26.07.2009
Loin de chez lui.
( Oui, je sais pas quelle mouche me pique, avant de partir pic-niquer (euh...c'est bizarre
non quand c'est écrit ?!!) et à mille lieues de ce que j'éprouvais en écrivant ce premier billet
de l'éventail, en aôut 2008, je le reposte (re-euh??), une envie soudaine, je cherche pas à
comprendre!)
Mahmoud Darwich, un des plus grands poétes arabes contemporains, est mort.
Loin de chez lui, aux Etats Unis.
En juillet, il était à Arles, invité par Actes-Sud, son éditeur français .
Loin de chez lui aussi.
Au moment où il meurt, il rentre dans ma vie.
Il m'accompagne dans un moment très délicat, intime. Il me tient par la main, c'est le hasard.
Il me donne sa force pour me taire.
Et en même temps, j'écris ici.Me taire là. Ecrire ici.
- Hé ho, on n'y pige rien à ce que tu racontes. Si tout ton blog est du même tonneau, bonjour!
- Oui, bonjour!
Bonjour, bonjour, je dis joyeusement.
Aidez-moi tous. Amour secret à qui je parlais chaque jour, je me tais.
Il va me falloir de la force, du courage, de l'espoir.
Trois mois que je suis sans nouvelles de toi.
Alors, je veux te dire cela, si un jour tu m'appelles:"ne t'excuse pas".
"Ne t'excuse pas", c'est le dernier titre paru en français de Darwich (éditions Actes Sud)
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24.02.2009
Béraud, la NRF, Gide
(En feuilletant ce livre qui m'a été offert pour mon anniv' -mais combien de temps
elle va nous pomper l'air avec son anniversaire celle-là?!-, livre sûrement
très intéressant, mais qui m'a l'air mortellement ennuyeusement écrit, par ailleurs!)
"...Henri Béraud lance donc les hostilités dans les Cahiers d'aujourd'hui en 1921,
avec un grand article intitulé "Ecrivains d'exportation", s'en prenant à l'omniprésence
des auteurs de la NRF (Claudel, Gide, Suarès) dans les librairies étrangères, signe
d'un détournement systématique des fonds publics du service des oeuvres françaises
à l'étranger à leur avantage.Et pour cause: Gallimard a ses soutiens au Quai, avec
Giraudoux et Morand. L'article contient déjà tous les arguments des opposants à la
NRF: antiprotestantisme (une clientèle de tristes pasteurs pour une "pensée qui
porte redingote"), absence de dons et pauvreté de l'inspiration, intellectualisme
sans passion et dédain de la vie ("La nature a horreur du Gide..."), puritanisme
de pacotille tant au plan du style que des moeurs, snobisme de la mévente et de l'ennui...
Cet article pourtant dense ne fera pas de bruit.C'est par la suite que le conflit se
déchaîne, notamment lors de la publication en février 1922 d'une interview de Béraud
dans Les Nouvelles Littéraires où il s'en prend au style approximatif de Gide et de ses
fils à papa de la NRF: "Non pas une petite chapelle, mais une petite banque, car ils sont
beaucoup plus riches d'écus que de foi". Béraud a lui-même réuni une partie des pièces
de la polémique en 1924 dans un recueil intitulé "La croisade des longues figures".
Son interview fait florès dans la presse parisienne et de province. Camille Mauclair lui
emboîte le pas en 1922, dénonçant la machine à gloire et "l'exclusivisme de côterie,
de tchinn, de clan..." de la récente firme, et attaquant L'Histoire de la Littérature française de
René Lalou, entreprise de propagande pilotée par l'engeance gidienne..."
Une histoire de la NRF, pages 305-306
Alban Cerisier
Gallimard
23:40 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28.01.2009
Huysmans par Zabou
Zabou a fait quelque chose que j'aime beaucoup: elle a répondu à ma question sur Huysmans.
J'aime beaucoup qu'on me réponde.Et encore plus: en long, en large et en travers, et vite avec
ça!
Voici donc en lien son billet.
Comme ce n'est pas facile techniquement de laisser des commentaires chez elle, j'ouvre les
commentaires ici pour son billet.
11:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
21.01.2009
Vingt mille chevaliers jouaient aux échecs...
"Par ma feist ,dist li reis, molt m'avez irascut,
M'amistet et mon gret en avez tot perdut.
Encore cuit qu'en perdrez la teste sor le buc.
Neïl deüssez penser, dame, de ma vertu.
Ja n'en prendrai mais fin tres que l'avrai veüt..."
(c'est le vers 57)
Traduction de Robert Bossuat et suite:
" Par ma foi, dit le roi, vous m'avez irrité. Du coup,
vous en avez perdu mon amitié; je crois aussi que
vous perdrez la tête sur le corps. Vous n'auriez pas
du penser cela de ma valeur. Désormais je n'aurai
plus de cesse que je n'aie vu ce roi.
et pof, Charlemagne part donc d'abord faire un saut
à Jérusalem avec ses douze pairs -de chaussures bien sûr-
où il reste 4 mois, quand il décide d'aller en Espagne la
délivrer des Sarrasins " qui nous méprisent", on en est au
vers 232, il se passe mille choses bien sûr, et nous voilà
au vers 257:
L'empereur chevauche avec sa grande armée; il passe les
montagnes et les puis d'Alibant, la roche du Guitume (les deux
sont des montagnes d'asie mineure), et les plaines situées
au-delà. ils voient enfin Constantinople, une riche cité, dont
les clochers étincellent, avec leurs flèches couronnées
d'aigles. A droite de la ville, sur une demi-lieue, ce ne sont
que vergers plantés de pins et de blancs lauriers: la rose y
est en fleur, la viorne et l'églantier. Vingt mille chevaliers s'y
trouvèrent assis, vêtus de manteaux d'hermine et de grandes
peaux de martre tombant jusqu'à leurs pieds. Ils jouent
aux échecs et aux tables, et trois mille pucelles, vêtues d'orfroi,
de corps gracieux, prennent leur plaisir dans les bras de leurs
amis.
Charles s'avance sur un puissant mulet. Il se tourne et appelle
Roland."Je ne sais où est le roi, dit-il, mais il y a ici grande
compagnie". Il appelle un chevalier et lui dit en souriant:..."
08:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19.01.2009
"Si me cuidai joer"
A tous les chevaliers , à Albertine, et aux maris avec qui on ne peut jamais plaisanter
"Emperere, dist ele, ne vos en corociez;
Plus est riches d' aveir et d'or et de deniers,
Mais n'est mie si proz ne si bons chevaliers
Por ferir en bataille ne por ost enchalcier."
Quant ço vit la reïne que Charles est iriez,
Forment s'en repentit, voelt li cheïr as piez;
"Emperere, dist ele, mercit por amor Deu!
Ja sui jo vostre femme, si me cuidai joer;
Jo m'escondirai ja, se vos le comandez,
A jurer sairement o juïse a porter:
De la plus halte tor de Paris la citet
Me larrai contre val par creant devaler
Que ja por vostre honte ne fut dit ne penset."
- "Non ferez, ço dist Charles, mais le rei me nomez."
-"Emperere, dist ele, ja nel puis jo trover."
-"Par mon chief, ço dist Charles, oreindreit lem direz,
O jo vos ferai ja cele teste colper."
Ore entent la reïne que ne se poet estordre,
Volentiers le laissast, amis que muër n'en oset.
"Emperere, dist ele, ne me tenez a fole;
Del rei Hugon le Fort ai molt oït parole:
Emperere est de Grice et de Costantinoble,
El si tient tote Perse tres que en Capadoce,
N'at tant bel chevalier de ci en Antioche...."-
" Empereur, dit-elle, ne vous irritez pas. Il est plus riche que vous
de biens, d'or et de deniers, mais il n'est ni preux ni si bon chevalier
pour férir en bataille et chasser les païens." La reine, voyant que Charles
est en colère, se repent vivement et se jette à ses pieds. "Empereur,
dit-elle, pardonnez-moi, pour l'amour de Dieu. Je suis votre femme
et j'ai voulu plaisanter. Si vous l'exigez je vous ferai réparation, soit
par amende honorable, soit par épreuve judiciaire: de la plus haute
tour de Paris je m'engage à me laisser choir, pour témoigner que
jamais ces mots ne furent dits ni pensés pour votre honte. -Vous ne le
ferez pas, dit Charles, mais nommez moi ce roi. - Empereur, dit-elle, je ne
le puis trouver. -Par mon chef, répond Charles, vous allez me le dire,
ou je vous ferai couper la tête." La reine voit qu'elle ne peut échapper.
