29.07.2009

Ary Scheffer invite, ou "Lénore, les morts vont vite"

P1010733.JPG(photo: sophie)

Vendredi dans mon atelier, j'invite comme dab', comme tous les vendredis: Sand, Chopin, Delacroix, Rossini, Liszt, Pauline Viardot, Thiers (qui me souffle-t-on a exécuté 25 000 communards, bon, vérifier les dates, quand venait-il ici, avant ou après? avant je suppose, avant qu'il soit le chef du gouvernement), Dickens....L'adresse? 16 rue Chaptal.Bon. Pour ceux qui n'ont pas entendu parler de moi je suis né en 1795 aux Pays Bas, puis je me suis installé en France, j'ai fait le portrait de La Fayette que j'admire beaucoup, un collègue à moi- il a même ouvert sa galerie, très connue!, moi je suis heureux avec mon atelier, sa cour pavée, ses fleurs et son allée romantique de robiniers (qui sont des sortes d'acacias amenés parait-il en France en 1601...par un botaniste qui s'appelait Jean Robin). Mon frère a traduit La Divine Comédie et moi je suis fou de "Lénore, les morts vont vite", la ballade de Bürger traduite par Nerval,qui m'a inspiré un beau tableau -oui dans un genre sombre qu'on aime ou qu'on n'aime pas, enfin disons que ce n'est pas du Yves Klein- qu'on peut voir ici en 2009.(puisque c'est ici d'ailleurs que je l'ai peint)

Bon. Vendredi donc. Amenez des chips.

Ary.

(c'est au "musée de la vie romantique", un petit musée très bien, perdu vers la place Clichy,sans écouteurs, sans librairie, sans magasin à la con, sans explications prétentieuses, mais avec un vrai petit jardin charmant, quelques américaines égarées et charmées, trop mignonnes à photographier sur les marches du perron puiqu'elles le demandent si poliment! et surtout un personnel comme on dit inimaginablement gentil et attentif et discret, quoique très nombreux -c'est sidérant! quel joli plan de réduction du chômage!)

Ah, j'oubliais: il y a actuellement dans le musée une vraiment magnifique exposition de photos de Marc Riboud. Même si les romantiques vous gonflent -moi aussi des fois mais j'adore, ça ne se discute pas, voir une vraie bague de George Sand ça me met en transes- cette expo qui n'a rien à voir vaut le détour. Ces photos sont extraordinaires et il y en a des tonnes, la plupart, presque toutes, dans un sublime noir et blanc.

Magnifiques photos de Paris dans les années cinquante par exemple.

29.12.2008

2008: quelle belle année! (l'heure des bilans a sonné)

Janvier: le 7, Fénelon est mort à Cambrai, je ne porte pas le deuil longtemps, dès le 10

il sonne chez moi, et m'apporte délicatement un  boa en cygne rose que je suis un peu

obligée de porter autour du cou (il gratte) quand nous dinons en ville. Jacques, toujours

gracieux, qui a fondé l'Ecole de la Cause Freudienne ce même mois de janvier m'a dit:

"Et en plus, il est moche" (le boa)

 

Février: le 12, Alfred a été élu à l'Académie Française; il adore, sauf "supporter ce raseur

d'Erik Orsenna". Ah ben tant pis pour lui! Donc je lui ai dit: "Alfred, tu l'as bien cherché,

maintenant faut assumer!" Sa hantise c'est aussi que Noël Mamère le repère, à cause de

l'habit vert. C'est que du souci, d'être à l'Académie.

 

Mars: le 14, Honoré a épousé Madame Hanska, je suis ravie, enfin l'amour triomphe.

Chut, laissons-les s'aimer.

 

Avril: le 1er, exquis poisson, Albert, sacré farceur,  est né. Le 8, François-René a embarqué

pour l'Amérique, ce snob ne prend jamais l'avion depuis que le Concorde ne vole plus. Il prétend

qu'il n'a aucune chance de rencontrer Naomi Campbell sur un vol ordinaire, seulement des Atala

ou des René en tong et survêtements marqués I love New York ou Yes we can , donc ça l'intéresse

pas. François-René mon grand, fais attention, le monde a changé.

 

Mai: chic, Gustave est rentré de son voyage en Orient.On va pouvoir reprendre nos parties de

scrabble (endiablées)

 

Juin: le 16, Jacques qui participe au Veme symposium international sur Joyce, a prononcé

une  célèbre (et courte!) et très inspirée  allocution "Joyce le symptôme", en hommage à

celui qu'il considère comme un génie. Depuis, il estime acquis de se resservir 3 fois

de charlotte au chocolat et se montre exécrable avec ses camarades. Un bien mauvais exemple.

A méditer.

 

Juillet: tout le monde part en colonie de vacances

 

Août: l'éventail a vu le jour, le sort de l'humanité en sera changé. Mais pas celui de "l'Humanité"

( 532ème souscription). Ceci dit, c'est aussi un peu la fin des haricots. On sait pas. C'est brouillon

tout ça.

