01.11.2009
Une histoire (22)
" C'est une histoire avec une femme qui parle de son écharpe pour ne pas parler
du reste, qui parle de ses yeux à lui pour ne pas parler de ses mains,à lui, pour ne
pas dire ce que ça faisait quand leurs mains se touchaient, ni le reste, une histoire
avec une femme éperdue, qui parle de leurs difficultés pour ne pas parler de leur plaisir.
Ou l'inverse. C'est une histoire avec beaucoup de pluie, de pas-pluie, d'attentes et de peaux
et de conversation et de brusques bouffées d'amour, à en rendre grâce au Ciel ou au diable.
C'est une histoire avec le manque de l'argent et le trop d'argent. C'est une histoire avec
des enfants qui ne comprennent pas ce qui se passe avec leur mère, qui la voit ravagée,
effondrée, ressucitée, qui ne peut plus faire à manger, qui ouvre des sachets de purée mousseline,
qui oublie de racheter du ketchup, qui pleure, qui rit, qui attend, qui cache la vérité et puis qui dit
la vérité.
C'est une histoire où tout a une place: le stade de France, Vincent Delerm, les voitures, les places
où se garer,les miettes sur les nappes, les sculpteurs oubliés, les idées qu'on se fait, les
chagrins immémoriaux, les passages à vide et les factures des librairies, les gaffes, les mots en trop,
les bouquets de roses et nos guerres, la guerre de 14 alors que nous aurions dû parler de celle
d'Algérie qui coulait dans ses veines d'enfant, une histoire avec n'en déplaise à certains de la haine,
bien sûr de la haine, et de la laine, ah ah, et de la peine et de l'amour.
C'est une histoire simple, avec ceux qui regardent et qui sourient, ceux qui lisent et qui ont tout compris,
ceux aussi et souvent pas les mêmes- et dieu en soit loué- que l'extrême douceur et l'extrême
violence ont épargnés, ceux qui ont besoin de points sur les i et ceux qui me regardaient
l'aimer avec bienveillance, et pour moi et pour lui.
C'est une histoire, comment le dire plus simplement? avec un homme pour lequel je suis
heureuse de ne pas éprouver le moindre ressentiment. C'est une histoire comme un millier.(...)"
A suivre, mais that's good, c'est presque fini!
23:43 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Une histoire (21)
" C'est un homme perdu dans ses pensées que j'ai donc
au début du mois de mars retrouvé. C'est un homme dont
le portefeuille est toujours plein à craquer de billets. C'est
un homme qui paie toutes les additions, qu'on soit deux, douze
ou trente. C'est un homme qui a honte de l'argent de sa femme
et qui jouit de l'argent de sa femme. C'est un homme qui pour se
disculper me dit un jour d'un ton très assuré que les parking de Roissy
sont trop chers, de la même façon qu'une jeune fille dit qu'elle a
plusieurs amants, juste pour frimer.On lui demanderait leurs prénoms
qu'elle n'y aurait même pas pensé, on lui demanderait le prix de ces parking
qu'il serait bien embarrassé. C'est un homme qui aime d'autres femmes que la
sienne mais qui la chérit plus que toutes.
C'est un homme loyal et qui ment tout le temps.C'est un homme brutal, et c'est un
agneau. C'est un homme qui se bat toute la journée, et qui dort mal la nuit. C'est un
homme harassé, et qui s'est acharné à être harassé. C'est un homme qui a construit
pierre à pierre son malheur et qui le sait très bien. C'est un homme qui ne croit en rien
mais qui pied à pied défend les condamnés à mort.
C'est un homme dont je suis la reine et qui a pour moi une irrémisssible haine (...)"
A suivre
22:46 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Une histoire (20)
" ...Et puis un jour, un soir plutôt, mais pas très tard, vers 20h
ou 20h30 à l'heure où il sort de son bureau, on est en mars, mon
portable sonne je vois son nom s'afficher, et j'explose en mille
morceaux. Je l'imagine aussitôt qui fait les cent pas dans la rue
pendant qu'une beauté l'attend un peu plus loin, discrétement
ou en rouspétant avec délicatesse, une femme douce, il les choisit
plutôt ainsi, il a raison d'ailleurs, il a bon goût!, elles se sont déjà,
une, deux, et même trois, succédées m'a-t-on tenu bien soigneusement in-
formée.Ce qui n'a pas changé d'un pouce mon amour pour lui. Je ne l'aimais
pas parce qu'il m'aimait.J'aimais qu'il m'aime parce que c'était plus
pratique pour l'aimer. Mais qu'il en aime d'autres n'avait pas de raison de me
le faire moins aimer. Hé, je ne dis pas le contraire non plus. Je dis que cela
n'avait rien à voir.En tout cas c'est comme ça dans cette histoire.
