25.02.2012
Un peu longtemps
Si je regarde un peu longtemps l'intérieur du placard de la cuisine, je diminue aussitôt de
taille, je suis toute petite aux pieds des paquets de farine qui deviennent les tours de la Défense,
et les sachets de thé sont des bâtiments bleus à l'architecture un peu originale, dont tout le monde
se moque mais qu'on visite comme un monument, peut-être une moderne cité de la musique ou
quelque chose comme ça, un genre d'opéra de Sidney dans le placard. Je suis minuscule, je me
penche au bord de la planche, je regarde le monde vu d'ici, cette chose énorme le frigo dont je ne
comprend pas le sens, la table immense, le chat cette grosse bête noire et blanche qui glisse sans
bruit avec ses gros yeux mystérieux et que je ne sais pas nommer, les oranges incompréhensibles
dans le compotier, et puis cette géante, - c'est moi- , qui épluche des pommes de terre monstrueuses,
en écoutant son coeur qui bat. Le mien fait moins de bruit parce que je suis petite. Le sien
fait du boucan, c'est un coeur géant (le mien)
Elle me fait peur. Elle lève la tête. Elle m'a vue. Elle me regarde. Elle me ressemble. On est
pareilles. Nous sommes les mêmes.
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