31.10.2008
Disserte
Une de mes nièces -16 ans- m'appelle au secours ce soir pour sa disserte à rendre le jour de la rentrée des vacances de toussaint.
Elle est en première.
Le sujet: " A propos de la représentation théâtrale, Henry de Montherlant écrit: "Voir n'est pas lire et seul le volume compte".
Vous imaginerez un dialogue où il développera ce point de vue face à des spectateurs qui tenteront de le réfuter."
Vous trouvez ça facile, vous ? Pas moi !
22:44 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
"Chacun occupé d'autre chose"
"...Même ceux qui vont lâchés comme des mouches, aiment ou haïssent d'autres hommes et
s'accrochent à eux de la sorte. Ils ont bâti des maisons pour se protéger du grand nombre; mais
la porte s'ouvre à quelques uns, car l'homme est un animal de petite société. Chacun se
déplace dans la sphère de ceux qu'il attire ou dont il est attiré.Et ils répétent en choeur comme
des écoliers: "J'ai, tu as, il a , nous avons, vous avez, ils ont une importance". C'est aussi pourquoi
ils travaillent tant: pour se tenir par les bras et par les mains à ceux qu'ils ne peuvent toucher par le coeur
et la pensée, mais moi j'aime et je pense dans le vide et tout ce que je ferais tomberait dans le vide.
- Que deviendrai-je?
- Ecrivain, répondait une voix comme par un téléphone mal branché. Et à qui lirai-je ce que j'écrirai? A eux? Ils sont trop
et chacun est occupé d'autre chose"
Ce sont les dernières lignes du livre de Luc Dietrich "Le bonheur des tristes" (1935)
19:23 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Nacquart (3)
- Nacquart?
- ...
- Nacquart? Ecoute Fénelon quand je te parle! c'est qui Nacquart?
- Nacquart ma douce c'est le bon docteur Nacquart de Balzac, le vrai, comme Virginie Prignot était une vraie admiratrice, plus
vraie que nature. Il est né...euh...attends deux minutes...
Et là Fénelon attrape la correspondance de Balzac dans la Pléiade.Hop, repertoire des correspondants, à la fin.
Il est né en 1780, il a publié le "Traité de la nouvelle physiologie du cerveau", il habitait rue Sainte-Avoye dans le Marais.
Il s'appelait Jean-Baptiste.
Ils se sont beaucoup écrit.
- Vraiment?
- Oui, oui, écoute, au hasard, page 1044, Nacquart écrit à Honoré le 7 janvier 1835: "...Guérissez-vous de votre rhume et rentrez dans votre
intégrité organique parfaite; c'est le voeu d'un docteur qui croit à la coordination du physique et du moral..."
- C'est l'homme qu'il te faut! (le coup du rhume, c'est parfait pour Fénelon!)
- Yes, the right man in the right place! (Misère, il s'entraîne déjà à parler anglais pour sa mission!)
(à suivre)
11:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Docteur Nacquart, I presume?(2)
(suite du magnifique épisode précédent: "Fénelon est de retour en ville")
"Tudieu, la mission est d'importance, songea Fénelon. Je vais pas m'embarquer là-dedans sans cacahuettes.
Et puis elle est dangereuse: rencontrer Strauss-Kahn, ok, mais si j'attrape un rhume à Washington,
qu'adviendra-t-il de moi?"
Hypocondriaque, ce Fénelon.
Soi-disant à l'article de la mort tous les deux jours, il est d'ailleurs interdit d'IRM à Cambrai.
Mais les hypocondriaques ont toujours quelques bons copains docteurs. Qui n'en peuvent mais.
"Je partirai pas sans médecin avec moi", décide Fénelon.
Et le voilà qui, prenant son téléphone, fait le tour des sermentés d'Hippocrate avec qui il a déjà bu une bière.
Mabuse? Euh non, trop diabolique, se dit Fénelon. Schweitzer? " Allo, oui, rappelle plus tard, il est minuit" lui dit Albert (pas le mien hein).
Il appelle March. "Impossible, mon cher, trop de problèmes avec mes quatre filles". Mince alors! Qui va accompagner Fénelon?
Kouchner? "Désolé mon pote, le riz chauffe" botte en touche le ministre. (Je l'avais pourtant prévenu Fénelon: "dis que c'est pour voir
Strauss-Kahn, il viendra Kouchner!" Mais Fénelon n'a pas voulu préciser, arc-bouté sur son concept d'amitié: s'ils m'aiment ils viendront sans
avoir besoin de savoir pourquoi!" Quel gosse!)
Alors voilà, c'est malin! Il reste qui à appeler?
"Nacquart! Nacquart!" s'exclame Fénelon. "J'appelle Nacquart!"
(à suivre)
.
10:37 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.10.2008
Fénelon est de retour en ville
Ben ça faisait longtemps tiens! Que quoi? Que je n'avais pas vu Fénelon!