 

Septembre: comme tous les écoliers, Victor reprend le chemin de l'école et écrit quelques

sublimes Contemplations respectant le programme, maths, grammaire, etc:

"Marquis, je m'en souviens, vous veniez chez ma mère.

Vous me faisiez parfois réciter ma grammaire;

Vous m'apportiez toujours quelque bonbon exquis;

Et nous étions cousins quand on était marquis.

Vous étiez vieux j'étais enfant;...."

 

Octobre: le 7, Bob, le cousin de Robert Louis Stevenson vient habiter chez sa famille et devient

un merveilleux compagnon de jeux pour lui. Ensemble ils inventent mille histoires, portent des

lanternes, chassent des trésors, montent sur un âne, font les foufous.

 

Novembre: le 9, Jacques-Bénigne écrit son "Sermon sur l'Unité de l'Eglise". L'impact est immédiat:

numéro 1 des ventes à la fnac et chez virgin. Ce succés tapageur lui monte à la tête, ça ne lui

suffit pas, il cherche querelle à Fénelon, il se conduit comme un con. (je ne lui pardonnerai jamais

de toute façon)

 

Décembre: le 12, George est partie avec Alfred à Venise, je leur ai dit: "c'est ballot: à Noël tous les

hôtels vont être complets". "Bah, a dit George, n'importe quoi plutôt que se farcir le réveillon avec

mes beaux-parents" .Encore un bel exemple pour la jeunesse, tiens.

 

(tous les jours de l'année sont exacts.Dingue, non?  L'éventail montre ainsi son indiscutable sérieux

scientifique. A l'heure où tous les repères s'effondrent)

26.11.2008

La jeunesse se radicalise

Thibaudet, Fénelon, George, Musset: "Y en a marre, on est pas tes peluches!"

et Lacan: "je dirais même pluche, on est pas tes p'luches!"

 

09.11.2008

Ce qui rend heureux

chevrefeuilleH-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Albert, Alfred, Alphonse, Fénelon et George, discutent sous la tonnelle un soir d'été, c'est la fin du diner.

- Mais qu'est-ce qui vous rend heureux, vous? demande Albert

- Et toi? demande George

- Oh moi, vous ici, le vent dans les bambous,vos assiettes vides, nos verres pleins, les chauve-souris qui passent,

les cheveux noués de George, le rire de Fénelon, la moue d'Alfred,et la tête que tu fais en ce moment Alphonse!

- Le bruit de ce qui tombe sur la route du genre humain, répond Alphonse

- Charrie pas! dit Alfred

- Si! Les robes, les toges, les turbans, les tuniques, les spectres, les glaives, les faisceaux, les symboles vermoulus qui

fondent sous nos mains!

- Les champignons, les fleurs, les pierres, les papillons...euh non, une poëlée de cèpes tous ensemble cet automne à Nohant,

propose George.

- Etre vivant ici avec vous, répond Fénelon ému (une larme coule sur sa joue)

- Et toi Alfred, tu n'as rien dit? demandent-ils tous en se tournant vers Musset

- Heureux, dit Alfred, mais comment vous répondre? Ayant été atteint jeune encore, d'une maladie morale abominable, je vais

vous raconter à quelle occasion je fus pris de la maladie du siècle...J'étais à table...

- Oh Alfred tu nous l'as déjà fait! s'impatiente George.

- Laisse-le, dit Albert. C'est quand il se confesse que cet enfant est heureux...

07.11.2008

George va faire un beau mariage

La scène se passe chez Albert T. Normal: c'est lui qui a le meilleur cognac.Fénelon et Alfred sont là.

cognac.jpg Fénelon: alors ça y est, il est élu? Z'auriez-pu me prévenir, les gars!

Albert: ben  on voulait pas te déranger, t'étais mieux dans ta belle campagne

Fénelon: ouais c'est vrai, pour une fois que je sortais de Cambrai

Alfred: et puis tout ça nous saôule...D'ailleurs Albert, à propos de saôuler....

Albert:oui oui, mais pour boire j'aimerais qu'on attende que Lacan arrive...

Fénelon et Alfred (en choeur): putain non! t'as pas réinvité ce naze!

Albert: si, si...Gueulez pas, et George aussi. Ils viennent ensemble, ils m'ont dit. (Fénelon et Alfred se regardent consternés)

Albert: et comme ça Fénelon, t'auras des infos: George est toquée d'Obama, elle part pour Washington elle m'a dit. Barak c 'est son nouveau

Lamennais.

Alfred: j'ai toujours dit qu'elle est complètement siphonée!

Albert: peut-être les mecs, mais désolé, c'est mes amis, et j'ai une grande nouvelle à vous annon...

(On sonne) Albert: ah les voilà!

