29.09.2009

"Le vieux pays différencié" d' Albert Thibaudet

premiereCarteGeo_1841.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ouvre un livre, - il était posé ce matin sur la table à repasser chez mes parents-, première page, c'est l'avant-propos, premières lignes, je lis cela:

"Quand je réfléchis à la manière dont les Français ont senti, pensé, exprimé leur appartenance collective, deux définitions antithétiques me viennent à l'esprit. Elles bornent le champ de toutes les définitions possibles de l'identité nationale. L'une, lapidaire et souveraine, "la France est la revanche de l'abstrait sur le concret" nous vient de Julien Benda.

L'autre, précautionneuse et révérente, "la France  est un vieux pays différencié" est signée d'Albert Thibaudet.

Rien de plus éloigné que ces deux conceptions de l'idée nationale. La France de Benda est un produit de la raison, non de l'histoire. Une nation politique et civique, faite de l'adhésion volontaire des hommes, surgie du contrat, bien moins héritée que construite. Une nation dont la simplicité puissante obtenue par l'éradication des différences, unit toutes les communautés sous les plis du drapeau.

La France est alors la diversité vaincue.

De l'autre côté, celle de Thibaudet, ni civique ni politique, est faite de l'identité ethnique et culturelle des "pays", au sens ancien du terme, qui la composent; fruit des sédimentations d'une très longue histoire; concrète et non abstraite; profuse et non pas simple;faite de l'épaisseur vivante de ses terroirs, de ses paysages, de ses villages, de ses langages, des mille façons de vivre et de mourir qui se sont inscrits dans la figure de l'hexagone.

La France cette fois c'est la diversité assumée (...)

Les deux définitions ont longtemps figuré les aiguilles d'une même horloge, étroitement solidaires donc.

Elles ne coexistent pourtant pas sur un pied d'égalité. Dans les représentations que les Français se font de leur pays, la France une et indivisible de Benda l'a emporté sur l'autre (...)"

 

 

"Composition française"          composition française.jpg

Mona Ozouf

Gallimard 2009

17.12.2008

A y' est: Albert a un blogue!

Je crois que j'ai oublié de vous dire quelque chose: a y' est, Albert a un blogue!

Il a "franchi le pas" ,comme on dit. (Me dites pas que vous n'avez pas remarqué:

quand on ouvre son premier blogue, on dit  souvent " ça y est j'ai franchi le pas!"

Trop mignon! Quand dit-on ça dans la vie autrement?)

Donc il a un blogue.

Il l'a appelé "Le cygne rouge".

- T'en penses? m'a-t-il demandé

- J'en pense que c'est cousu de fil blanc, Albert!

("Le cygne rouge" c'est le nom de cette pièce qu'il a écrite jeune -en 1897 et qui a fait un four,

ne valant pas tripette parait-il. J'en sais rien. je ne l'ai pas lue.Tiens si quelqu'un me la

donne, je pars avec lui au bout du monde (figure de style résurgente oui, mais c'est assez vrai

que je suis prête à partir, j'avoue, j'avoue, surtout quand à une semaine de Noël je n'ai toujours

rien à donner à personne -je crois que je vais faire des cadeaux maison, ah ah ah! ça va faire mal!

ou fiche le camp, oui!.)

Donc va pour le Cygne rouge et sa jolie bannière "dessinée par une amie artiste" (Qu'est-ce qu'il

s'adapte cet Albert!).

- Avec ta citation de Mallarmé juste en-dessous, il est très mimi ton blogue Albert!

- Tu te moques de moi?

- Du tout! Pas mon genre!

- Et tu crois que je mets mon mail? demande Albert

- Oui, oui, plein de jeunes filles aussi en peluche que dévergondées vont t' écrire!

- Trop marrant! Lol!

 

Bref. Albert écrit des billets.

Point de jeunes filles délirant sur Mein Kampf ou la rosée du matin, mais un seul et unique

commentateur pour l'instant, un certain RLS.

Très de bon aloi, Albert lui a demandé ce qu'il lisait (ça mange pas de pain)

Réponse du commentateur:

"...Bonjour Albert! Bienvenu sur mon blogue! C'est avec plaisir que je te réponds. Je n'ai jamais

lu tout Montaigne mais je n'aime pas rester longtemps sans en lire un passage et le plaisir que j'y

trouve ne se dément jamais. De Shakespeare, j'ai tout

lu sauf Richard III, HenryIV, Titus Andronicus et Tout est bien qui finit bien et je sais

maintenant après d'honnêtes tentatives, que ces pièces-là je ne les lirai jamais -aussi

pour me faire pardonner cette infidélité, je lirai  toute ma vie une grande partie du reste.

De Molière -certainement le deuxième plus grand nom de la chrétienté- je dirai à peu près

la même chose. Mais dans un recoin d'un aussi petit essai, ces princes seraient à une

place trop indignes d'eux, aussi je préfère leur rendre simplement hommage et passer outre.

