29.10.2009

Une histoire (9)

 

" Il avait des chaussures affreuses. Ou une veste horrible.Je ne me souviens plus.

C'était la première fois que je le revoyais depuis 6 ans. Mais je me souviens qu'il

avait quelque chose d'horrible et que non seulement cela ne m'avait pas dérangée,

mais que cela m'avait plu. Puissamment plu.

Les circonstances étaient étranges.

La fenêtre de son bureau était grande ouverte, son bureau encombré de dossiers posés

dessus, et partout, d'autres dossiers, sur des meubles, sur d'autres tables, s'empilaient,

de toutes les couleurs.

Celui sur lequel il avait noté au crayon mon numéro de portable était vert pâle,

et la pensée de mon numéro au crayon gris sur ce vert très pâle de la chemise en

carton m'avait apporté plus de plaisir que je n'en avais eu depuis des années, la

pensée de son écriture que je ne connaissais pas encore, sur ce vert, et sur la

texture de ce carton, m'avait fait battre le coeur très vite, voilà, simplement.(...)"

27.10.2009

Interlude

Tiens, pour changer de mes histoires, voilà aussi quelque chose

de très intéressant à lire. C'est le billet d'aujourd'hui 15h29 de

maître Eolas. Le titre? "L'hygiène n'a pas de prix (en fait si)".

Une histoire (8)

 

" Une fois, au début, -on en revient toujours au début, quand ça va bien,

et quand ça ne va plus, donc on en revient toujours aux débuts,-, une fois

au début, cette phrase de lui:"Je suis heureux, c'est inespéré, je suis heureux

comme un gosse". Et aussi: "je suis comme un enfant, émerveillé que tu

m'aimes".Et tant de choses qui m'étaient allées droit au coeur.Il faut que je le

dise aussi: il n'a pas d'enfant.Pas d'enfant que je sache.

Ce pas d'enfant est entre nous.

Très vite nous ne nous voyons jamais.Il n'a pas le temps. Il se lève à quatre

heures.Tous les jours il se lève à quatre heures.

Et aussi au début en rigolant: "je suis du pays de Rimbaud".

Et moi j'avais cherché l'Abyssinie sur la grande carte du monde accrochée

dans la chambre des enfants.

Mais c'était des Ardennes dont il parlait, des Ardennes dont il venait.

Il me promet monts et merveilles, à moi qui demande juste un peu de temps.

Quelque chose me dit qu'avec un peu de temps ensemble, je saurai que peut-être,

peut-être, je n'ai pas besoin de temps, je n'ai pas besoin de lui. Je veux du temps

pour le contraire de ce qu'il croit, mais aussi pour le contraire de ce que je crois.

C'est embêtant.

Très vite je lui dis: "Débarrasse-toi de moi".

Il monte sur ses grands chevaux."Ne dis pas de bêtises, ne dis pas de conneries".

Très vite je comprends que lui laisser un message téléphonique ne sert à rien. Il

a pour son travail trente ou quarante messages quand il ouvre son téléphone après

l'avoir fermé. Mes mots sont perdus là-dedans.Je n'ose pas lui dire: "Prends un autre

téléphone avec un autre numéro pour moi". Je ne peux pas lui dire ça.Je ne téléphone

plus.

Il vit avec son téléphone.La première fois au bout de six ans que je le revois, il marche

de long en large, il fait les cent pas, il parle au téléphone, et je vendrais père et mère pour

être ce téléphone, pour être dans sa main (...)"

 

 

Là je ne rigole plus. Je continue ou non? ça fait pas un peu beaucoup? En vrai -je serais

pas vexée- je continue?




 

Une histoire (7)

 

" L'aimer c'est une très mauvaise idée.

Cette mauvaise idée dit souvent: "Mais regarde Paris, regarde

comme c'est beau Paris".C'est l'automne. On dirait que l'automne

est fait pour nous. Il dit: "c'est ma saison préférée". Combien sont-ils

qui disent la même chose cet automne-là? cet automne-ci?

Il n'a le temps de rien. Enfin je veux dire: il n'a pas de temps pour moi.

Sa femme est très riche. Lui il s'occupe des très pauvres.C'est un travail

qui l'absorbe. Il dit aussi un jour: "je suis très malheureux".

Et ça me fait pleurer car je ne peux rien pour lui.

Cette mauvaise idée a un creux merveilleux dans le dos, et quand il me

serre dans ses bras j'ai les os qui craquent, moi qui ai de la chair douce

autour des os pour lui. Je craque tellement il me serre fort.

Je mange une mousse au chocolat. C'est un soir tard. Il s'étire. Il ne peut

pas s'empêcher de dire toujours:"je connais un restaurant où la mousse au

chocolat est bien meilleure qu'ici". C'est bien lui! Il connait toujours les endroits

où parait-il c'est bien meilleur, ou bien alors justement on est là dans le meilleur.

Il a un gros problème avec le meilleur.La barbe lui a poussé depuis tôt le matin

qu'il s'est rasé.A ce moment-là, c'est le bonheur suprême pour moi: on dine

ensemble au restaurant ,sa barbe pique,on en est au dessert, je le regarde

qui s'étire, il ne le ferait pas si on était dans "le meilleur", je vois son torse

sous son pull, je vois sa ceinture, la mousse au chocolat me coule dans la bouche...

Et brusquement:" Mon père  ne savait pas lire. Et pas écrire" .

Et puis: "Ma mère non plus. Elle ne sait pas écrire. Mais elle sait lire. Elle

lit le nom de mon père quand elle va sur sa tombe".

Je suis muette.

"Mange, dit-il, mange" comme il dit tout le temps. Et je mange.

Il demande l'addition. Comme toujours je vois son portefeuille plein de billets,épais

de l'épaisseur de tous ces billets.Son portefeuille me fait envie. J'aimerais avec

un portefeuille comme ça, bien rempli, me balader dans la vie.

Il est sombre.

Je dis: "Tu es triste?"

Il ne répond pas mais dit: "je voudrais t'emmener voir la mer" et je comprends

"je voudrais t'emmener voir ma mère" (...)"

 

(A suivre? Oui? Non? Vous en avez assez?Vous pouvez)