27.05.2009
Chaussons de danse taille 4 ans
C'est dans un grand jardin très soigné.
Au bout du jardin, la maison d'une amie.
A l'autre bout, la maison de ses parents.
A un autre bout encore, un chêne immense.
Sa mère traverse la grande pelouse et vient vers nous qui nous
racontions mille choses, assises derrière, devant la cuisine.
Je vois la mère, je vois sa fille, cette amie. Je vois l'imperceptible
mouvement de recul de la fille devant sa mère quand elle s'avance
vers elle.
Avant quand elle traversait la pelouse, si sa fille n'était pas seule,
elle battait discrétement en retraite en faisant un petit salut de la
tête. Maintenant, non, elle vient, elle reste.
Ell est très agée, et très pimpante.
A un moment elle dit ensuite: "j'ai quand même quatre vingt deux ans".
Elle porte un pantalon élégant couleur de framboise .
Dans ses mains elle tient des minuscules chaussons de danse roses.
Elle dit: "Tiens, je te les ai apportés, je les ai retrouvés en faisant des
rangements" (et quand elle dit "rangements", ça me glace le sang)
Je dis à cette amie: "Ah tu faisais de la danse?"
Elle ne me répond pas. Des mains de sa mère à ses mains à elle, les tout
petits chaussons qui sont des vraies pointes avec des rubans, passent.
La fille les tient maintenant dans ses mains et ne sait pas où les poser.
Un tout petit moment les chaussons, usés, mais pas par les années
passées, usés comme quand on les met, comme si hier cette amie les avait
eus aux pieds, les chaussons pèsent plus lourd que les deux maisons,
que le chêne, que le train qui passe pas loin, que le prix de ces deux
maisons magnifiques, que l'argent peut-être, sans doute, dans le coffre-fort
de la mère. Les petits chaussons ont vraiment la tête de la vie passée, de
la vie revenue, de la mort qui est la seule issue connue.
20:53 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


Commentaires
Sophie... c'est adorable, cette histoire, après le monsieur au chapeau !
Ecrit par : thomas p | 28.05.2009
Un texte qui parle au plus profond, que l'on rencontre sur son chemin de vie, comme Stendhal parlait d'un effet miroir du roman. On est peut-être toutes, plus ou moins, cette fille ou cette mère. Merci Sophie, lire votre blog est maintenant un rendez-vous attendu
Ecrit par : Fanfan | 29.05.2009
- Fanfan:bienvenue ici, merci beaucoup, je suis touchée, très. A bientôt.
Ecrit par : Sophie L.L | 02.06.2009
- Thomas: merci pour tes lectures de l'éventail -qui en bat des cils!- et pour tes commentaires. Bonne journée.
Ecrit par : Sophie L.L | 02.06.2009
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