28.04.2009

" Le Péguy que j'ai connu" (1)

Oui, oui, encore Péguy.

Car on m'a donné un petit livre qui date de 1951 et s'appelle

" Le Péguy que j'ai connu". L'auteur est Maurice Reclus (je

ne sais pas qui c'est. Un lien avec Elisée Reclus?) Edité

chez Hachette.

J'ouvre au hasard. Page 71.

" (....)  Rien, à ses yeux, n'était plus condamnable et même méprisable

que, par exemple, ces socialistes qui jouissaient sans vergogne des

douceurs de la vie en régime capitaliste, des bienfaits de la culture

et de l'art, des prestiges du monde, du charme des femmes élégantes

et parées, etc..., et qui faisaient en même temps profession d'ameuter

les foules déshéritées, la tourbe des miséreux, contre cette société

dont eux-mêmes épuisaient les délices. " Vois-tu mon vieux, pour

être socialiste, il faut en avoir les moyens, c'est à dire des rentes ou

une bonne place. Ce n'est pas l'affaire des pauvres bougres; ils n'en

auraient pas le temps: il leur faut gagner leur vie...."

En développant sa pensée là-dessus, je trouve en substance ceci:

autrefois, au temps du socialisme romantique et sentimental, du

socialisme état d'esprit, on pouvait peut-être se permettre de vivre

la vie bourgeoise tout en prêchant une révolution imprécise aux

contours indéterminés, en appelant de ses voeux un grand soir dans

le vague (...)

Péguy disait à peu près: " Qu'un brave ouvrier soit contre l'armée,


ça se comprend, ça se comprend même assez bien, mais qu'un militaire

 professionnel, un officier, un général, soit anti-militariste, ça ne se

comprend plus du tout, ou plutôt ça se comprend trop bien: ce militaire

est un triste sire! Qu'un bon bourgeois plus ou moins voltairien soit

contre le dogme, contre Rome, contre les curés, ce n'est pas défendu,

c'est même tout à fait permis, mais qu'un curé sous prétexte de critique

historique ou de libre discussion, sape la religion dont il est le minnistre et

apporte de l'eau au moulin des ennemis de l'Eglise, ça n'est pas permis du

tout, et ce curé est un vilain monsieur. Que l'épicier du coin soit contre le

grec et le latin, rien de mieux; mais qu'un "prof", un sorbonnard, prenne

parti contre les humanités, voilà qui passe l'entendement: ce sorbonnard

est un polisson, etc..."

Péguy dans cet ordre d'idées allait encore beaucoup plus loin; il n'aimait pas,

mais pas du tout, les bourgeois qui "vont au peuple"; il tenait que le devoir d'un

bourgeois est de faire intelligemment, honnêtement, noblement s'il en a l'occasion,

son métier de bourgeois, et non pas de "jouer ssur les ddeux tableaux" en apportant

" chevaleresquement" à la cause populaire un concours qui ne lui est d'ailleurs pas

demandé.

Un jour que nous déjeunions rue dde Rennes, il se produisit entre lui et un "intellectuel"

un incident assez vif et fort significatif. Ce convive, parfaitement sympathique, bon

républicain, bon Français et tout à fait éminent dans sa partie, était un citoyen

irréprochable, mais il avait, comme c'était la mode à l'époque, une certaine tendance

à faire bon marché de l'ordre bourgeois (...) "

A suivre...

 

Commentaires

Oui, et c'est la raison pour laquelle le fils de la rempailleuse de chaise détesta Jaurès, le fils du négociant. Au fond, cela s'appelait la conscience de sa classe, la conscience de classes, la mémoire des ancêtres également. On retrouve ce même antagonisme entre, par exemple, Béraud et Gide (oui, je la ramène avec mon Béraud, mais que voulez-vous, ça mange pas de pain et ça me fait plaisir). Dans la société du spectacle, qui est une société lisse faite d'images, et donc de mythes, mais jamais d'hommes de chair, ni d'êtres de paroles, on ne comprend plus cela du tout. On traite Péguy de réactionnaire ; c'est bien dommage. Péguy est un homme de chair (ça s'entend à sa voix et à sa parole, n'est-ce pas ?) et, sans jeu de mots, je vous soupçonne d'être "tombée amoureuse de lui" à cause de cela.

Ecrit par : solko | 28.04.2009

- Solko: oui

Ecrit par : Sophie L.L | 28.04.2009

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