27.10.2009
Une histoire (7)
" L'aimer c'est une très mauvaise idée.
Cette mauvaise idée dit souvent: "Mais regarde Paris, regarde
comme c'est beau Paris".C'est l'automne. On dirait que l'automne
est fait pour nous. Il dit: "c'est ma saison préférée". Combien sont-ils
qui disent la même chose cet automne-là? cet automne-ci?
Il n'a le temps de rien. Enfin je veux dire: il n'a pas de temps pour moi.
Sa femme est très riche. Lui il s'occupe des très pauvres.C'est un travail
qui l'absorbe. Il dit aussi un jour: "je suis très malheureux".
Et ça me fait pleurer car je ne peux rien pour lui.
Cette mauvaise idée a un creux merveilleux dans le dos, et quand il me
serre dans ses bras j'ai les os qui craquent, moi qui ai de la chair douce
autour des os pour lui. Je craque tellement il me serre fort.
Je mange une mousse au chocolat. C'est un soir tard. Il s'étire. Il ne peut
pas s'empêcher de dire toujours:"je connais un restaurant où la mousse au
chocolat est bien meilleure qu'ici". C'est bien lui! Il connait toujours les endroits
où parait-il c'est bien meilleur, ou bien alors justement on est là dans le meilleur.
Il a un gros problème avec le meilleur.La barbe lui a poussé depuis tôt le matin
qu'il s'est rasé.A ce moment-là, c'est le bonheur suprême pour moi: on dine
ensemble au restaurant ,sa barbe pique,on en est au dessert, je le regarde
qui s'étire, il ne le ferait pas si on était dans "le meilleur", je vois son torse
sous son pull, je vois sa ceinture, la mousse au chocolat me coule dans la bouche...
Et brusquement:" Mon père ne savait pas lire. Et pas écrire" .
Et puis: "Ma mère non plus. Elle ne sait pas écrire. Mais elle sait lire. Elle
lit le nom de mon père quand elle va sur sa tombe".
Je suis muette.
"Mange, dit-il, mange" comme il dit tout le temps. Et je mange.
Il demande l'addition. Comme toujours je vois son portefeuille plein de billets,épais
de l'épaisseur de tous ces billets.Son portefeuille me fait envie. J'aimerais avec
un portefeuille comme ça, bien rempli, me balader dans la vie.
Il est sombre.
Je dis: "Tu es triste?"
Il ne répond pas mais dit: "je voudrais t'emmener voir la mer" et je comprends
"je voudrais t'emmener voir ma mère" (...)"
(A suivre? Oui? Non? Vous en avez assez?Vous pouvez)
17:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
mais non... mais non... on en a pas assez... enfin, je dis ça... je m'en fous... tu as déjà publié le (8) !!
Ecrit par : thomas p | 27.10.2009
Je lis l'histoire à l'envers mais c'est très bien aussi ;-)
Encore !
Ecrit par : Frasby | 27.10.2009
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