02.11.2010
Tout est bouzillé
(c'est une photo empruntée au site de la ville de Versailles)
On entrait et le charme de l'abandon vous saisissait. Non. Pas le charme de l'abandon.
Mais celui de l'indifférence. On entrait dans cette maison du XVIIIème, en retrait du
boulevard de la Reine, à Versailles, et le charme vous prenait. L'endroit était merveilleusement
indifférent à votre venue. Comme une femme à sa fenêtre et qui ne sait pas qu'on la regarde et qui
regarde les nuages. Comme les buis des allées, pas spécialement là pour séduire. Mais là,
voilà, c'est tout.
Les parquets craquaient. Ils craquent toujours. La vaisselle se découvrait dans les vitrines
rangée comme autrefois dans un vaisselier. Les hautes fenêtres donnaient sur le jardin, on
y voyait dehors l'automne, le ciel. Mais plus maintenant. Beaucoup de fenêtres sont
fermées. La vaisselle a disparu, reléguée dans quelque réserve. Et le salon de musique au
rez de chaussée est bouzillé. C'est une adorable petite pièce vertes aux lambris dorés, avec
deux cheminées qui se font face et au-dessus de chaque cheminée deux immenses miroirs
qui se réfléchissent l'un dans l'autre et illuminent la pièce. Enfin, ça c'était avant! Car désormais
une des deux glaces est complètement obturée par un tableau! Ailleurs dans d'autres pièces des
cartels du même potage cachent toute la hauteur de lambris sublimes pour nous "donner des
explications".
Dans un souci de "réorganisation" ou pour laisser son empreinte ou les deux bien sûr, la
nouvelle conservatrice a tout chamboulé. Imaginez un homme que vous aimez et que vous
retrouvez: il a le nez à la place d'une oreille, la bouche sur le menton et sa barbe lui pousse
sur le front... (et j'en passe et des meilleures). Eh bien voilà l'effet que ça fait.
Mais ce n'est pas tout: Madame la Conservatrice dans ce musée municipal - oui ce serait
différent s'il s'agissait d'un musée privé- a décidé que la Révolution n'existait plus. Il y a
"avant 1789" et "après 1789". Le délicieux calendrier révolutionnaire qui m'avait tant émue
est caché et partout ce ne sont qu'immenses cartels se lamentant sur les biens confisqués
au clergé. Si, si, je vous promets.
Bon. Je le sais que la Révolution n'a pas été un délice. Je sais tout ça. Mais dans ce musée il y
a des pièces incomparables, et puis aussi il y a des faits. Mais les pièces qui étaient là
jusqu'à l'an dernier sont escamotées et les faits lourdement interprétés d'un seul côté.
Le pompon? La reconstitution d'un appartement du XVIIIème, à la lueur des fausses bougies
électriques (incroyables de technicité d'ailleurs, les flammes vacillent comme des vraies bougies,
et vraiment sur les lustres en cristal c'est ravissant). La table est mise comme si nous étions
les invités, dans la chambre le lit est ouvert, oui je m'y suis laissée prendre...
C'était avant de monter à l'étage où la Révolution est dégueulée de partout.
En sortant je me suis retournée vers la façade: un affreux kakémono indique: "Un art de
vivre au XVIIIème".
Je crois que le jumeau du kakémono est commandé: "Parcours pédagogique".
Non, je blague.(quoique...)
Mais tout est fait pour ça: qu'on dise: oh comme c'est structuré, oh comme c'est organisé,
oh regardez-moi....
Tout ça est triste, de quel droit tout ainsi a été bouzillé au musée Lambinet?
16:57 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note



Commentaires
Oh, mais c'est le z de Zorro alors que vous avez fichu dans bouzillé.
Écrit par : Pascal | 03.11.2010
"(et j'en passe et des meilleures)"
On imagine le pire - du meilleur.
Bon, j'ai surtout appris un mot : "parcours péda..." euh non c'uila je connaissais et c'est un gros mot, mais "kakemono"... Merci!!!!
Pi y a autre chose, mais on me l'a soufflé alors j'dis rin.
Enfin je crois voir réellement ce dont parle votre billet dont je me permets - soyons fou! - de vous dire que le début est réellement excellent (là normalement vous me dites : "Ah la suite est ratée?, et avec une petite moue délicieuse, si bien qu'y en a pour un quart d'heure dans le registre : "Mais bichette, non enfin, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire... Enfin m'amour", ah la la, l'éternel féminin comme si ça existait avec votre éventail!)
Je vous souhaite une journée pas bouzillée ce mercredi d'octobre.
Écrit par : Tanguy | 03.11.2010
D'accord avec Tanguy sur le début...
Bonne journée
Écrit par : christian | 03.11.2010
- Pascal: ze crois (car c'est "bousillé" en fait hein?)
- Tanguy:"excellent" ? faut pas exagérer non plus!
- Christian:bonne nuit! merci à vous
Écrit par : Sophie | 03.11.2010
Mettons très bien écrit, vraiment. Je ne descendrai pas plus bas. Je voulais féliciter l'adéquation rare du fond et de la forme dans ce début de billet. Le compliment n'a rien d'original mais est ici employé avec quelque raison.
Écrit par : Tanguy | 03.11.2010
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