01.11.2009
Une histoire (19)
"....Le peintre dont il m'avait parlé je l'ai oublié. J'ai longtemps
gardé son nom écrit de sa main sur ce petit morceau de papier
qu'il avait déchiré (sur la nappe d'une brasserie? sur un coin de
journal?), je l'ai longtemps gardé dans le rabat de mon agenda.
Tu parles d'un porte-bonheur!
Ce même jour il m'avait parlé pendant des heures de la guerre
de 14 et ça je me souviens très bien qu'à la fin tous les deux on avait
pleuré, il avait vite essuyé ses yeux mais il m'avait dit c'est pour
ça que je t'aime. J'avais sauté sur cette chose qu'il disait:" pourquoi?
pourquoi? pourquoi tu m'aimes à cause de la guerre de 14?". Mais
évidemment, impossible qu'il dise quoi que ce soit à ce sujet. Il m'aimait
à cause de la guerre de 14 point final et puis c'est marre et puis c'est tout
et circulez ya rien à voir.
Je me souvenais donc de tout ça, même ce dont je ne me souvenais pas.C'est
fou tout ce à quoi on pense pendant l'absence. Il me plaisait, il me manquait,
j'étais vexée, je souffrais comme une damnée, j'aurais voulu être verte de rage,
sans jamais en être capable, j'aurais voulu ne plus l'aimer puisqu'il avait disparu,
mais ça ne marche pas comme ça, c'est bien connu, il me manquait, il devenait
encore plus précieux parce qu'il avait disparu, je l'aimais, je ne lui en voulais pas,
je voulais juste des mots, des mots, des mots de lui qui auraient dit: "je ne veux plus
te voir", "c'est fini notre histoire", ou "j'en ai assez" ou "je suis désolé".
J'aurais voulu des mots. Des mots quoi, des pauvres mots, même inutiles, forcément
inutiles, pauvres et vains, mais des mots, des mots quand même, des mots là où c'était
béant, des mots, des bouts de phrases, même cent fois dites, et pas ce silence.
Alors deux puis trois puis quatre puis cinq puis six puis sept puis huit semaines passèrent.
Le silence continuait sans s'épaissir. C'est comme s'il avait été là. je le sentais là, tout près
de moi. Je devenais cinglée. Il y avait plein de rats dans les tranchées, c'était mon compagnon
de guerre, on était deux soldats empêchés de se parler.Vous me trouvez siphonée? Oh c'est
que vous savez pas comme je l'aimais. Je l'aimais complètement.Mais à vivre. Pas à crever.
Avec ma légendaire- petite- écharpe- framboise- en mohair- au point mousse- qui perdait ses poils
partout- comme un vieux matou!
Et puis un jour..."
A suivre (vous n'en avez vraiment pas assez? je dis pas ça par coquetterie,
euh si, je le demande en vrai. De toutes façons il va bien falloir en finir, ça
commence moi à me taper un peu sur les nerfs!)
19:21 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


Commentaires
C'est très bien, ce chapitrage.
Bon, ça vient, la suite, là ?...
Ecrit par : Pascal Adam | 01.11.2009
Ah non ne nous finissez pas ça à toutes berzingues. Si vos nerfs lâchent, servez-vous une absinthe (comment va-t-elle au fait notre Absinthe nationale ?).
Nous on veut des mots, des mots, juste des mots.
Ecrit par : Michèle | 01.11.2009
Sophie, nous on t'aime tous... à cause de la 3è guerre mondiale !!!
OK, c'est hypothétique, comme sentiment, mais puissant !
Ecrit par : Le parti des bonnes causes | 01.11.2009
Oh non ! pas en finir ! pas tout de suite ! (cette petite écharpe framboise en mohair au point mousse, me paraît une douce guerrière).
Et ensuite ?
Ecrit par : Frasby | 02.11.2009
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