30.09.2009
C'est bien quand on est pas trop malin
J'ai lu hier par hasard une incroyable nouvelle de
Balzac:" Jésus Christ en Flandre".
Attirée par le titre, et par la briéveté de la nouvelle!
C'est la première partie que j'ai aimée. Mystique à
fond les ballons mais j'en ai déjà trop dit. La
deuxième m'a ennuyée. Et d'ailleurs du coup
je n'ai pas tout lu, j'ai survolé en vitesse
les pages de la deuxième moitié.
Bon.
Le soir j'apprends qu' à l'origine il s'agissait de
deux nouvelles que Balzac a jointes en une seule.
Ah c'est donc ça, ben ça se voit!
La première partie , donc, n'est pas piquée des
vers. Mais je l'ai adorée.
Ce qui est bien, c'est de la lire quand on est pas trop malin.
Et pas trop connaisseur de l'oeuvre de Balzac non plus.
Moralité: lire c'est bien quand on est pas trop malin. Et finalement je me dis: ne pas être trop malin,
pour beaucoup de choses, c'est bien.
Donc on pourrait dire: pour nous tous, nous les humains, voilà qui tombe bien!
09:32 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jesus-christ en flandre, être malin, être pas trop malin, balzac, tempête
27.08.2009
Brûlures
Au musée Rodin il y avait il y a quelques années de ça, un buste (des plus confarfes) de déesse grecque avec un petit Parthénon sur la tête en guise de chapeau.
J'en suis absolument sûre. J'avais vu ça il y a deux ou trois ans un jour où il crachinait. Même qu'ensuite on avait déjeuné dans une pizzéria qui se haussait du col et où les pizzas étaient brûlées, bizarres, infectes. Même qu'on était assis à côté des toilettes et que ça sentait mauvais.
Et ce matin, impossible de retrouver la déesse grecque avec son Parthénon sur la tête. ¨Peut-être que les flammes des derniers jours ont brûlé son chapeau.
Peut-être plutôt faisait-elle partie de l'exposition sur Rodin et le portrait que j'imaginais nous verrions ce matin...Mais elle est finie depuis trois jours! Un gars qui prend les billets nous a dit: "Oui mais le 23 octobre il y a une exposition Rodin-Matisse qui ouvre". Ouais, bon d'accord! Faut pas exagérer non plus!
Toujours est-il que sur les bancs du jardin Rodin ce matin le soleil nous brûlait. Les japonais passaient. Sur son épaule je m'endormais. Un père ensuite, un père américain, faisait poser son fils de quinze ans dans la même position que le Penseur, à ses pieds- qu'il a fort grands, le fils américain aussi- tandis que personne ne posait dans la même position que Balzac dans sa robe de chambre.
Un couple passait. Elle, fine, longues jambes, ravissante robe noire moulée sur son joli corps allongé, blonde; lui ah je sais pas, grand, et, peut-on dire ça de quelqu'un : l'air intelligent. Ils étaient beaux tout en passant et pas en le sachant.
Au pied du grand escalier, un bouquet semblait fait de tellement de glaïeuls d'un jaune d'or étrange, que je les ai comptés: cinquante.Qui achète les fleurs dans l'hôtel Biron? Qui a demandé: "je voudrais cinquante glaïeuls, oui, ceux-là"?
Au fond du parc c'était comme ça: les premières feuilles mortes tombaient doucement dans les allées du jardin comme un début d'automne très ensoleillé, alors que c'est encore l'été. J'avais déjà très faim. J'en avais des brûlures d'estomac. Je n'aime pas la porte de l'enfer, -qu'on croirait pourtant en chocolat, je n'aime pas les bourgeois de calais, le penseur m'indiffère. Mais j'aime tout ce qui est en marbre blanc. C'est somptueux. C'est presque toujours torride, brûlant. Du marbre brûlant!
Et voilà: fastoche dans un billet sur le musée Rodin où nous étions ce matin , de ne rien dire d'intéressant ou d'instructif sur Rodin!
01:51 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : musée rodin, rodin, parthenon, glaïeuls, pizzeria, balzac, chocolat
29.12.2008
2008: quelle belle année! (l'heure des bilans a sonné)
Janvier: le 7, Fénelon est mort à Cambrai, je ne porte pas le deuil longtemps, dès le 10
il sonne chez moi, et m'apporte délicatement un boa en cygne rose que je suis un peu
obligée de porter autour du cou (il gratte) quand nous dinons en ville. Jacques, toujours
gracieux, qui a fondé l'Ecole de la Cause Freudienne ce même mois de janvier m'a dit:
"Et en plus, il est moche" (le boa)
Février: le 12, Alfred a été élu à l'Académie Française; il adore, sauf "supporter ce raseur
d'Erik Orsenna". Ah ben tant pis pour lui! Donc je lui ai dit: "Alfred, tu l'as bien cherché,
maintenant faut assumer!" Sa hantise c'est aussi que Noël Mamère le repère, à cause de
l'habit vert. C'est que du souci, d'être à l'Académie.