Bon,c'était le soir. Je voyais le ciel par la fenêtre. J'entendais qu'il
parlait, sans comprendre bien ce qu'il disait. Il grommellait des choses
comme: "j'étais mal", des vérités quoi, auxquelles j'aurais pu facilement
répondre "moi aussi" mais je n'en avais aucune envie.
Sa voix glissait dans moi comme s'il me pénétrait, c'était doux et c'était fort,
et c'était plus que je ne pouvais au Ciel en demander. Il m'avait appelée.
On s'est revus. On s'est re-aimés. Pareil. Comme avant. Plus qu'avant. Encore
davantage dorénavant. Mais sans qu'il ait plus de temps.Tout le monde s'agitait,
et criait: "tu es folle". Ah comme je m'en fichais! Je me délectais de lui, et lui de
moi je crois.
Nous n'avons jamais, jamais parlé de sa disparition. Même pas la plus petite
allusion, ni lui ni moi.Il m'avait rappelée. J'avais la chance d'être encore ici
ou là, dans ses bras, j'écoutais ses soupirs, je riais avec lui, il était insupportable
parait-il mais très supportable pour moi. Le "meilleur" quoi! de toute façon ses yeux
noirs étaient impossibles à désaimer, moi je les sur-aimais.
Qui n'a jamais marché des heures au bord du précipice? Qui n'a jamais éprouvé
cette volupté? (...)"
A suivre
22:00 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Une histoire (19)
"....Le peintre dont il m'avait parlé je l'ai oublié. J'ai longtemps
gardé son nom écrit de sa main sur ce petit morceau de papier
qu'il avait déchiré (sur la nappe d'une brasserie? sur un coin de
journal?), je l'ai longtemps gardé dans le rabat de mon agenda.
Tu parles d'un porte-bonheur!
Ce même jour il m'avait parlé pendant des heures de la guerre
de 14 et ça je me souviens très bien qu'à la fin tous les deux on avait
pleuré, il avait vite essuyé ses yeux mais il m'avait dit c'est pour
ça que je t'aime. J'avais sauté sur cette chose qu'il disait:" pourquoi?
pourquoi? pourquoi tu m'aimes à cause de la guerre de 14?". Mais
évidemment, impossible qu'il dise quoi que ce soit à ce sujet. Il m'aimait
à cause de la guerre de 14 point final et puis c'est marre et puis c'est tout
et circulez ya rien à voir.
Je me souvenais donc de tout ça, même ce dont je ne me souvenais pas.C'est
fou tout ce à quoi on pense pendant l'absence. Il me plaisait, il me manquait,
j'étais vexée, je souffrais comme une damnée, j'aurais voulu être verte de rage,
sans jamais en être capable, j'aurais voulu ne plus l'aimer puisqu'il avait disparu,
mais ça ne marche pas comme ça, c'est bien connu, il me manquait, il devenait
encore plus précieux parce qu'il avait disparu, je l'aimais, je ne lui en voulais pas,
je voulais juste des mots, des mots, des mots de lui qui auraient dit: "je ne veux plus
te voir", "c'est fini notre histoire", ou "j'en ai assez" ou "je suis désolé".
J'aurais voulu des mots. Des mots quoi, des pauvres mots, même inutiles, forcément
inutiles, pauvres et vains, mais des mots, des mots quand même, des mots là où c'était
béant, des mots, des bouts de phrases, même cent fois dites, et pas ce silence.
Alors deux puis trois puis quatre puis cinq puis six puis sept puis huit semaines passèrent.
