31.05.2009
Bonne journée!
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29.05.2009
Les remarques de Jean-Yves Tadié
" - Vous faites remarquer qu'il n'y a jamais de dates dans
la Recherche.
- Oui, pas de prix, pas de dates, pas de chiffres " (J-Y Tadié)
et aussi : " Proust emploie des mots très simples. En fait,
c'est un auteur simple, c'est la réalité qui est complexe"
(et ça c'est dans ce hors-série de "Lire" sur Proust du billet d'avant, dans un long entretien
avec Tadié. J'aimerais bien diner avec eux deux ensemble, Proust et Tadié.)
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28.05.2009
Soubrettes et reines
"...La journée était splendide et j'étais arrivé à l'heure où le soleil fait, à cette époque, sa visite quotidienne à la Vierge jadis dorée et que seul il dore aujourd'hui pendant les instants où il lui restitue, les jours où il brille, comme un éclat différent, fugitif et plus doux. Il n'est pas d'ailleurs un saint que le soleil ne visite, donnant aux épaules de celui-ci un manteau de chaleur, au front de celui-là une auréole de lumière. Il n'achève jamais sa journée sans avoir fait le tour de l'immense cathédrale. C'était l'heure de sa visite à la Vierge, et c'était à sa caresse momentanée qu'elle semblait adresser son sourire séculaire, ce sourire que Ruskin trouve, vous l'avez vu, celui d'une soubrette à laquelle il préfère les Reines, d'un art plus naïf et plus grave, du portail royal de Chartres..."
Marcel Proust
(je ne sais pas dans quoi; moi je l'ai lu dans un juste paru hors-série de "Lire" sur Proust, oui je sais..."Lire"..,mais ça me convient très bien, voilà! Ah et il s'agit de la cathédrale d'Amiens)
Eh bien c'est quand même extraordinaire cette histoire de soubrette de Ruskin, non???
22:43 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
L'homme au chapeau, que je ne veux pas oublier.
Balthus (1908-2001)
L'homme au chapeau s'est levé dans le train. Le train roulait. Il n'y avait que lui et nous, ou presque, dans le compartiment.Il ressemblait un peu à Raymond Devos. Il avait dit: "je sors de l'hôpital" en montrant sa tête.
Et qu'il allait voir sa mère qui avait quatre vingt dix neuf ans, et qui avait toute sa tête. Et il avait encore montré sa tête en le disant.
On avait su de lui qu'il existait avant de l'avoir vu. A cause de son chapeau.
Il était posé là sur la tablette devant son siège. On avait vu tout de suite le chapeau. Mais lui parlait plus loin. On ne l'avait pas vu.
Des adolescents étaient montés juste après nous. Hop, un d'eux avait saisi le chapeau qu'il avait vu tout de suite, lui aussi. Un de ses copains: "Non, non, il est au type là-bas" et il avait reposé le chapeau.
L'homme au chapeau était revenu vers sa place. On l'avait donc vu. Massif.
Un peu titubant. Il s'était rassis à sa place. Puis donc il s'était levé pour s'asseoir à côté de nous.
Il avait du mal à s'asseoir, du mal à se lever, du mal à enfiler son manteau.
On a tout de suite parlé du chapeau.
Et puis je ne sais pas comment, très vite de peinture.
Je ne sais vraiment plus pourquoi si vite, de peinture, et à propos de quoi.
Nous n'étions pas d'accord lui et moi.
Et puis tout d'un coup il a dit: "Ah Balthus, Balthus, Balthus".
Et puis une autre chose encore qui n'avait pas à voir avec la peinture, ni
avec le chapeau, mais avec la vie, sur le quai en arrivant, quand tu portais
sa valise.Il l'a dit en baissant la tête dans un souffle. Il l'a dit. Juste deux secondes.
Et c'était déchirant.
Il avait demandé avant: "Vous voulez boire un verre", mais on n'avait pas
le temps. Enfin moi, je ne pouvais pas. Alors on s'est séparés là.
07:40 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
"Fantôme plastronné de ouate...."
" (...) L'espoir en Dieu? Il voudrait croire et ne croit pas. Marcel Proust
va entrer en littérature comme d'autres en religion. Sa retraite se fera par
étapes parce que, longtemps, il lui faudra, pour les besoins de son oeuvre,
maintenir avec le siècle des relations diplomatiques. Jusqu'à la fin un
fantôme plastronné de ouate, "tout pâle, avec une barbe bleue à force
d'être noire" (1) continuera de hanter sur le coup de minuit, quelques
maisons de Paris, quelques halls d'hôtel. Le vrai Marcel Proust vivra
désormais dans le passé.
"L'arche était close et il faisait nuit sur terre...le monde que Noé contemplait,
dans la pluie diluvienne, était un monde purement intérieur..."(2) Entre
1905 et 1911, à une date qui n'est pas exactement connue, Marcel Proust
commença de mettre en forme son roman. "Nous savions, dit Lucien
Daudet, qu'il écrivait un roman dont il parlait à peine comme en s'excusant".
(...) Derrière un opaque rideau de maladie et de mystère, Proust monte
silencieusement ses décors et fait répéter ses personnages. Jusqu'en 1905 il
n'avait pas trouvé la force de sacrifier le présent au souvenir. Son sujet
aussi l'effrayait..."
(1): "Proust" Ramon Fernandez, 1943 (qui vient je crois d'être réédité en Cahiers rouges Grasset)
(2): " Portraits" Robert Brasillach, 1935
A la recherche de Marcel Proust
André Maurois
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27.05.2009
Chaussons de danse taille 4 ans
C'est dans un grand jardin très soigné.
Au bout du jardin, la maison d'une amie.
A l'autre bout, la maison de ses parents.