Mars: le 14, Honoré a épousé Madame Hanska, je suis ravie, enfin l'amour triomphe.
Chut, laissons-les s'aimer.
Avril: le 1er, exquis poisson, Albert, sacré farceur, est né. Le 8, François-René a embarqué
pour l'Amérique, ce snob ne prend jamais l'avion depuis que le Concorde ne vole plus. Il prétend
qu'il n'a aucune chance de rencontrer Naomi Campbell sur un vol ordinaire, seulement des Atala
ou des René en tong et survêtements marqués I love New York ou Yes we can , donc ça l'intéresse
pas. François-René mon grand, fais attention, le monde a changé.
Mai: chic, Gustave est rentré de son voyage en Orient.On va pouvoir reprendre nos parties de
scrabble (endiablées)
Juin: le 16, Jacques qui participe au Veme symposium international sur Joyce, a prononcé
une célèbre (et courte!) et très inspirée allocution "Joyce le symptôme", en hommage à
celui qu'il considère comme un génie. Depuis, il estime acquis de se resservir 3 fois
de charlotte au chocolat et se montre exécrable avec ses camarades. Un bien mauvais exemple.
A méditer.
Juillet: tout le monde part en colonie de vacances
Août: l'éventail a vu le jour, le sort de l'humanité en sera changé. Mais pas celui de "l'Humanité"
( 532ème souscription). Ceci dit, c'est aussi un peu la fin des haricots. On sait pas. C'est brouillon
tout ça.
Septembre: comme tous les écoliers, Victor reprend le chemin de l'école et écrit quelques
sublimes Contemplations respectant le programme, maths, grammaire, etc:
"Marquis, je m'en souviens, vous veniez chez ma mère.
Vous me faisiez parfois réciter ma grammaire;
Vous m'apportiez toujours quelque bonbon exquis;
Et nous étions cousins quand on était marquis.
Vous étiez vieux j'étais enfant;...."
Octobre: le 7, Bob, le cousin de Robert Louis Stevenson vient habiter chez sa famille et devient
un merveilleux compagnon de jeux pour lui. Ensemble ils inventent mille histoires, portent des
lanternes, chassent des trésors, montent sur un âne, font les foufous.
Novembre: le 9, Jacques-Bénigne écrit son "Sermon sur l'Unité de l'Eglise". L'impact est immédiat:
numéro 1 des ventes à la fnac et chez virgin. Ce succés tapageur lui monte à la tête, ça ne lui
suffit pas, il cherche querelle à Fénelon, il se conduit comme un con. (je ne lui pardonnerai jamais
de toute façon)
Décembre: le 12, George est partie avec Alfred à Venise, je leur ai dit: "c'est ballot: à Noël tous les
hôtels vont être complets". "Bah, a dit George, n'importe quoi plutôt que se farcir le réveillon avec
mes beaux-parents" .Encore un bel exemple pour la jeunesse, tiens.
(tous les jours de l'année sont exacts.Dingue, non? L'éventail montre ainsi son indiscutable sérieux
scientifique. A l'heure où tous les repères s'effondrent)
15:00 Publié dans N'importe quoi! | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : fénelon, balzac, thibaudet, chateaubriand, lamartine, george sand, musset
16.12.2008
Proust, remède à tout. Remèdatou?
"...Souvent quand je venais voir Mme de Guermantes, quand elle sentait que les
visiteurs m'ennuyaient, elle me disait: "Voulez-vous monter voir Henri? Il dit qu'il
n'est pas là, mais vous il sera ravi de vous voir!" (déchirant ainsi d'un coup les
milles précautions que prenait M. de Guermantes pour qu'on ne sût pas qu'il était
à la maison et qu'on ne pût trouver impoli qu'il ne se montrât pas.). "Vous n'avez
qu'à vous faire conduire à la bibliothèque du second, vous le trouverez en train
de lire Balzac."