Le silence continuait sans s'épaissir. C'est comme s'il avait été là. je le sentais là, tout près
de moi. Je devenais cinglée. Il y avait plein de rats dans les tranchées, c'était mon compagnon
de guerre, on était deux soldats empêchés de se parler.Vous me trouvez siphonée? Oh c'est
que vous savez pas comme je l'aimais. Je l'aimais complètement.Mais à vivre. Pas à crever.
Avec ma légendaire- petite- écharpe- framboise- en mohair- au point mousse- qui perdait ses poils
partout- comme un vieux matou!
Et puis un jour..."
A suivre (vous n'en avez vraiment pas assez? je dis pas ça par coquetterie,
euh si, je le demande en vrai. De toutes façons il va bien falloir en finir, ça
commence moi à me taper un peu sur les nerfs!)
19:21 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Une histoire (18)
"...Et puis c'est le soir de Noël. On mange des pirokji comme chaque
année en l'honneur du père de ma mère. Et on pense à l'Enfant qui est né
mais chacun plus ou moins et en secret. Puis c'est le matin de
Noël et les cadeaux sous le sapin. Et puis c'est l'heure de mettre le
couvert du déjeuner de Noël et c'est comme si imperceptiblement
mais irrémédiablement Noël était déjà fini. Et puis on mange du christmas
pudding pour le dessert avec une feuille de houx dessus, en l'honneur
de la mère de mon père. Et puis on sort de table trop tard. Et puis la nuit
tombe très vite. Et puis c'est le soir du 26 et il n'a pas appelé.
Et puis c'est la panique et je m'affole, j'envoie donc quoi? des textos affolés.
Par dieu sait qui j'apprends qu'ils sont pour une semaine au pays basque chez
des amis. Je regarde la carte du pays basque. Au moins je sais quelque chose,
je sais qu'il est là-bas. Mais à la peur qu'il ne m'aime plus s'ajoute la peur tout court,
qu'ils aient eu un accident, qu'il soit mort, que lui qui dit tout le temps "je ne suis
jamais malade" alors même qu'il touche toujours avec douleur son bras gauche
sans que j'aie jamais su pourquoi, ait eu une crise cardiaque. Plutôt une crise de foie
me dit ma soeur en rigolant.
Et puis c'est la fin des vacances scolaires. Je me fâche au téléphone.Je vois que mes
textos lui parviennent. Il n'est pas du tout mort. Mais il n'appelle toujours pas. Il ne peut
pas appeler. Il est sûrement rentré à Paris. Il ne veut pas appeler. Il ne veut plus appeler.
Il n'appelle pas. Il n'appelle pas. Il ne répond pas. Il laisse le téléphone sonner. Je n'ai plus envie de
me fâcher.Il continue de ne pas appeler. Je continue à l'aimer. Je suis désespérée. C'est le
nouvel an. J'écris un tendre texto et "bonne année". Mais les jours passent.
Sans appel, sans un mot, sans nouvelles.
Le pire alors -comme toujours?- c'est les amis: "On te l'avait bien dit. On t'avait prévenue".
J'interdis alors à quiconque de dire de lui: "ce connard", et je pleure des heures comme une
sotte dans mon lit tous les soirs (...)"
à suivre
18:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Une histoire (17)
Merci beaucoup à ceux qui lisent cette "Histoire", à ceux qui
écrivent des commentaires, à ceux aussi qui n'en écrivent pas,
et je le comprends aussi, merci! Je continue. Zou!
"... " Allez je te dépose à l'Opéra", il dit ça. "Tu ne diras pas
que je ne m'occupe pas de toi". Il ajoute ça. On ne dit rien
dans la voiture je crois, il y a des moments dont je ne me
souviens plus exactement. Peut-être que je bafouille ou que
je parle de ce peintre que je ne connais pas et dont l'autre soir
il m'a écrit le nom sur un bout de papier. Il y a beaucoup de
circulation. Les gens ne sont pas au restaurant. Ils sont là dans
les magasins. On est le 24 décembre.Il est quinze heures.C'est
le bordel, on roule très mal, il a hâte de me déposer et moi aussi.
Mais on est civilisés. (Enfin,si peu!)
Et enfin, je suis dans la rue. Une tristesse immense me tombe dessus.
