30.09.2009
Prestige
C'est bien quand on est pas trop malin
J'ai lu hier par hasard une incroyable nouvelle de
Balzac:" Jésus Christ en Flandre".
Attirée par le titre, et par la briéveté de la nouvelle!
C'est la première partie que j'ai aimée. Mystique à
fond les ballons mais j'en ai déjà trop dit. La
deuxième m'a ennuyée. Et d'ailleurs du coup
je n'ai pas tout lu, j'ai survolé en vitesse
les pages de la deuxième moitié.
Bon.
Le soir j'apprends qu' à l'origine il s'agissait de
deux nouvelles que Balzac a jointes en une seule.
Ah c'est donc ça, ben ça se voit!
La première partie , donc, n'est pas piquée des
vers. Mais je l'ai adorée.
Ce qui est bien, c'est de la lire quand on est pas trop malin.
Et pas trop connaisseur de l'oeuvre de Balzac non plus.
Moralité: lire c'est bien quand on est pas trop malin. Et finalement je me dis: ne pas être trop malin,
pour beaucoup de choses, c'est bien.
Donc on pourrait dire: pour nous tous, nous les humains, voilà qui tombe bien!
09:32 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jesus-christ en flandre, être malin, être pas trop malin, balzac, tempête
29.09.2009
"Le vieux pays différencié" d' Albert Thibaudet
J'ouvre un livre, - il était posé ce matin sur la table à repasser chez mes parents-, première page, c'est l'avant-propos, premières lignes, je lis cela:
"Quand je réfléchis à la manière dont les Français ont senti, pensé, exprimé leur appartenance collective, deux définitions antithétiques me viennent à l'esprit. Elles bornent le champ de toutes les définitions possibles de l'identité nationale. L'une, lapidaire et souveraine, "la France est la revanche de l'abstrait sur le concret" nous vient de Julien Benda.
L'autre, précautionneuse et révérente, "la France est un vieux pays différencié" est signée d'Albert Thibaudet.
Rien de plus éloigné que ces deux conceptions de l'idée nationale. La France de Benda est un produit de la raison, non de l'histoire. Une nation politique et civique, faite de l'adhésion volontaire des hommes, surgie du contrat, bien moins héritée que construite. Une nation dont la simplicité puissante obtenue par l'éradication des différences, unit toutes les communautés sous les plis du drapeau.
La France est alors la diversité vaincue.
De l'autre côté, celle de Thibaudet, ni civique ni politique, est faite de l'identité ethnique et culturelle des "pays", au sens ancien du terme, qui la composent; fruit des sédimentations d'une très longue histoire; concrète et non abstraite; profuse et non pas simple;faite de l'épaisseur vivante de ses terroirs, de ses paysages, de ses villages, de ses langages, des mille façons de vivre et de mourir qui se sont inscrits dans la figure de l'hexagone.
La France cette fois c'est la diversité assumée (...)
Les deux définitions ont longtemps figuré les aiguilles d'une même horloge, étroitement solidaires donc.
Elles ne coexistent pourtant pas sur un pied d'égalité. Dans les représentations que les Français se font de leur pays, la France une et indivisible de Benda l'a emporté sur l'autre (...)"
Mona Ozouf
Gallimard 2009
21:08 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : france, identité nationale, histoire, mona ozouf, albert thibaudet
28.09.2009
Réunion familiale

C'est un très joli bouquet, que j'ai tout de suite eu envie de photographier. Alors qu'il aurait fallu plutôt photographier le visage de chacun.
Apporté par une des trois filles, une de mes soeurs, pour cette petite "fiesta" familiale autour d'un père très malade, il est là sur la nappe blanche comme une allégorie.
Les roses figurent les membres de la famille, même si elles sont un peu moins nombreuses et que la famille vient de s'élargir.
Les branchages du lierre qui entourent les roses dans un mouvement souple et circulaire sont comme les liens de cette famille, ils contiennent, ils emprisonnent et ils protègent en même temps.
