18.10.2009

Les flaques

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- Lui: regarde les flaques, on dirait le sable quand la mer descend...

- Elle:...

- Lui: tu les vois?

- Elle: mon amour, tu sais bien, je ne vois plus rien depuis longtemps

 

11.10.2009

Comme je m'en fiche finalement des saisons

vigée-lebrun.jpg(c'est un tableau d'Elizabeth Vigée-Lebrun. Je ne sais pas comment il s'appelle. Je ne sais pas qui est peint ici. Un parmi vous, saurait?)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme je m'en fiche finalement de parler des saisons... (mais pas bien sûr en vrai des saisons)

C'est d'autres choses  souvent que je voudrais parler.Que nous voudrions parler.

De la peur, de la déception, de l'horreur, du dégoût.

Des masques, des simagrées, des moments où on peut à peine respirer, de tant de vulgarité, des vautours.

Mais aussi du Ciel qui nous bénit parfois, de l'amour, puissant quand il ressemble à rien.

Mais c'est difficile d'en parler.

Et encore...Pas tant que ça ici, et c'est pour ça aussi que j'ai besoin que l'éventail se déplie...Mais ailleurs, dans la vie...

Alors je parle de l'hiver, de l'été, même ici...Bon, merci les saisons qui me permettent de babiller.

Merci les saisons, si con bon sujet de conversation.

Parlons des saisons, où on dit tous, tous la même chose et son contraire.

Bonjour ce billet qui va encore pas être très clair.

Enfin, quand même, si, qui parle de babiller donc; et de se taire.

 

05.10.2009

Le courage, l'amour.

"...Dans Compagnons, quand les ouvriers se demandent comment

leur copain Jean, qui agonise sur le bord du chemin, va faire pour

rentrer chez lui, ce Jean Kernevel, à demi mort pourtant, murmure:

"Faudra ben" et c'est tout ce qu'il faut à Louis Guilloux pour faire

voir ce qu'est le courage. Sept petits mots lui suffisent à écrire une

des plus belles phrases d'amour de la littérature: quand le soldat

revient de guerre, gueule cassée, trou en guise de nez, sa femme

blémit, puis lui prend le bras et dit: "Mon ptit Louis, c'est toi quand

même..."

 

 

Mona Ozouf

Composition française

Gallimard, 2009

27.09.2009

Parking sous la neige

Photo 094.jpgComment faire au milieu de toutes ces paroles inutiles que nous disons pour qu'il y en ait quelques unes de sensées?

Comment faire parmi tous ces mots que nous écrivons pour qu'il y en ait quelques uns qui soient justes?

Comment faire dans ces billets en vrac que je flanque sous l'éventail pour qu'il y ait une ligne qui dise les choses et que cette chose ne soit pas que tous ces mots ne servent à rien?

Comment dire la douceur que j'éprouve en ce moment pour ceux qui comprennent ce que je veux dire?

 

29.12.2008

Voir des Jacques partout

Ho la! le vertige me prend. Il y a des Jacques partout. Je suis comme ces fous qui voient

des Napoléon partout.

Jacques qui me bassine depuis deux ou trois jours avec son nachträglich du signifiant,

un autre Jacques qui se rebelle, la bouche pleine de charlotte au chocolat, l'Autre Jacques,

- pas le même- qui s'en mêle, et voilà que George en rajoute une couche, m'apprenant qu'elle

vient d'écrire "une petite chose charmante" - dit-elle- , une "infâme dégoulinure bien dans sa

manière" dit Fénelon.

Et puis Jacques Coeur qui n'en avait pas, et puis Jacques Cartier qui n'en faisait pas, et puis

un Jacques qui était maître, et un autre fataliste, un  le Majeur, un  Le Mineur, quelques uns frères,

et Jack Pot aussi - ouh la, le fils de Pol, peut-être?-

Où donner de la tête?

" L'amour est un sentiment comique" me dit Jacques L. Et il enchaîne aussitôt: "Et le sommet de la

comédie est parfaitement localisable".

Moi: "T'es sûr?"

Lui: "oui, c'est dans mon séminaire livre V, page 136"

Et l'autre Jacques: "j'en ai un peu marre de la charlotte au chocolat, tu pourrais pas faire, je

sais pas moi...du baba?"

"Du baba!"

Et l'autre, l' Autre Jacques...ah ben non, il n'est pas là, il ne dit rien, je m'inquiète. Bon.

Et George:"c'est une petite oeuvre épistolaire, je l'ai écrite en 1834, elle s'appelle "Jacques";

en toute simplicité; mon héros croit trouver le bonheur en épousant Fernande -bien avant de

connaitre la chanson, ce qui notez-le bien, -dit George avec la modestie dont elle est coutumière-,

prouve que je la connais la chanson, donc épouse Fernande, qui est bien gentille mais un peu

neuneu sur les bords et pour la distraire invite sa soeur Sylvia, sa soeur à lui..." (" c'est sûr ça pue

l'embrouille" rigole Jacques, qui connait les Sylvia, mais là ça devient de la haute couture, Sylvia

Lacan, née Bataille, ayant donc été mariée à Jacques, personne ne va commenter

ce billet particulièrement improbable! ou qui s'y frotte, avec sa pantoufle de vair, je l'épouse sur le

champ!)