Elle eût volontiers laissé ce discours, mais elle n'ose détourner la
conversation. "Empereur, dit-elle, ne me tenez pas pour folle. J'ai beaucoup
entendu parler du roi Hugues le Fort. C'est l'empereur de Grèce et de
Constantinople qui tient toute la Perse jusqu'en Cappadoce..Il n'y a si beau
chevalier d'ici à Antioche..."
22:13 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : pélerinage de charlemagne, malentendus, plaisanterie
18.01.2009
L'imprudence de la reine, traduite
Traduction (de Robert Bossuat, qui bossua toute la nuit pour traduire; non,
en vrai la traduction est bien de Robert Bossuat, qui exista, na. Et comme ça,
relire le texte original permet peut-être d'encore mieux y succomber).
" Un jour fut Charlemagne au moutier(= abbaye) de Saint-Denis.
Il avait pris sa couronne, et s'étant signé le chef, il avait ceint son
épée au pommeau d'or pur.il y avait là ducs et vassaux, barons et
chevaliers. L'empereur regarde son épouse: elle était couronnée le
mieux qui fût possible.Il la conduisit par la main sous un olivier et
à haute voix se mit à lui parler: "Dame, vites-vous jamais aucun roi
sous le ciel qui portât aussi bien l'épée et la couronne? Et je conquerrai
encore des cités avec mon épée;" La reine manqua de sagesse et répondit
à la légère:" Empereur, vous avez de vous trop haute estime. Je sais
un homme qui porte la couronne avec plus d'aisance, au milieu de ses
chevaliers. Quand il la met sur sa tête, elle lui va mieux qu'à vous."
L'empereur l'entend et frémit de colère: "Eh bien! dame, quel est ce roi?
Indiquez-le moi donc. nous porterons ensemble la couronne au chef
et vos conseillers et vos amis siègeront devant vous. Je manderai ma
cour de bons chevaliers. Si les Français sont de votre avis, je m'y rangerai
moi aussi. Mais, si vous en avez menti, vous me le paierez cher: je vous
trancherai la tête avec mon épée d'acier..."
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10:59 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : le pélerinage de charlemagne, malentendus
03.01.2009
"On renie souvent ces maîtres suprêmes"
(photo perso. Quoi,ça se voit?! François-René est enterré sur l'ilôt au fond, mais il est partout là-bas. Il marche par exemple pieds nus sous le Sillon,là premier à droite après l'ombre du réverbère, il a un pull bleu marine page 365 des Trois Suisses référence FRC et un pantalon beige de quand il avait dix-sept ans, vous le voyez? il a les mains dans les poches, il médite: baguette cuite ou bien-cuite? et vous avez vu la lumière de ce jour-là?)
"...Shakespeare est au nombre des cinq ou six écrivains qui ont suffi aux besoins
et à l'aliment de la pensée; ces génies-mères semblent avoir enfanté et allaité tous
les autres. Homère a fécondé l'Antiquité: Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane,
Horace, Virgile !ùsont ses fils. Dante a engendré l'Italie moderne,
depuis Pétrarque jusqu'au Tasse. Rabelais a créé les lettres françaises;
Montaigne, La Fontaine, Molière viennent de sa descendance.
L'Angleterre est toute Shakespeare, et jusque dans ces derniers temps
il a prêté sa langue à Byron, son dialogue à Walter Scott.
On renie souvent ces maîtres suprêmes; on se révolte contre eux; on compte
leurs défauts; on les accuse d'ennui, de longueur, de bizarrerie, de mauvais goût,
en les volant et en se parant de leurs dépouilles; mais on se débat en vain sous
leur joug. Tout tient de leurs couleurs; partout s'impriment leurs traces, ils inventent
des mots et des noms qui vont grossir le vocabulaire général des peuples; leurs
expressions deviennent proverbes, leurs personnages fictifs se changent en personnages
rééls, lesquels ont hoirs et lignées. Ils ouvrent des horizons d'où jaillissent des faisceaux
de lumière; ils sèment des idées, germes de mille autres; ils fournissent des
imaginations, des sujets, des styles à tous les arts: leurs oeuvres sont les mines ou
les entrailles de l'esprit humain..."