Ils entrent. George porte un tee-shirt brodé de l'inscription "We can". Jacques , un tee-shirt imprimé "Oui: canne !" décoré d'une magnifique

canne à pommeau qui aurait fait pâlir Honoré.Albert sort son excellent cognac)

Albert: mes chers amis, si je vous ai tous réunis, c'est que j'ai une grande nouvelle à vous annoncer!

George: moi aussi! (elle trépigne) une grande nouvelle! moi aussi j'ai une grande nouvelle à vous annoncer!

Albert: alors honneur aux dames, ma chère

(Alfred soupire ostensiblement, Fénelon se ressert un verre, Jacques a un air entre deux airs)

George: Jacques et moi on se marie!

Albert: euh, félicitations! bravo!

Alfred: Jacques, vous allez faire ça? vous avez envie de vous marier avec George, c'est vrai?

(Albert toussote, Fénelon s'étouffe dans son verre, George fusille des yeux Alfred)

Jacques:ben, c'est à dire... je dis toujours la vérité: pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas. La dire toute, c'est impossible,

matériellement: les mots y manquent. C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel!

Fénelon: bon, abrège Jacques, t'es ouf dans ta tête et c'est tout. Tu disais Albert, toi aussi une nouvelle? T'épouse qui, toi?

Albert (galant): ah si George est prise ma foi je suis....

Tous (sauf George) :abrège toi aussi!

Albert: eh bien mes amis, en fait  la nouvelle est grave, mon samovar a disparu

Tous (y compris George): ton samovar!

(Chacun sait qu'il y a plusieurs années Albert y a caché le trésor de la langue française. Cette disparition est un coup de tonnerre)

Tous: on va t'aider! on va le retrouver!

George (hurlant): yes, yes we can!!!

(le rideau tombe)

 



 

28.09.2008

Sa majesté des crêpes

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Souvent le dimanche soir je fais des crêpes.

- quand il ne reste plus rien dans le frigo

- quand je n'ai plus un sou

- parce que tout le monde adore

(les pires mauvaises humeurs n'y résistent pas)

- parce que je ne reste pas seule longtemps dans la cuisine

- parce qu'il en reste toujours pour le petit déj'

- parce que pour une fois dans la vie je peux en faire des tonnes

- quand je n'ai plus d'idées et hop soudain je pense à des  crêpes

- quand j'ai  le moral à zéro

- Fénelon en raffole, George en est dingue.(viennent ensemble ce soir)

 

Je suis la reine des crêpes. Merci de m'appeler Sa Majesté.

Vous pouvez disposer.

 

 

 

 

 

 

 

George, entre la poire et le fromage

sand.jpg

Hier soir, George me raconte sa vie, entre la poire et le fromage.

(Oui, elle a fini par arriver. Même que je dors sur le canapé, je

lui ai filé ma chambre, trop sympa je suis)

On dine dans la cuisine. On est bien. Les enfants sont sortis.(Oui,

on était samedi)

"Dis donc, me demande-t-elle, tu connais "La cause du peuple"? tu

sais, le journal que la Gauche prolétarienne a lancé en 68, même que

quelques années plus tard Sartre en est devenu le gérant , et après il

est allé le vendre devant les usines Renault avec Simone de Beauvoir, on a vu

des photos de ce truc partout, ils étaient super fiers de s'être faits embarquer dans

le panier à salade ? Eh bien figure-toi que c'est mon titre! je t'en bouche un coin, hein,

c'est moi qui ai fondé La cause du peuple, c'est le nom de mon  journal qui a paru en

avril 1848, c'est moi qui avais trouvé ce nom génial.

- C'est vrai que c'est pas mal comme nom! je n'en reviens pas que ça soit toi!

- J'avais 44 ans.

(Elle soupire.)

Je demande: "Mais ça a duré longtemps?"

"Tu parles! Normalement c'était un hebdo. Mais il n'y a eu que 3 numéros.

Ensuite je me suis barrée dans ma maison à Nohant : tu sais après les manifestations

et la tentative de coup d'état, il y a eu une répression démentielle, j'ai préféré partir.

Ce qui n'a pas empêché qu' on crie la-bas sous mes fenêtres: "A bas les communistes !"

Mais bon, j'étais loin de Paris.Tu vois?

-...

- Non, tu vois pas vraiment. T'imagine pas cette année 48! je t'ai déjà parlé de Victor?

-euh...

-Non, pas Hugo, Victor Borie, tu sais c'était fini depuis quelques mois avec Frédéric, alors j'avais

rencontré Victor, on habitait sous les toits...ah attends, on va sortir, on va pas rester toute la soirée

dans la cuisine ! Emméne-moi quelque part! Je veux voir Paris la nuit en 2008!

 

On est donc sorties toutes les deux et merde, elle ne m'a plus reparlé d'elle de toute la soirée!