( à suivre)

 

28.12.2008

Amour

 

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Les voitures sont plutôt blanches, et garées, immobiles. Mais il y en a deux rouges. Une est

arrêtée, une roule, à petits pas. Une autre blanche roule aussi, à petits pas aussi.

L'heure est entre chien et loup.

C'est ce que je vois de la fenêtre de la cuisine (si je regarde en bas)

Je me dis que l'amour en ce moment est exactement comme ça pour moi.

25.12.2008

Incandescente

Lettre (133) de Flaubert à Louise Colet, 8 avril 1852 .

(De Louise Colet, Flaubert disait le 26 décembre 1853 à son ami

Louis Bouilhet: " Elle est bien la seule qui m'ait aimé.

Est-ce là une malédiction que le ciel lui a envoyé? Si elle l'osait elle

affirmerait que je ne l'aime pas. Elle se trompe pourtant")

 

Je ne t'ai point fait de remarques particulières sur le style de ta

comédie (1) que je trouve vulgaire. Je sais bien qu'il n'est point

aisé de dire proprement les banalités de la vie. Et les hystéries

d'ennui que j'éprouve en ce moment n'ont pas d'autre cause.

C'est même un grand effort que je fais que de t'écrire. Je suis

brisé, et anéanti de corps et d'esprit, comme après une grande orgie.

Hier j'ai passé cinq heures sur mon divan dans une espèce de

torpeur imbécile, sans avoir le coeur de faire un geste, ni l'esprit

d'avoir une pensée. - N'importe, continuons.

Je trouve donc que le style est généralement mou, lâche et composé

de phrases toutes faites. C'est de la pâte qui n'a pas été assez battue.

L'expression n'est point assez condensée, ce qui, au théâtre surtout,

fait paraître l'idée lente, et cause de l'ennui.

Et d'abord, tout le premier acte est une exposition. L'action se passe au

second, et dès la premiere scène du 3eme on devine le dénouement. La

2ème scène du dernier acte est pleine de mouvement. Si tout était comme ça,

ce serait superbe.

La 1ère scène -monologue de la femme de chambre- est à tout le monde.

Qui ne connait ce plumeau? cette glace où elle se mire? La seconde- avec

le garçon de restaurant, est assez drôle en elle-même, mais que d'abus de

ça !et la plaisanterie du chantage est d'un goût médiocre.

Quant aux deux personnages de Léonie et de Matthieu, je n'y comprends rien.

Ils sont parfois très cyniques, et d'autres fois très vertueux, sans que ce

soit fondu. On se révolterait de ces moeurs-là qui sentent le Macaire (sauf

l'exagération laquelle sauve le personnage.) Et puis, et puis, que de négligences!

Je t'assure, pauvre chère Louise, que cette lecture m'est pénible. Je peux ne rien

entendre au théâtre: mais quant au français en lui-même, il me semble que tu

es là singulièrement sortie de tes habitudes littéraires.

Cette scène entre le frère et la soeur est démesurée de longueur.On ne s'intéresse

ni à l'un ni à l'autre, avec leurs projets de duperie, leurs misères et les sentiments

de fierté de Léonie, quoiqu'elle avoue jouer un rôle.

La scène IV est également longue; le dialogue vers la fin, plus mouvementé.On

est tout heureux de trouver quelque chose d'amusant.

Les scènes VI et VII me semblent atroces et j'y trouve à peu près tous les

défauts réunis. Quant à l'acte 2eme, qu'est ce que c'est que cette femme qui reste

muette  pendant tout l'acte en scène à faire la sourde et muette, trompant tout

le monde, si ce n'est le spectateur qui est tenté de crier à l'acteur: "Elle vous

trompe!" (Quel besoin y avait-il de ce personnage? En quoi est-il nécessaire à l'action?

Et ce polisson d'acte à treize scènes!) Et puis comme on s'embêtera à leur conversation

par écrit! Il faut éviter d'écrire sur la scène, ça ennuie toujours à regarder. Cette bonne

Mme de Lauris, à laquelle on rarrange ses oreillers m'assomme et me révolte. Elle se joue

indignement de ses enfants, dont la tendresse fera rire. Alors nous tombons dans la farce.

Scène III. Quel interminable monologue! Il faut faire des monologues quand on est à bout

de ressources et comme exposition de passion (lorsqu'elle ne peut se montrer en fait).

Mais ici c'est pour nous parler de ce que nous voyons, c'est à dire la vie intérieure de ce

château. Inutile.

