaules, ceux qui coupent la jungle à
la machette pour faire des choses importantes comme trouer la couche d'ozone.
Donc:
- "Chateaubriand a échoué dans sa tentative" (Prends ça!)
- "Des phrases entières du copieux ouvrage "Voyage du jeune Anacharsis" de l'abbé Barthélemy
(1788) ont passé dans les Martyrs" (Copieur!)
-"Nombre d'images sont laborieusement homériques dans les Martyrs" ( Direct du gauche)
- "Par un étrange aveuglement.." (Et vas-y)
-"Il n'a pas su créer...." (Et zy va)
N'en jetez plus, crie Chateaubriand dans la cuisine. Il fait des crêpes...avec la fameuse poële à
frire. Constante de la poële à frire...
Ne protestez pas. Il n'est pas malheureux. Albert est là. Ils discutent tous les deux dans la
cuisine, sous prétexte de crêpes.Ils parlent de la crise. Tu parles, la crise des crêpes qu'ils sont en
train de foirer, oui.
Bon, bientôt je m'étendrai en long, en large et en travers sur les beautés du texte de
Chateaubriand....que la notice aussi reconnait volontiers. Style: qui aime bien, châtie bien.
Les éditions dites "parascolaires" (je reviens, je vais vomir) d'aujourd'hui, sont aseptisées,
vidées de sens et de chair, on le voit encore mieux à côté de ça.
En fait ce que j'appécie tant ici, comme chez Thibaudet, c'est cette fraîcheur dans le jugement,
on est dedans. Le contraire de la distance supérieure d'aujourd'hui.
Et cette distance c'est elle qui tue les morts.
Ah ! deux mots encore sur la notice.Quelques lignes délicieuses sur: " Ce qui se passait en 1809".
Plein de choses. Goethe publie "Les affinités électives" par exemple. Le pape lance l'excommunication
contre Napoléon. Le mariage de Napoléon et Joséphine est dissous.
Mais aussi ceci, le meilleur: " Pleyel vient de fonder sa maison de pianos à Paris (1807) et vend force
harpes à la société élégante". Force harpes, oui. Songeons-y.Songeons-y un peu.
23:49 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : martyrs, poële à frire, harpe, violettes, larousse


