31.12.2008

Même fin d'année 1852

Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet (lettre 173)

19 décembre 1852

 

...Je te renvoie les Lamartine. Qu'est-ce-que tu veux que je fasse de toutes ces

ordures-là, je n'ai pas le temps de lire les grands, à plus forte raison les petits.

Qu'apprend-on dans ce ramassis de publications quotidiennes? - C'est comme les

feuilletons de l'ami Théo, je ne le croyais pas tombé si bas. Il ne se gênerait pas,

lui, pour mettre des douleurs d'airain qui marchent et des ennivrements qui haussent.

J'ai jeté les yeux sur ses deux feuilletons, j'y ai vu des échantillons qui fourmillent,

une quantité de pittoresques, d'admirablement, etc. Il râle, ce pauvre garçon. Personne

ne peut résister à l'exutoire de la publication quotidienne. Toute force s'épuise quand

on ne la ménage pas. Pour faire du beurre on bat la crème à tour de bras, et pour

avoir la crème, on laisse au lait le temps de se prendre.-

Alors, pas de chagrin, pas de découragement, ma vieille. Tu es dans notre compagnie.

Il faut se soumettre à notre régime. C'est-à-dire avoir une rage froide et permanente.

Je ne t'envoie pas mon voyage.- Pense plutôt à l'Acropole, il en est temps. Tu ne mets pas

assez d'intervalles entre ta conception et ta plume. Je t'enverrai ton buvard la première

fois que j'irai à Rouen. - Soigne-toi bien, attends pour travailler que tu sois complètement

guérie. Mais tu ferais bien de consulter quelqu'un, voilà longtemps que tu te plains de

douleur au coeur. As-tu encore des vomissements?

Adieu, je t'embrasse bien.

Ton Gustave

 

Commentaires

L'est bien, ce Gus.
Par ailleurs, z'avez djà lu du Louise Colet, vous, Sophie?

Ecrit par : Pascal Adam | 31.12.2008

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