Quant à l'oiseau que l'on dessine, le perroquet empaillé que l'acteur serait obligé de tenir à

la main ferait pouffer la salle de rire, et suffirait à lui seul pour faire tomber un chef-d'oeuvre.

Comment se fait-il que tu n'aies pas vu cela?

Dans la scène V, l'explosion de Léonie dépasse les bornes. Bref, toute cette pièce me fait

une impression de délicatesse froissée, pareille à celle que tu as ressentie si légitimement

à la lecture de la bonne moitié de l'Education sentimentale.

J'arrête là mon analyse car c'est selon moi, une idée à reprendre complètement ou

à laisser. Excuse-moi si je te choque en ce moment. Fais lire ton oeuvre à Mme Roger,

en qui tu as confiance, et tu verras si elle est franche, que l'effet ne lui en sera point agréable.

Je te renvoie le volume du père d'Arpentigny. Comme il ne me l'a pas prêté, je ne peux lui écrire.

Si j'étais en train, je t'écrirais une lettre pour lui montrer. Son volume m'a beaucoup intéressé.

Il devrait en faire une édition avec des planches. Il a deux ou trois portraits frappés avec beaucoup

d'esprit. Et un même, celui du parvenu faisant tout lui-même, est un morceau qui pourrait passer

pour classique; il y a du talent de style.

J'ai lu Graziella. le malheureux! Quelle belle histoire il a gâtée là. Cet homme on a beau dire, n'a pas

l'instinct du style. Tel est du moins mon avis.

Adieu je t'embrasse. Tâche d'être plus gaie que moi. Encore deux baisers sur tes bons et beaux yeux.

A toi.

G.

(1) L'institutrice, comédie écrite par Louise Colet

30.11.2008

Sous la nappe

 

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Comment dire cela? Comment exprimer mon malaise?

Je crois que c'est dans les mac do pourris que je me sens le mieux,

là où je pourrais passer la serpillière au milieu de ceux qui mangent

et où ceux qui passent la serpillière rient et parlent exactement

comme tous ceux qui sont là, qui eux-même parlent à la fille ou

au gars qui passe la serpillière entre les chaises.

Ils honnissent les mac do (comme si leur haine était productive de quelque

chose !) ceux qui  mourraient d'y mettre les pieds, pauvres petits qui n'aiment

pas la pauvreté. (Ou le ketchup, moi non plus d'ailleurs !)

Dégueu en général ce qu'on y mange, d'accord. (Quoique les frites...même si

elles ne valent pas les miennes!). Mais ailleurs, trop de choses, vraiment

trop de choses,  me restent sur l'estomac.

Ainsi, manger avec un homme vers qui tout (ou rien d'ailleurs, or le désir mystérieux),

vous pousse, tue l'amour - je trouve- dans un restaurant aux chandelles, aussi sûrement

que si cet homme était pourvu d' une voix de crécelle, d' une american express, ou d'un

coeur en sac poubelle. (ou les trois!)

Bien sûr  je mange souvent dans des restaurants "normaux"; mais de plus en plus j'y

éprouve ma lâcheté. Et cette lâcheté je l'espère, va bientôt me lacher.

C'est que "Mac Do, quelle horreur,  c'est l'usine" dit-on. Ben justement: dans les usines, la

force syndicale a arraché des conventions d'entreprise beaucoup plus favorables que dans les

petits établissements où, protégés par personne, les employés soumis aux heures supplémentaires

obligatoires non déclarées et... non payées, font le bonheur du patron et de la patronne si

sympathiques aux aveugles.

Hypocrisie, ou  angélisme, que ces louanges aux "indépendants" et au "made in france" !

Enfin donc voilà, j'ai un problème: sous la nappe, damassée et immaculée ou à carreaux rouges

et blancs , il y a toujours un patron, et pour prendre la commande quelqu'un qui travaille pour enrichir

ce patron.

C'est terriblement embêtant.

Car j'adore aller au restaurant.

 

 

 

 

29.11.2008

Etain éteint

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"Les étameurs de fer-blanc disent qu'il n'y a plus d'amour quand, la couche d'étain

sur le fer atteignant une certaine épaisseur, le premier de ces métaux perd de son

affinité pour le second." (Larousse)

10.11.2008

Mélancolie de Fellini

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Il parlait d'être "un témoin auquel il faut permettre d'inventer tout ce dont il prétend témoigner".

Je me souviens de la formidable mer en plastique noir (comme des sacs poubelle) dans "Casanova",

du cheval blanc surgi dans les embouteillages de "Roma",des fresques s'effacant au moment où

découvertes elles apparaissent à l'air libre (comme l'amour quand il est dit et se fige alors en quelque chose

de moins précieux ou s'envole ?), du "Satyricon" où Alain Cuny avait un rôle, de "Casanova "encore,

seul à la fin de sa vie dans son château...