Je trouve tout ridicule, dérisoire, pathétique.Il va me gâcher Noël ce
bel amour que personne même aux heures les plus sombres que j'ai
vécues personne n'a jamais pu me gâcher.Je ne lui en veux pas. Je m'en
veux à moi. Nous sommes perdus, nous sommes tous perdus là à courir
dans les rues, c'est Noël et c'est d'un triste. Je m'achète alors une énorme
botte de roses sublimes. Dans le train qui me ramène chez moi elle m'encombre,
tout le monde regarde ce bouquet derrière lequel je disparais. A mes enfants,
à mes parents je mens sobrement, je dis que c'est lui qui pour Noël m'a donné
ces roses si belles. Mais je ne dis rien du livre qu'il m'a offert, -que je n'ai jamais
ouvert, et puis que j'ai vendu.
A 18 heures en tablier je beurre des petis canapés pour le réveillon. Toute la famille
est dans ma cuisine. Et il appelle. Je peux à peine répondre. Je suis stupéfaite de cet
appel. Il dit qu'il roule depuis deux heures, qu'il est sur une aire d'autoroute. J'imagine
sa femme qui boit un café pendant qu'il me parle. Je vois ses cheveux blonds à elle, sa
montre très chère, leurs bagages dans le coffre. Sa voix est brûlante et grave,elle me remplit.
"Je n'en peux plus" dit-il." Je t'appelle, tu vois je t'appelle, je vais t'appeler tout le temps,
tu me manques trop, je n'en peux plus, c'est trop dur pour moi,
je t'aime comme un fou.Tu m'entends petite chérie? tu m'entends mon bel amour?" J'entends les
voitures qui passent à toute berzingue derrière lui,il n'écoute pas ce que je réponds, il n'attend pas
que je réponde. "Je t'appelle ce soir". Il a raccroché. Je recommence à beurrer les canapés(...)"
17:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Une histoire (16)
"...C'est un restaurant marocain. Ah ah ce n'est pas le meilleur. Ni le
pire. Comme nous deux quoi. Comme nos vies. Il est désert. Il n'y
a sans doute jamais grand monde dans les restaurants à midi le vingt
quatre décembre. Je ne sais pas. Je ne me suis jamais penchée sur cette
question.C'est sûrement normal. Le soir tout le monde réveillonne et il
va manger du caviar, le meilleur, et du saumon, le meilleur, et moi je
serai avec mes enfants et avec mes parents et on mangera des pirojki
car tous les noël c'est ce qu'on mange des pirojki.Tout est normal.Tout
suit son cours.
Je me souviens très bien que j'avais un manteau noir et une épouvantable
écharpe en mohair couleur de framboise avec des rayures framboise plus
foncée que j'avais tricotée au point mousse un jour où je ne sais pas ce qui
m'était passé par la tête, rien, sauf l'envie de tricoter,et les poils du mohair
dégueulassaient tout le noir du manteau, comme si un chat framboise m'avait
fait un gros câlin, c'était atroce et je savais qu'il le remarquerait.
A-t-il eu un jour l'air plus fatigué que ce jour-là? Je ne crois pas.
Il était là, il me regardait l'air courroucé, j'étais là, et plus on se regardait
comme ça en silence en attendant de commander ce qu'on mangerait, plus
mon esprit et mon coeur et mon ventre s'obscurcissaient, j'avais des poils
de mohair framboise qui me sortaient des oreilles, du nez, qui poussaient
sur mes mains, j'en avais partout. Je m'empêchais de pleurer parce que
si je pleurais il aurait soupiré, se serait levé et se serait barré.
Je savais en même temps que cela aurait été à moi de me lever, de partir,
d'être enfin cette grande dame dont parle cette allumée de Virginia
Woolf quand elle dit " Les dieux qui ne perdent jamais une occasion de blesser,
et de gâcher la vie humaine, sont sérieusement déconcertés si, en dépit de
tout, on se conduit en grande dame".
Mais je suis restée. Il m'a donné un livre somptueux. C'était son cadeau de
Noël.En jetant plus tard chez moi le papier cadeau qui l'enveloppait, un petit
papier a glissé, c'était le reçu du chèque libellé à l'ordre de son bureau. Je n'en
ai même pas été affligée.