Il y avait pour ce café-goûter, plusieurs gâteaux au chocolat-maison, de la salade de fruits, et parce que j'avais peur qu'il n'y ait pas assez à manger des baklava en forme de petits losanges trouvés à la dernière minute au super-U d'à côté.
Mais une des trois filles, une autre, est arrivée la dernière avec une pyramide de macarons multicolores à se damner et a éclipsé ce qui était là. Ah ah il y a toujours une des trois soeurs qui éclipse l'autre, c'est ça aussi les histoires de famille!
Il faisait un temps merveilleux. Par la fenêtre du salon on voyait les peupliers tout dorés. Loin très loin derrière, à des centaines de kilomètres, on voyait la mer où il naviguait.
08:36 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : famille, bouquet, photographier, mer, avoir peur
27.09.2009
Il est trop fort !
"...Beaucoup plus que nous ne le voulons, beaucoup plus que nous ne le croyons,
beaucoup plus que nous ne le disons tous formés par des habitudes scolaires, tous
dressés par des disciplines scolaires, tous limités par des limitations et des commodités
scolaires, nous croyons tous plus ou moins obscurément que l'humanité commence
au monde moderne, que l'intelligence de l'humanité commence aux méthodes modernes;
heureux quand nous ne croyons pas, avec tous les laïques, avec tous les primaires,
que la France commence exactement le premier janvier dix-sept cent quatre-vingt-neuf
à six heures du matin.
Or l'idée moderne, la méthode moderne revient essentiellement à ceci: étant donnée
une oeuvre, étant donné un texte, comment le connaissons-nous; commençons par ne
point saisir le texte; surtout gardons-nous bien de porter la main sur le texte; et d'y jeter
les yeux; cela, c'est la fin; si jamais on y arrive; commençons par le commencement,
ou plutôt car s'il faut être complet, commençons par le commencement du commencement;
le commencement du commencement c'est dans l'immense, dans la mouvante, dans l'universelle,
dans la totale réalité très exactement le point de connaissance ayant quelque rapport au texte
qui est le plus éloigné du texte; que si même on peut commencer par un point de connaissance
totalement étranger au texte, absolument incommunicable, pour de là passer par le plus long
chemin possible au point de connaissance ayant quelque rapport au texte qui est le plus éloigné
du texte, alors nous obtenons le couronnement même de la méthode scientifique, nous fabriquons
un chef d'oeuvre de l'esprit moderne; et tant plus le point de départ du commencement du
commencement du travail sera éloigné, si possible étranger, tant plus l'acheminement sera
venu de loin, et bizarre; - de tant plus nous serons des scientifiques, des historiens et des
savants modernes (...)"
"Zangwill"
Charles Péguy
Cahiers de la quinzaine, éditions Saint-Michel
(les Cahiers de la quinzaine ont été fondés en 1900 par Péguy. Il avait 27 ans. Il est mort au combat en 1914)
22:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : péguy, cahiers de la quinzaine, zangwill
Parking sous la neige
Comment faire au milieu de toutes ces paroles inutiles que nous disons pour qu'il y en ait quelques unes de sensées?
Comment faire parmi tous ces mots que nous écrivons pour qu'il y en ait quelques uns qui soient justes?
Comment faire dans ces billets en vrac que je flanque sous l'éventail pour qu'il y ait une ligne qui dise les choses et que cette chose ne soit pas que tous ces mots ne servent à rien?
Comment dire la douceur que j'éprouve en ce moment pour ceux qui comprennent ce que je veux dire?
20:01 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mur, silence, parking, douceur, comprendre, farce, piège, amour
25.09.2009
Le désir des tricheurs
Pour voir ce tableau du Caravage ( "Les tricheurs") il faut aller au Texas. S'il y a une chose à laquelle avoir de l'argent me servirait, ça serait à ça : pouvoir partir demain au Texas voir Les tricheurs.
Oui ça j'enrage de ne pas pouvoir le faire.