Combien de fois ai-je lu Guy Mannering, Rob Roy ou Redgauntlet, je suis incapable de le dire,

car j'ai commencé jeune. Mais j'ai lu quatre ou cinq fois L'Egoïste et cinq ou six fois Le

Vicomte de Bragelonne... "

- RLS, merci! Je suis confus, mais... de qui sont ces titres que tu cites?

- De Walter Scott, Invanohé tout ça, et The Egoïst est un roman de  George Meredith.Et toi,

que lis-tu cygne rouge?

 

A l'heure qu'il est, le cygne rouge rédige sa réponse en se grattant la tête.

Chut, laissons le s'amuser! pendant ce temps il est pas devant les lycées à faire l'andouille.

 

(la réponse de RLS est cachée dans Essais sur l'art de la fiction. Sauras-tu la trouver?)

06.12.2008

Albert, 22, voilà Benda!

benda.1216856685.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Notons cette curieuse faculté de Chateaubriand, de profondément sentir la poésie de ces choses d'antan et d'en même temps reconnaître sans absence d'illusion à quoi

elle tient ...Il y a là une aptitude à s'émouvoir et tout ensemble à n'être point dupe de

son émoi, à s'élever au-dessus de lui pour le comprendre, pour en discerner - non sans

une poétique mélancolie - la pure relativité, qui distingue fortement le romantisme de

Chateaubriand de celui de ses successeurs" (Julien Benda, introduction à la Vie de Rancé)

S'émouvoir et n'être point dupe...Pas mal....

- Où t'es encore allée chercher ça ?, me crie Albert du salon (il regarde l'élection des miss France)

- Quoi ça?

- Cette phrase inepte sortie de nulle part, qui veut tout dire et son contraire

( en colère mon Albert!)

-....

- Dans un apéricube? crie encore plus fort Albert

- Oui dans un apericube! (Albert fait le pitre mais il a raison. Ils sont deux.)

 

 

07.11.2008

George va faire un beau mariage

La scène se passe chez Albert T. Normal: c'est lui qui a le meilleur cognac.Fénelon et Alfred sont là.

cognac.jpg Fénelon: alors ça y est, il est élu? Z'auriez-pu me prévenir, les gars!

Albert: ben  on voulait pas te déranger, t'étais mieux dans ta belle campagne

Fénelon: ouais c'est vrai, pour une fois que je sortais de Cambrai

Alfred: et puis tout ça nous saôule...D'ailleurs Albert, à propos de saôuler....

Albert:oui oui, mais pour boire j'aimerais qu'on attende que Lacan arrive...

Fénelon et Alfred (en choeur): putain non! t'as pas réinvité ce naze!

Albert: si, si...Gueulez pas, et George aussi. Ils viennent ensemble, ils m'ont dit. (Fénelon et Alfred se regardent consternés)

Albert: et comme ça Fénelon, t'auras des infos: George est toquée d'Obama, elle part pour Washington elle m'a dit. Barak c 'est son nouveau

Lamennais.

Alfred: j'ai toujours dit qu'elle est complètement siphonée!

Albert: peut-être les mecs, mais désolé, c'est mes amis, et j'ai une grande nouvelle à vous annon...

(On sonne) Albert: ah les voilà!

Ils entrent. George porte un tee-shirt brodé de l'inscription "We can". Jacques , un tee-shirt imprimé "Oui: canne !" décoré d'une magnifique

canne à pommeau qui aurait fait pâlir Honoré.Albert sort son excellent cognac)

Albert: mes chers amis, si je vous ai tous réunis, c'est que j'ai une grande nouvelle à vous annoncer!

George: moi aussi! (elle trépigne) une grande nouvelle! moi aussi j'ai une grande nouvelle à vous annoncer!

Albert: alors honneur aux dames, ma chère

(Alfred soupire ostensiblement, Fénelon se ressert un verre, Jacques a un air entre deux airs)

George: Jacques et moi on se marie!

Albert: euh, félicitations! bravo!

Alfred: Jacques, vous allez faire ça? vous avez envie de vous marier avec George, c'est vrai?

(Albert toussote, Fénelon s'étouffe dans son verre, George fusille des yeux Alfred)

Jacques:ben, c'est à dire... je dis toujours la vérité: pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas. La dire toute, c'est impossible,

matériellement: les mots y manquent. C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel!

Fénelon: bon, abrège Jacques, t'es ouf dans ta tête et c'est tout. Tu disais Albert, toi aussi une nouvelle? T'épouse qui, toi?

Albert (galant): ah si George est prise ma foi je suis....

Tous (sauf George) :abrège toi aussi!

Albert: eh bien mes amis, en fait  la nouvelle est grave, mon samovar a disparu

Tous (y compris George): ton samovar!

(Chacun sait qu'il y a plusieurs années Albert y a caché le trésor de la langue française. Cette disparition est un coup de tonnerre)

Tous: on va t'aider! on va le retrouver!

George (hurlant): yes, yes we can!!!

(le rideau tombe)