19.01.2009

"Si me cuidai joer"

A tous les chevaliers , à Albertine, et aux maris avec qui on ne peut jamais plaisanter

 

 

 

"Emperere, dist ele, ne vos en corociez;

Plus est riches d' aveir et d'or et de deniers,

Mais n'est mie si proz ne si bons chevaliers                           

Por ferir en bataille ne por ost enchalcier."                              

Quant ço vit la reïne que Charles est iriez,                               

Forment s'en repentit, voelt li cheïr as piez;                            

"Emperere, dist ele, mercit por amor Deu!                             

Ja sui jo vostre femme, si me cuidai joer;                              

Jo m'escondirai ja, se vos le comandez,                                 

A jurer sairement o juïse a porter:                                         

De la plus halte tor de Paris la citet                                       

Me larrai contre val par creant devaler                                   

Que ja por vostre honte ne fut dit ne penset."                       

- "Non ferez, ço dist Charles, mais le rei me nomez."               

-"Emperere, dist ele, ja nel puis jo trover."                              

-"Par mon chief, ço dist Charles, oreindreit lem direz,

O jo vos ferai ja cele teste colper."                                        

 

 

Ore entent la reïne que ne se poet estordre,                           

Volentiers le laissast, amis que muër n'en oset.                     

"Emperere, dist ele, ne me tenez a fole;                                 

Del rei Hugon le Fort ai molt oït parole:                                   

Emperere est de Grice et de Costantinoble,

El si tient tote Perse tres que en Capadoce,

N'at tant bel chevalier de ci en Antioche...."-

 

" Empereur, dit-elle, ne vous irritez pas. Il est plus riche que vous

de biens, d'or et de deniers, mais il n'est ni preux ni si bon chevalier

pour férir en bataille et chasser les païens." La reine, voyant que Charles

est en colère, se repent vivement et se jette à ses pieds. "Empereur,

dit-elle, pardonnez-moi, pour l'amour de Dieu. Je suis votre femme

et j'ai voulu plaisanter. Si vous l'exigez je vous ferai réparation, soit

par amende honorable, soit par épreuve judiciaire: de la plus haute

tour de Paris je m'engage à me laisser choir, pour témoigner que

jamais ces mots ne furent dits ni pensés pour votre honte. -Vous ne le

ferez pas, dit Charles, mais nommez moi ce roi. - Empereur, dit-elle, je ne

le puis trouver. -Par mon chef, répond Charles, vous allez me le dire,

ou je vous ferai couper la tête." La reine voit qu'elle ne peut échapper.

Elle eût volontiers laissé ce discours, mais elle n'ose détourner la

conversation. "Empereur, dit-elle, ne me tenez pas pour folle. J'ai beaucoup

entendu parler du roi Hugues le Fort. C'est l'empereur de Grèce et de

Constantinople qui tient toute la Perse jusqu'en Cappadoce..Il n'y a si beau

chevalier d'ici à Antioche..."




 

 

Commentaires

Ah ah... Quelles lourdes bêtes nous sommes... Et comme vous nous êtes nécessaires! La littérature le sait depuis le XIème siècle au moins. J'ai un peu de retard, j'ai souvent du retard. (n'oubliez pas d'meporter vos songes ce soir Sophie!)

Ecrit par : Tang | 19.01.2009

Cette manie de faire des blagues à la con, tout de même, pff...
Dire ça à Charlemagne. Non mais.

Ecrit par : Carla B. | 19.01.2009

Carla B.: comme vous faites fantasmer les hommes, ma chère, mine de rien!

Ecrit par : Sophie L.L | 19.01.2009

- Carla B:vos le commandez de doner vostre enseïgnemen de femme docil a ma reïne : par mon chief se moq de mon chief e fait despuès moult chantach al suïcid de se choir de la plus alt tor. Vostr prix es el mien: soy rich d'aveir dor et deniers;messags urgentz!

