27.04.2009
"Il ouvre une bouteille et la choisit très forte"
Ah ah ah! non seulement j'aime Musset, mais j'aime aussi le lugubre Vigny (*) (qui n'a rien à voir avec Musset, d'accord ).Lugubre ici aussi avec sa leçon d'espoir exaspérante! mais je l'aime car j'aime assez certains gens exaspérants...
Et donc cette "Bouteille à la mer" porte comme... dédicace? épigraphe? ou tout bonnement: sous-titre -je ne sais pas comment on dit- : "Conseil à un jeune homme inconnu". (Après Stello et Chatterton, les jeunes hommes l'appelaient souvent au secours)
NB: dans le passage que j'ai choisi on voit pas trop la leçon d'espoir, mais quand on lit tout....Qu'il est pénible ce Vigny, c'est fou!
(*) c'est ce prénom aussi! Alfred!!! "Alfred, mon amour, je pars faire les courses tu veux manger quoi ce soir?" Ah aimer un homme qui s'appelle Alfred!
(Là c'est "Le naufrage" de Turner. Alfred Turner!)
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"(...) Quand un grave marin voit que le vent l'emporte
Et que les mâts brisés pendent tous sur le pont,
Que dans son grand duel la mer est la plus forte
Et que par des calculs l'esprit en vain répond;
Que le courant l'écrase et le roule en sa course,
Qu'il est sans gouvernail, et partant sans ressource,
Il se croise les bras dans un calme profond.
Il voit les masses d'eau, les toise et les mesure,
Les méprise en sachant qu'il en est écrasé,
Soumet son âme au poids de la matière impure
Et se sent mort ainsi que son vaisseau rasé.
- A de certains moments, l'âme est sans résistance;
Mais le penseur s'isole et n'attend l'assistance
Que de la forte loi dont il est embrasé.
Dans les heures du soir, le jeune Capitaine
A fait ce qu'il a pu pour le salut des siens.
Nul vaisseau n'apparait sur la vague lointaine,
La nuit tombe, et le brick court aux rocs indiens.
- Il se résigne, il prie; il se recueille, il pense
A Celui qui soutient les pôles et balance
L'équateur hérissé des longs méridiens.
Son sacrifice est fait; mais il faut que la terre
Recueille du travail le pieux monument.
C'est le journal savant, le calcul solitaire,
Plus rare que la perle et le diamant;
C'est la carte des flots faite dans la tempête,
La carte de l'écueil qui va briser sa tête:
Aux voyageurs futurs sublime testament.
Il écrit: "Aujourd'hui, le courant nous entraîne,
Désemparés, perdus, sur la terre de Feu.
Le courant porte à l'est. Notre mort est certaine:
Il faut cingler au nord pour bien passer ce lieu.
- Ci-joint est mon journal, portant quelques études
Des constellations des hautes latitudes.
Qu'il aborde, si c'est la volonté de Dieu!
Puis immobile et froid comme le cap des brumes
Qui sert de sentinelle au détroit magellan,
Sombre comme ces rocs au front chargé d'écumes,
Ces pics noirs dont chacun porte un deuil castillan,
Il ouvre une bouteille et la choisit très forte,
Tandis que son vaisseau, que le courant emporte,
Tourne en un cercle étroit comme un vol de milan.
Il tient dans une main cette vieille compagne,
Ferme de l'autre main son flanc noir et terni.
Le cachet porte encore le blason de Champagne,
De la mousse de Reims son col vert est jauni.
D'un regard, le marin en soi-même rappelle
Quel jour il assembla l'équipage autour d'elle,
Pour porter un grand toste au pavillon béni (...)"
1. Bon, vous lirez la suite - en tout il y a 26 strophes-
ailleurs, si le coeur vous en dit! C'est dans "Les destinées".
2. "Toste", oui c'est comme ça que Vigny l'écrit.
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