A un autre bout encore, un chêne immense.
Sa mère traverse la grande pelouse et vient vers nous qui nous
racontions mille choses, assises derrière, devant la cuisine.
Je vois la mère, je vois sa fille, cette amie. Je vois l'imperceptible
mouvement de recul de la fille devant sa mère quand elle s'avance
vers elle.
Avant quand elle traversait la pelouse, si sa fille n'était pas seule,
elle battait discrétement en retraite en faisant un petit salut de la
tête. Maintenant, non, elle vient, elle reste.
Ell est très agée, et très pimpante.
A un moment elle dit ensuite: "j'ai quand même quatre vingt deux ans".
Elle porte un pantalon élégant couleur de framboise .
Dans ses mains elle tient des minuscules chaussons de danse roses.
Elle dit: "Tiens, je te les ai apportés, je les ai retrouvés en faisant des
rangements" (et quand elle dit "rangements", ça me glace le sang)
Je dis à cette amie: "Ah tu faisais de la danse?"
Elle ne me répond pas. Des mains de sa mère à ses mains à elle, les tout
petits chaussons qui sont des vraies pointes avec des rubans, passent.
La fille les tient maintenant dans ses mains et ne sait pas où les poser.
Un tout petit moment les chaussons, usés, mais pas par les années
passées, usés comme quand on les met, comme si hier cette amie les avait
eus aux pieds, les chaussons pèsent plus lourd que les deux maisons,
que le chêne, que le train qui passe pas loin, que le prix de ces deux
maisons magnifiques, que l'argent peut-être, sans doute, dans le coffre-fort
de la mère. Les petits chaussons ont vraiment la tête de la vie passée, de
la vie revenue, de la mort qui est la seule issue connue.
20:53 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Pachalesquement
C'est une rencontre par hasard. Au détour d'un truc je tombe sur
6 lignes d'un gars:
"...Vingt jeunes hommes, tous artistes dans le coeur,
La pipe ou le cigare aux lèvres, l'air moqueur,
Le temporal orné du bonnet de Phrigie,
En barbe Jeune-France, en costume d'orgie,
Sont pachalesquement jetés sur un amas
De coussins dont maint siècle a troué le damas.."
Voilà c'est tout. Me plaisent le costume d'orgie, le pachalesquement, et le
damas troué...Et me plait encore plus le nom de l'auteur: Philotée O'Neddy,
qui sur Wikipédia est appelé "romantique frénétique". J'ignorais qu'on pouvait
dire cela. Et classé dans la case "petit maître". Soit! Sans doute!
En tout cas c'est écrit en 1833 ("Feu et Flamme")
Ah je sais bien que ça a un côté ridicule ("tous artistes dans le coeur" :...atroce!!)
et tout ça, mais moi les jeunes hommes en costume d'orgie, le cigare aux lèvres
et l'air moqueur, je ne sais pas, j'aime bien!
00:51 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
26.05.2009
Philotée O'Neddy
Connaissez-vous Philotée O' Neddy?
11:17 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Un orage pour ma fête
Il est minuit et l'orage a éclaté.
Il pleut à verse. Les éclairs sont aveuglants.
Les immeubles sont plongés dans le noir comme si l'électricité
était coupée.
Puis les éclairs diminuent, et comme le tonnerre s'éloigne on entend
de plus en plus fort la pluie. Elle tombe droit à toute vitesse, avec
un air très très mouillé.
C'est un déluge.
C'est l'orage délicieux et l'orage qui fait peur, pour ma fête.
00:36 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24.05.2009
Révisions
Au loin on entend rebondir des balles de tennis. C'est drôlement mieux que des
balles de kalachnikov.
Deux gros bourdons entrent par la fenêtre du balcon. Le chat qui fait le malin avec
les fourmis ou les mouches a nettement les jetons.
Et donc ça y est, comme prévu la jeunesse s'affolle à la dernière minute: ouais le bac
de français n'est pas annulé, merde et on a rien révisé!
Je suis appelée au secours. Bon, d'accord!
C'est ainsi que le dimanche après-midi se passe, à l'ombre du soleil, à trier les textes
au programme, bordel quelle pagaille!, à les lire, et puis à commencer au petit
bonheur la chance.
Et voilà ce qui, pour commencer, me tombe sur le rab: un avant-propos de Paul Valéry
très mais très agaçant!, + Boris Vian + le début de la Fortune des Rougon avec le coup du
cimetière désaffecté plein de poiriers si pleins de poires énormes à cause de l'engrais des
cadavres (!) que tout le monde dans la petite ville est dégoûté sauf les écoliers qui escaladent
le mur pour grimper dans les poiriers se régaler.
La petite amie de mon fils a mis une robe très décolletée, j'admire ses magnifiques seins
dorés. Et ça ne s'invente pas elle me demande: ça veut dire quoi "dessein" car il y a le mot
"dessein" dans le texte de Valéry! Dessein...j'ai les siens sous le nez!
Elle m'écoute religieusement.
Passons à son chéri. C'est mon fils. Il bougonne: "Boris Vian c'est mai 68". Je hurle.
C'est le prof qui vous a dit ça?Il bougonne dérechef.
Et quand j'en ai fini avec eux deux, c'est ma fille qui surgit avec le dormeur du val.
Manquait plus que lui. Il a deux trous rouges au côté droit. Et moi mal au coeur.
Quand je dis: "ho, fini pour aujourd'hui", on entend toujours les balles de tennis rebondir
au loin. Les enfants partent ailleurs voir si j'y suis.
Je serais Dorothy, je dirais: je hais les révisions, je hais le mois de juin, je hais Paul Valéry,
Zola Emile et ce dormeur Duval!