"Ah! si vous mettez mon mari sur Balzac!" disait-elle souvent, d'un air d'effroi et de
congratulation, comme si Balzac avait été à la fois un contre-temps qui empêchait de
sortir à l'heure et faisait manquer la promenade et aussi une sorte de faveur particulière
à M. de Guermantes, qu'il n'accordait pas à tout le monde, et dont je devais me trouver
bien heureux d'être gratifié.
Mme de Guermantes expliquait aux personnes qui ne savaient pas:"C'est que mon mari,
vous savez, quand on le met sur Balzac, c'est comme le stéréoscope; il vous dira d'où vient
chaque photographie, le pays qu'elle représente; je ne sais pas comment il peut se rappeler
tout cela, et pourtant c'est bien différent de Balzac, je ne comprends pas comment il peut
mener des choses si différentes de front." Une parente désagréable, la baronne des Tapes,
prenait toujours à ce moment une expression glaciale, l'air de ne pas entendre, d'être absente
et cependant de blâmer, car elle estimait que Pauline se rendait ridicule et manquait de
tact en disant cela, M. de Guermantes "menant de front", en effet, beaucoup d'aventures
qui étaient peut-être plus fatigantes et qui auraient dû plus attirer l'attention de sa femme
que la lecture de Balzac et le maniement du stéréoscope..."
Contre Sainte-Beuve -Marcel Proust - Folio p. 222
Donc "Contre Sainte-Beuve" parait en 1954. Proust est mort en 1922. Dés 1908, il songe à ce
Contre Sainte-Beuve. C'est une incroyable merveille. Ce qu'on peut, en tous cas moi,
être bête, je croyais, j'ai longtemps cru que ce Contre Sainte- Beuve, c'était emmerdant.
Quelle idée stupide! La préface est une splendeur qui commence ainsi:" Chaque jour j'attache
moins de prix à l'intelligence...". Et puis il parle beaucoup de Balzac, mais aussi de Baudelaire
et de Nerval, et c'est un incroyable critique. Et puis il tenait en grande estime Thibaudet, ils
s'écrivaient, oui, c'est pas rien. Albert qui plie les lettres de Proust dans sa poche, pour les relire
tranquillement pendant les pauses chez Picard. Vous dites? Vider ses poches avant de mettre ses
pantalons dans la machine à laver? Ah non, j'y ai jamais pensé. Pourquoi?
PS: à part ça, remède à tout... hein pas si sûr... faut voir, remède à rien plutôt. Remède à quand
on croit qu'il y a des remèdes. Oui, bon. Remède donc à quelque chose.
12:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : proust, guermantes, balzac
07.12.2008
Nul n'est jamais tenu de quoi que ce soit, Jean-Claude
" (...) Il m'apparait évident qu'il y a bien plus de vie philosophique dans un roman de Flaubert, de Stevenson, ou de Virginia Woolf que dans la Théodicée de Leibniz ou le Cours de philosophie positive de Comte. Marx disait d'ailleurs que le véritable Capital avait déjà été écrit par Balzac. On est donc bien d'accord: tant qu'à écrire un livre autant écrire un livre de fiction. Mais comme disait Bergson, nul n'est jamais tenu d'écrire un livre (...)"
Jean-Claude Michéa.
La double pensée, p. 95 (Flammarion)
Michéa qui est agrégé de philosophie est l'auteur de" L'enseignement de l'ignorance",
"Impasse Adam Smith" et aussi "L'empire du moindre mal". On lira avec intérêt à son
propos un billet évidemment plus solide que celui-ci chez Pascal Adam ( Solko en parle
beaucoup aussi), ce billet n'étant, ça va sans dire, qu'un pâle écho confarfe au sien
(confarfe vous ne savez pas ce que c'est? ah il faut vraiment TOUT vous expliquer!
"confarfe" c'est confus + farfelu. Sous l'éventail, on est confarfe. On est comme ça. Plus
simple!)
Bref, depuis Orwell la double pensée désigne la pensée psychologique fondée sur le mensonge
à soi-même, qui permet à l'intellectuel de soutenir en même temps deux thèses normalement
incompatibles.
Exemple, Michéa cite en exergue cette phrase valant en effet son pesant de cacahouettes, de
Manuel Valls (celui qui disait il y a dix jours" Nous ne nous laisserons pas voler la victoire",
et par ailleurs maire d'Ivry): " -19 mai 2008-Le socialisme au XIXeme siècle, a été inventé
pour remplacer le capitalisme. Or, nous devons assumer pleinement l'économie de marché.
Je préfère parler de la gauche".
00:40 Publié dans Je sais pas quoi | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude michéa, balzac, marx, manuel valls