On a mangé. A un moment j'ai cru qu'on sortirait de table pour aller à cet hôtel
tout près que nous connaissions mais non.La dernière bouchée avalée, il m'a
dit "Je t'appelle dans deux ou trois jours". J'ai dit "ok". Je me suis levée.On
était debout près de la table. J'ai eu envie de me jeter sur lui, de le pousser,
de le renverser par terre, de lui arracher sa veste, sa chemise, de toucher le
chaud de sa poitrine,mais je n'ai rien dit, je l'entendais déjà me dire "Bon ben
aurevoir" sur le trottoir.
Mais il a dit mon prénom, et avec un visage sinistre, plein de réprobation, il m'a
tendu, oubliée sur la banquette où j'étais assise, mon écharpe en mohair pleine
de poils, abandonnée, "ton écharpe", on aurait dit qu' elle pleurait à chaudes larmes,
elle. Aucune tenue.(...)"
A suivre?
14:42 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Une histoire (15)
"... Alors c'est le 24 décembre. On doit déjeuner ensemble. Au
dernier moment, la veille, il a dit: "on déjeune ensemble".Je ne
m'y attendais pas.
Je ne sais pas quand il doit partir, l'après-midi? le lendemain? le
lendemain de Noël? Je me garde bien de le lui demander.
Je demande juste où on déjeune et à quelle heure.
De plus en plus souvent il dit :" Tu ne m'aimes pas, tu ne m'aimes pas
vraiment, tu vas m'oublier, tu ne sauras même plus que j'ai existé".
Ainsi quand je dis "je t'aime", répond-il: "foutaises, foutaises!".
C'est donc désormais au bout de quelques folles semaines, comme ça
entre nous: c'est moi surtout qui l'aime, de toute évidence - quoique ce ne soit
que mon évidence- tandis que lui s'insurge: "me raconte pas d'histoire!",
et les reproches que je ne prononce jamais -"mais non c'est toi qui ne m'aime pas"
sous-entendu: "tu n'as jamais de temps pour moi", sont au contraire dans sa bouche
à lui, sa foutue bouche dont je suis dingue.
Nos paroles sont inversées.
Nos paroles sont si semblables.
Nos paroles sont éternelles: tu m'aimes, tu ne m'aimes pas, tu ne m'aimes pas, tu m'aimes.
C'est Noël, tout Paris est illuminé. Sur le front des cadeaux, sur celui des repas, mes courses
sont faites, je suis prête, c'est même peut-être la première fois ce Noël -là, que curieusement
je ne suis pas à la ramasse. Mais je suis prise dans une anxiété qui grandit, qui grossit, qui
prend maintenant toute la place dans ma vie, je sens les choses non pas se déliter
mais s'emmêler, s'emmêler à ne plus pouvoir les démêler: il est pris dans un piège, je ne
comprends pas lequel. Je ne sais pas comment l'en délivrer. Ce n'est pas moi qui l'ai tendu (...)"
10:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Une histoire (14)
"... Alors pour Noël il s'embrouille. C'est Noël-l'embrouille.
" Je pars deux jours" dit-il. Mais pas besoin d'être grand clerc
pour comprendre que c'est un peu plus.Il dit même "Oh
mon bel amour, si tu savais comme ça me fait chier. Je vais
être loin de Paris".
Cruelle, je le console doucement: "Oh deux jours ce n'est pas long".
Il me regarde avec attention. Il ne se demande pas si je me moque
de lui, il se demande si je le crois, car à ce moment je suis certaine
que lui, tout en sachant très bien qu'il part plus longtemps, croit qu'il
part deux jours.
Je suis certaine aussi qu'il a un putain de sacré mal de ventre.
Il dit avec cette tension dans le visage qui me ferait me faire
tuer pour lui: "Je t'appellerai plusieurs fois par jour, ne t'inquiète
pas, je t'appellerai, tu vas trop me manquer, qu'est ce que je vais
m'emmerder, mon amour chéri tu vas trop me manquer".
C'est qu'il pourrait dire:" je vais voir ma mère, je pars dans les
Ardennes", mais il ne dit pas ça. En un sens il ne sait pas mentir.
Il part avec sa femme très riche qu'il ne veut pas contrarier.Or je
pourrais très bien l'entendre.Qu'il dise qu'il part une semaine avec elle.