Ecrit par : Charlemagne | 20.01.2009

- Carla B: mon dieu, je vois une pointe, un soupçon, un nuage, de perfidie, dans mon commentaire à votre égard...pourquoi j'ai envie de vous donner des claques comme ça?! je suis partie au quart de tour c'est vrai! bon, allez ouste, du balai!hors de l'éventail et plus vite que ça! oui, oui, c'est ça, c'est ça, je suis jalouse!(surtout de votre mari)

Ecrit par : Sophie L.L | 20.01.2009

Oh, merci, merci, merci !!!
Fort susceptible le Charlemagne tout de même ! Par ailleurs, je me demande bien comment il pourra être "prouvé" qu'il est bien le plus beau, le plus fort, le meilleur, etc.
Quant à l'épreuve judiciaire pour les femmes, j'ignore tout à fait en quoi cela consiste. Est-ce un serment sur les reliques comme on en voit le cas avec la blonde Iseult et son (fort malicieux) serment ?

Ecrit par : Albertine | 20.01.2009

"La suite ! La suite!"

Ecrit par : sabg | 20.01.2009

Bah quoi, qu'esse j'ai fée ? L'autre jour, on était en retard, j'ai hurlé : Nicolas, magne ! Ca vaut bien Charles si vous voulez mon avis, Sophie. Nicolamagne ! Toujours à la bourre, l'empireur ! Vive l'empireur ! Vive Nicolamagne, l'homme à la bourre (tant mieux pour moé). Sans rancune.

Ecrit par : Carla Bruti | 20.01.2009

- Albertine: je ne sais pas, je vais lire la suite tout à l'heure! mais je vous supplie de dire ce que c'est le serment malicieux d'Iseult! merci!

- Sabg: ah quelle douce parole!

- Carla Bruti:faites-moi encore rire Carla Bruti, s'il vous plait, je suis si fatiguée! mais pas de vous

Ecrit par : Sophie L.L | 20.01.2009

Eh bien, le “serment malicieux” d’Iseult, je vous le raconte bien volontiers. Alors alors, après qu’il a pardonné à Iseult et lui a permis de revenir dans le château après son exil dans la forêt, le roi Marc, pressé par les barons félons, lui demande (enfin ce n’est pas tout à fait comme cela que ça se passe, mais bon) de se soumettre à l’épreuve du serment afin que de sa fidélité tous soient assurés et que les vilaines langues soient réduites définitivement au silence. Iseult accepte et demande que le roi Arthur lui-même, ainsi que les « preux chevaliers » (ainsi, il y a Gauvin et Keu et tout ça tout ça) soient présents et soient les témoins de ce serment.
Pour le jour de l’assemblée, elle commande à Tristan (resté dans la forêt) de venir fardé et travesti en lépreux — ce qu’il fait. Le voici méconnaissable, une béquille d’une main, un hanap de l’autre et faisant jouer de la cliquette à qui mieux mieux. Or, pour rejoindre le lieu du “tribunal” où sont disposées les reliques, il faut traverser le « Mal pas », qui est un gué fort mauvais où tous s’embourbent. La rusée Iseult ordonne alors à l’“infortuné lépreux” de la faire traverser en la portant comme bête de somme, afin qu’elle ne tâche pas son beau bliaut de soi blanche. Elle passe ainsi le gué en montant à califourchon sur les épaules du lépreux.
Vient alors le moment du serment et Arthur dit à Iseult :
« « Entendez-moi, Iseult la belle […]. Jurez ici que Tristan n’eut envers vous que l’amour dû à l’épouse de son oncle et que vous n’eûtes pour lui d’autre amour que celui dû au neveu de votre mari. Jurez-le. » Alors Iseult lui répondit : « Sire, je ferai mieux encore que ce que vous me demandez. Afin que le roi Marc et tout le peuple de Cornouailles soient entièrement sûrs de moi, devant Dieu et toute la cour céleste, sur ces saintes reliques et sur toutes celles qui sont par le monde, je jure que jamais homme n’est entré entre mes cuisses, sinon le roi Marc, mon époux, et ce lépreux qui, tout à l’heure, me porta sur son dos comme une bête de somme. ». (éd. de R. Louis, Livre de poche, p. 168-169)

Et c’est ainsi que la belle Iseult ne fut point parjure :-) !

Ecrit par : Albertine | 21.01.2009

(Oulala ! J'ai déjà plein de retard sur les nouveaux billets... Je reviens, je reviens ! Vous allez trop vite pour moi Sophie :-) !)

Ecrit par : Albertine | 21.01.2009

- Albertine: je ne regrette pas de vous avoir demandé de raconter ça!mille mercis!

Ecrit par : Sophie L.L | 22.01.2009

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