28.05.2009

L'homme au chapeau, que je ne veux pas oublier.

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 Balthus (1908-2001)

 L'homme au chapeau s'est levé dans le train. Le train roulait. Il n'y avait que lui et nous, ou presque, dans le compartiment.Il ressemblait un peu à Raymond Devos. Il avait dit: "je sors de l'hôpital" en montrant sa tête.

Et qu'il allait voir sa mère qui avait quatre vingt dix neuf ans, et qui avait toute sa tête. Et il avait encore montré sa tête en le disant.

On avait su de lui qu'il existait avant de l'avoir vu. A cause de son chapeau.

Il était posé là sur la tablette devant son siège. On avait vu tout de suite le chapeau. Mais lui parlait plus loin. On ne l'avait pas vu.

Des adolescents étaient montés juste après nous. Hop, un d'eux avait saisi le chapeau qu'il avait vu tout de suite, lui aussi. Un de ses copains: "Non, non, il est au type là-bas" et il avait reposé le chapeau.

L'homme au chapeau était revenu vers sa place. On l'avait donc vu. Massif.

Un peu titubant. Il s'était rassis à sa place. Puis donc il s'était levé pour s'asseoir à côté de nous.

Il avait du mal à s'asseoir, du mal à se lever, du mal à enfiler son manteau.

On a tout de suite parlé du chapeau.

Et puis je ne sais pas comment, très vite de peinture.

Je ne sais vraiment plus pourquoi si vite, de peinture, et à propos de quoi.

Nous n'étions pas d'accord lui et moi.

Et puis tout d'un coup il a dit: "Ah Balthus, Balthus, Balthus".

Et puis une autre chose encore qui n'avait pas à voir avec la peinture, ni

avec le chapeau, mais avec la vie, sur le quai en arrivant, quand tu portais

sa valise.Il l'a dit en baissant la tête dans un souffle. Il l'a dit. Juste deux secondes.

Et c'était déchirant.

Il avait demandé avant: "Vous voulez boire un verre", mais on n'avait pas

le temps. Enfin moi, je ne pouvais pas. Alors on s'est séparés là.

 

 

Commentaires

Il faudra que j'apprenne à mettre des mots sur mes émotions. C'est certain. Parce que là, maintenant, après le coup du chapeau et des chaussons, je me sens comme démuni. C'est dommage, il y aurait tant à dire, mais ces foutus mots m'échappent.

Toujours est-il que : merci.

Ecrit par : liam | 28.05.2009

pfiou... quelle histoire !!
c'est un "personnage" de premier choix, Sophie !!!

Ecrit par : thomas p | 28.05.2009

Comme quoi le plus anodin des quotidiens peut donner un texte émouvant quand on s'en donne les moyens (mais faut aussi les avoir).

Sinon, Balthus, c'est bien ce peintre génial aux oeuvres ambiguës mais fascinantes, qui vivait avec son modèle de 14 ans ?
Et ça existe encore les compartiments ?

(que de questions...)

Ecrit par : Maître Po | 07.06.2009

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