30.11.2008
"la puissance d'un langage inutile"
Donc François-René est là-bas, sur le grand Bé, à gauche sur la photo, sa tombe tournée bien sûr vers le large. A marée haute, il est séparé de la ville.
Je ne cesse pas depuis deux mois de penser à lui.Sans savoir pourquoi, mais l'explication m'est venue soudain ce matin. Explication personnelle évidemment comme tout ce qui nous meut (j'hésite un peu quand même à écrire meut!) : sans doute parce que mes parents vivant depuis longtemps à Saint-Malo mais ayant déménagé il y a deux mois près de chez moi près de Paris,je sens François-René abandonné. C'est un raccourci, ce n'est pas tout à fait ça, mais c'est ça aussi, et bon, passons.
En fait je vais être brutale avec moi, c'est un raccourci entre sa tombe à lui et celle à venir de mes parents, mais je crois aussi que c'est ainsi qu'on lit, avec ce va et vient entre le texte et nous. J'en suis sûre pour moi en tous cas.
Donc je lis et relis et lis Chateaubriand.
Et "La vie de Rancé" que j'avais oubliée, qui ne m'avait pas beaucoup touchée et qui désormais, en superposition: François René + Rancé, ne me quitte plus.
Et du coup je viens enfin de lire la préface que Barthes a écrite en 1965 pour la collection 10/18. On la trouve maintenant dans le tome IV des Essais critiques au Seuil.
Cette préface , Barthes l'a titrée "La voyageuse de la nuit", car c'est ainsi que Chateaubriand appelle la vieillesse et Barthes s'arrête à ces mots sublimes de François-René. Solko disait ici dans un commentaire l'autre jour que ce n'est pas pour rien qu'on appelait (qu'on appelle?) Chateaubriand "L'enchanteur" ce que je ne savais pas.
La préface de Barthes est brillante et en même temps tremble. C'est beau, c'est fou.
"(...) A quoi sert de dire chat jaune au lieu de chat perdu? d'appeler la vieillesse voyageuse de nuit(...) Nous ne savons pas si Chateaubriand reçut quelque plaisir, quelque apaisement, d'avoir écrit La vie de Rancé; mais à lire cette oeuvre et bien que Rancé lui-même nous indiffère,nous comprenons la puissance d'un langage inutile(...) Par rapport à la difficulté d'être, dont elle est une observation continuelle, la Vie de Rancé est une oeuvre souverainement ironique (...) N'est-elle pas un certain "détachement" appliqué par l'excès des mots (toute écriture est emphatique) à la manie poisseuse de souffrir?"
(pour une fois, c'est une photo "maison")
22:25 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : chateaubriand, saint-malo, vie de rancé, roland barthes, chat jaune



Commentaires
"je crois aussi que c'est ainsi qu'on lit, avec ce va et vient entre le texte et nous" : pas tout le monde, loin de là. Et en tous cas pas Chateaubriand. D'outre-tombe, il doit se réjouir d'être ainsi considéré sous l'éventail. En être enchanté.
Ecrit par : solko | 30.11.2008
"je crois aussi que c'est ainsi qu'on lit, avec ce va et vient entre le texte et nous. "
Je lis comme toi .
Ecrit par : So | 30.11.2008
Quel courage: relire Chateaubriand ! d'accord la préface à BARTHES ça peut aider
hereusement que ta photo maison et ton texte nous aident à garder la tête hors de l'eau. Par contre j'ai moins souffert avec le mac do, même si je garde un faible pour le poulet frites de ma jeunesse sur la plage après le coucher de soleil.
Gardes nous cette beauté du verbe qui donne à ton éventail cette lueur de phare
amitié
Ecrit par : alex | 01.12.2008
@ Solko: merci!
@ So:suis heureuse de te voir, merci, à bientôt, j'espère que tu vas bien
@ Alex:non, non, en ce moment le courage ça serait de ne pas lire Chateaubriand mais à la place nettoyer le four, faire les vitres, réparer une poignée de porte qui se fait la malle, ranger des papiers en bordel, etc! Sinon, tu as vraiment mangé du poulet-frites sur la plage de st malo?! ou une autre? Pas loin de la plage sur la photo il y en a une qui s'appelle "la plage de l'éventail"!
Ecrit par : Sophie L.L | 01.12.2008
Je n'ai pas bien compris qui était ce Barthes qui écrit dans le Chateaubriand : un gardien de but? Celui des Simpson?
Ecrit par : Pascal Adam | 02.12.2008
@ Pascal:tsss, vous avez très bien compris, c'est le divin chauve, marquis de la coupe du monde (pour les Simpson, il me semble que vous m'avez déjà fait Homère/Omer! Tant mieux, car en vrai je ne crache ni sur le foot ni sur les Simpson!!!)
Ecrit par : Sophie L.L | 02.12.2008
Il parait qu'un conducteur d'autobus (ou un camion de livraison - les versions varient) a renversé Fabien au sortir de la Sorbonne. Pour une fois qu'il faisait un effort, la vie est injuste...
Ecrit par : solko | 02.12.2008
@ Sophie L.L. : Vous voyez ! Le 30 novembre vous surveilliez déjà la petite lumière du four... Bonne journée.
Ecrit par : Marc | 11.02.2009
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