Mémoires d'Outre-Tombe, Livre XII, chapitre 1, Londres, avril-septembre 1822
10:18 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : chateaubriand, shakespeare
01.01.2009
Point de vue rigoureusement exact, et un peu inexact aussi, la preuve.
"..Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas!
Si je la retourne, quelle suite effroyable où je ne suis plus, et que j'occupe
peu de place dans cet abîme immense du temps! Je ne suis rien; un si petit
intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant. On ne m'a envoyé que
pour faire nombre: encore n'avait-on que faire de moi, et la pièce n'en aurait
pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre..."
Mémoires d'Outre-Tombe
Chateaubriand
23:18 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chateaubriand
31.12.2008
Même fin d'année 1852
Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet (lettre 173)
19 décembre 1852
...Je te renvoie les Lamartine. Qu'est-ce-que tu veux que je fasse de toutes ces
ordures-là, je n'ai pas le temps de lire les grands, à plus forte raison les petits.
Qu'apprend-on dans ce ramassis de publications quotidiennes? - C'est comme les
feuilletons de l'ami Théo, je ne le croyais pas tombé si bas. Il ne se gênerait pas,
lui, pour mettre des douleurs d'airain qui marchent et des ennivrements qui haussent.
J'ai jeté les yeux sur ses deux feuilletons, j'y ai vu des échantillons qui fourmillent,
une quantité de pittoresques, d'admirablement, etc. Il râle, ce pauvre garçon. Personne
ne peut résister à l'exutoire de la publication quotidienne. Toute force s'épuise quand
on ne la ménage pas. Pour faire du beurre on bat la crème à tour de bras, et pour
avoir la crème, on laisse au lait le temps de se prendre.-
Alors, pas de chagrin, pas de découragement, ma vieille. Tu es dans notre compagnie.
Il faut se soumettre à notre régime. C'est-à-dire avoir une rage froide et permanente.
Je ne t'envoie pas mon voyage.- Pense plutôt à l'Acropole, il en est temps. Tu ne mets pas
assez d'intervalles entre ta conception et ta plume. Je t'enverrai ton buvard la première
fois que j'irai à Rouen. - Soigne-toi bien, attends pour travailler que tu sois complètement
guérie. Mais tu ferais bien de consulter quelqu'un, voilà longtemps que tu te plains de
douleur au coeur. As-tu encore des vomissements?
Adieu, je t'embrasse bien.
Ton Gustave
02:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
"La vie dans une boîte d'allumettes"

"La vie dans une boîte d'allumettes" c'est le 7eme ou 8eme roman de Fatos Kongoli, un écrivain
albanais (paru il y a un an à Tirana, ce nouveau titre vient d'être traduit aux éditions Rivages)
" Dans notre petit pays, dit-il, nous avons vécu un demi-siècle oubliés et rangés comme des
allumettes. Les appartements eux-même étaient grands comme des boîtes d'allumettes.
Quand est venue l'interminable transition économique et démocratique de l'après- Hoxha, tout
s'est dilaté. Mais il n'y avait pas plus de principes dans la transition que dans le communisme:
une allumette a vite fait de s'enflammer, de charboner, se racornir. En plus, nous conservons
toujours dans la tête notre vieille petite boîte, même après avoir fait long feu (...)
Avant la fin de la dictature en 1992, nous n'avions tous qu'à boire et bavarder de projets fumeux
(...) Que faire d'autre que lire, lire et encore lire, prendre des pots ou se perdre dans la désolation
brumeuse des amours? (...) Dostoievski a écrit "Souvenirs de la maison des morts". Je ne vais pas
me hausser du col.
"Souvenirs de la boîte d'allumettes", ça me convient mieux".
00:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : albanie, kongoli, dostoeivski, boite d'allumettes