(jusqu'en 1987 ce tableau -peint en 1594-appartenait à un collectionneur privé. Billet d'avion pour le Texas ou pas, personne ne pouvait le voir. D'ailleurs il n'était pas au Texas. Le hic c'est qu'au fond je n'aime pas tellement les musées. Enfin, pas tous. Enfin, certains. Enfin, beaucoup. Enfin quelques-uns. Enfin je sais pas.Enfin j'en sais rien. Mais pour les Tricheurs, ça c'est sûr: je suis frustrée!)
15:16 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : caravage, jeux de cartes, texas, enrager, argent
Transis (2)
00:05 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : transis, tombeaux, basilique saint-denis
24.09.2009
Photo dans l'odeur des beefsteack
Je suis dans la cuisine. Il est 19h30. Je fais cuire des beefsteack pour le diner. La porte est fermée à cause d'Absinthe (le chat) qui saute partout. Louise (ma fille, 14 ans) rentre brusquement. Tiens elle a fini ses devoirs Secret Story serait terminé? Elle me dit: " Attends, je vais te prendre en photo".
J'arrête le feu sous la poële. Elle: "Enlève quand même ton tablier" (Tout est dans le "quand même". Par ailleurs en effet j'ai un beau tablier à carreaux rouges et blancs quand je fais la cuisine). Je l'enlève. Je la regarde.En deux secondes elle m'a photographiée avec son téléphone.
Je regarde la photo.C'est moi. Elle dit: "Je vais la mettre en noir et blanc".
Moi: "Pourquoi?"
Elle: "J'aime bien".
Bon. Je pense aussitôt: qui dans cinquante ans regardera cette photo?
Qui saura que j'étais dans la cuisine au 9eme étage d'un immeuble qui sera peut-être écroulé?
Qui se souviendra de moi? Qui saura qui j'étais? Est-ce que je le sais?
Je rallume le feu sous la poële.Les enfants mangent les beefsteack.L'un part faire du sport. L'autre va chez son père.C'est le troisième jour de l'automne. Je regarde encore cette photo.Je me dis: je vais la mettre sous l'éventail. Je le fais.
21:00 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, beefsteack, photo, enfants, automne, qui on est et tout ça
Vous les voyez tous ces parapluies au-dessus de nos têtes?
Je lis ça, dans un journal, ce qu'écrit Renoir en 1881, dans une lettre à son marchand, Paul Durand-Ruel:
"Je suis comme les enfants à l'école, la page blanche doit toujours être bien écrite et paf! un pâté. J'en suis encore aux pâtés, et j'ai quarante ans. J'ai été voir les Raphaël à Rome. C'est bien beau et j'aurais dû voir ça plus tôt. C'est plein de savoir et de sagesse. Il ne cherchait pas comme moi les choses impossibles, mais c'est beau. J'aime mieux Ingres dans les peintures à l'huile. Mais les fresques c'est admirable de simplicité et de grandeur".
Aussi -je le lis, je ne le savais pas, hein- quand il rentre de ce voyage en Italie il reprend "les parapluies", cette toile qu'il a commençée l'année d'avant. C'est pourquoi elle porte la date 1880-1885.
On voit bien dans le tableau ces deux façons de peindre,et l'influence de Ingres; ça fait quelque chose cette coupure visible comme ça sous nos yeux, dans la "manière" de peindre: la petite fille avec son cerceau, très "impressionniste", et puis la jeune femme à gauche, précise comme les parapluies au-dessus, presque comme s'il y avait eu deux peintres différents. (Ma phrase est mal tournée. Bref.)
Je ne sais pas si on peut voir ce tableau, qui d'habitude est parait-il à Londres, dans l'exposition qui vient de commencer au Grand Palais.
Voyons aussi le bras à droite de cet homme qui tient plus haut que les autres son parapluie et dont on ne connaîtra jamais le visage (d'ailleurs on ne comprend pas en fait où il peut être, ce visage, et c'est très bien).
Et bien sûr ce panier, vide, si grand, et si profond.
Et j'aime bien mon titre.
Et voilà.
09:35 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : parapluies, renoir, voir, pas voir, changer







