28.05.2009

"Fantôme plastronné de ouate...."

" (...) L'espoir en Dieu? Il voudrait croire et ne croit pas. Marcel Proust

va entrer en littérature comme d'autres en religion. Sa retraite se fera par

étapes parce que, longtemps, il lui faudra, pour les besoins de son oeuvre,

maintenir avec le siècle des relations diplomatiques. Jusqu'à la fin un

fantôme plastronné de ouate, "tout pâle, avec une barbe bleue à force

d'être noire" (1) continuera de hanter sur le coup de minuit, quelques

maisons de Paris, quelques halls d'hôtel. Le vrai Marcel Proust vivra

désormais dans le passé.

"L'arche était close et il faisait nuit sur terre...le monde que Noé contemplait,

dans la pluie diluvienne, était un monde purement intérieur..."(2) Entre

1905 et 1911, à une date qui n'est pas exactement connue, Marcel Proust

commença de mettre en forme son roman. "Nous savions, dit Lucien

Daudet, qu'il écrivait un roman dont il parlait à peine comme en s'excusant".

(...) Derrière un opaque rideau de maladie et de mystère, Proust monte

silencieusement ses décors et fait répéter ses personnages. Jusqu'en 1905 il

n'avait pas trouvé la force de sacrifier le présent au souvenir. Son sujet

aussi l'effrayait..."

 

(1): "Proust" Ramon Fernandez, 1943 (qui vient je crois d'être réédité en Cahiers rouges Grasset)

(2): " Portraits" Robert Brasillach, 1935

 

A la recherche de Marcel Proust

André Maurois

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