Que dans toute cette histoire, dans un certain nombre d'histoires, il y a
des histoires de pognon.
Ce n'est certainement pas pour ça que j'arrêterais de l'aimer. Mais
il ne peut même pas prononcer ces mots. Il ne peut ni mentir ni dire
la vérité. Il ne veut pas moi non plus me contrarier.
Oh ne comptez pas sur moi pour parler de lâcheté.Et encore moins
de "lâcheté des hommes". On est tous lâches, tous, tous les humains,
ou pas lâches du tout, très courageux, tous, les hommes, les femmes,
untel, unetelle, pff j'exècre qu'on parle de la lâcheté des autres,
je préfère qu'on parle de la mienne. "Tiens parlons de la tienne!" je propose,
à celle qui geint sur la "lâcheté des hommes..." , ou "parlons de la mienne..."
en parlant de la mienne, mais la mienne ou la sienne ne l'amuse pas, ce qui
lui plait c'est ce bel os à ronger "la lâcheté des hommes".
Allez au diable!vous me donnez envie de mourir.
Il n'est pas lâche: il est fatigué. il travaille trop. Et je le fais chier.C'est tout.
Et c'est beaucoup.(...)"
A suivre.
00:32 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Une histoire (13)
"... Noël n'est pas loin et je chougne.
Il avait parlé très vite d'aller un week-end au bord de la mer.
(Ou d'aller un week-end très vite au bord de la mer!). Mais
nous n'y étions pas allés. "Ne fais pas cette tête, c'est juste reporté".
Et puis il avait été débordé. "J'ai des dossiers ultra compliqués dont
je dois m'occuper" disait-il. Le pire c'est que c'était vrai.
Enfin, une autre date avait été fixée.
J'imaginais la chambre d'hôtel ouverte la nuit sur la mer qui serait noire,
pleine de pluie, et qu'on ferait l'amour en entendant cette pluie qui
tomberait dans la mer. Il avait dit oui et je t'aime.
Et puis la veille de ce week-end mon père me roule sur le pied.
Oui, mon père me roule sur le pied.
Quand je lui dis ça: que je suis immobilisée, que mon père m'a roulé sur le
pied, il est aux anges. Il dit: "Mais c'est trop beau, c'est trop beau, ça s'invente pas",
et j'ignore s'il parle du roulage sur le pied ou du prétexte tout trouvé, du prétexte
en or, que sur un plateau je lui ai apporté, pour ne pas aller au bord de la mer. Ni ce
week-end, ni jamais.
Je passe ce week-end où on devait s'aimer devant la mer, à dire à tout le monde: "Mon père
m'a roulé sur le pied". Tout le monde veut savoir comment. Certains même me demandent:
"pourquoi?"! Des gros malins me disent: "C'est freudien". Je les envoie paître.Je dis froidement:
"C'est vraiment très con de dire ça", et quand on me répond "mais quelle mouche te pique?"
je me mets à sangloter.
Mais Noël approche.J'ai toujours aimé l'Avent et les vitrines des charcuteries pendant l'Avent,
aimé Noël avec les enfants, même si ça y est ils sont plus grands. Or je l'ai dit, l'homme aux
yeux noirs n'a pas d'enfant, et Noël l'excède tout particulièrement, Noël le fait encore plus
soupirer, il se plaint: "Ma mère va me dire qu'elle veut me voir, elle veut toujours me voir".
Il ne la voit jamais. C'est une vieille dame qui ne sait pas lire, elle vit dans les Ardennes, il
dit: "elle jardine, je lui dois tout".Et quand sachant que je mets les pieds dans une mine je
demande: "Mais pourquoi tu ne veux pas la voir? On pourrait aussi tous les deux y aller. Ou
toi seul.Tu n'y vas jamais avec ta femme?" la mine explose. Je l'ai bien cherché." Ne me parle
plus de ça. Jamais".
Ah ah, comme il dit assez souvent: " Dont acte". Dontact. Monsieur Dontact, monsieur Le Meilleur,
monsieur Je pense à lui tout le temps, monsieur je ne sais pas ce que ça veut dire je t'aime mais
je l'aime. Faut croire. Moi. Lui.(...)"
00:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