Heureusement il n'est pas (trop) rancunier.
Pourtant, il l'avait eu mauvaise quand je l'ai éloigné il y a quelques semaines. Pas d'accord le Fénelon:"Tu veux pas
que je devienne la mascotte de ton blogue? tu trouves que c'est trop facile? t'as peur de me détester d'ici peu?
mais je m'en fous, moi de tes toi, toi, toi!
T'en as de bonnes! Limite: je VEUX, moi, être la mascotte de ton éventail ! Entre nous j'en donne pas cher de la
peau de ton éventail si je m'envole. Ya que moi qu'est un peu marrant ici. Si tu t'imagines que tu vas faire poiler
avec Albert, ah ah je me tiens les côtes! Merde alors ! pour une fois que je m'amusais", voilà ce qu'il m'a crié.
Mais j'ai été intraitable. Fénelon go home! j'ai dit, et il a bien vu que je rigolais pas. On leur donne ça et ils vous prennent ça, merci!
Il commençait à avoir la grosse tête. Fallait que ça cesse.
Il est donc rentré à Cambrai.
A part quelques petites sorties -une bouffe avec Albert, quelques différends avec George qu'il n'apprécie guère, et un saut à Paris pour le
salon de l'auto il y a quelques jours , des trucs comme ça-, il s'ennuyait ferme.
Hier soir j'ai donc appelé Fénelon.
- je te dérange pas?
- tu parles, m'a-t-il répondu, je glande, à part surveiller mes ventes sur Amazon, je fais rien
- mais tu vends quoi?
- ben " Télémaque", en folio, en garnier-flammarion kesstucrois toi?
- et...ça bouge? (là je sais que je suis cruelle)
- ça stagne! je m'emmerde comme un rat! Et toi?
- on fait aller, mon cher...
- et ton connard de petit Albert ça boume?
( Voilà qui est direct! Mais ô combien fine mouche, je ne vais pas le suivre sur ce terrain!)
- bon, parlons peu parlons bien, Fénelon chéri, mon coeur, mon astre:tu reviens. Cire tes godasses. On t'attend en ville.
( Fénelon adore qu'on l'attende en ville)
- Tu as une mission
( C'est son côté scout: il adore les missions. "Cocker blagueur" c'est son totem)
- Quelle mission? ( Il se prend aussi pour Daniel Craig )
- Demain première heure tu as RV au FMI avec Dominique Strauss-Khan
- Euh...le vrai?
- Un peu, le vrai!
- Et je fais quoi?
- Fénelon, tu en sais déjà trop. Nos agents t'indiqueront en temps voulu la marche à suivre. Allez, exécution!
22:45 Publié dans N'importe quoi! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
" A taaaaaable, Albert!"
" (...) Pardonnez-moi, mais je sens que je n'ai qu'un moment pour faire
ce que je fais. Vous savez: " L'on devient cuisinier, mais l'on nait rôtisseur",
a dit Brillat-Savarin. Eh bien, en littérature, il y a des rôtis, des choses qui naissent
sous la conjonction de je ne sais quels astres. Un peu plus, c'est trop cuit, un peu
moins, la chair saigne encore."
(Lettre de Balzac au Docteur Nacquart, 30 mars 1835)
08:33 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Sors de mon corps, Virginie Prignot!
Parfois, je me sens comme Virginie Prignot, la "fleur d'automne" (c'est ainsi qu'elle avait signé sa première lettre!)
qui poursuivait Honoré.
Piteuse et pleurnicheuse comme Virginie Prignot.
Allez, un bon coup de canne -à pommeau bien sûr- dans les tibias, devrait m'aider à marcher un peu plus droit!
Admiratrice de Balzac parmi tant d'autres, elle lui a écrit 27 lettres entre 1831 et 1833.
On pense qu'il y a eu 10 ou 11 réponses de Balzac. Hélas, ces courriers à Virginie Prignot ont disparu.
Cela fait partie des choses auxquelles je pense souvent: et si on retrouvait ces lettres disparues ? Celles-là, pourquoi pas, mais aussi tant
d'autres.
Ce sera peut-être aujourd'hui! Hop, finies les manchettes de journaux sur la crise, mais partout: " Dernière minute: on a retrouvé les lettres de
Balzac à Virginie Prignot !"
En tous cas je suis curieuse de celle où il lui disait sans ambage, en gros, qu'elle écrivait comme une patate.
(NB: avez-vous vu comme ce saint-honoré tire la langue? Avec insolence si on le retourne un peu vers nous, ou bizarrement
comme s'il venait de se pendre et avait la langue qui sort de la bouche? Mmmm, délicieux un bon saint-honoré pendu!)
01:34 Publié dans Sentiments | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
29.10.2008
"Des livrets plein la hotte"
J'ai chez moi un autre petit livre (pas par le format cette fois, mais par l'épaisseur!)
de Jean-Luc Nancy, que j'aime beaucoup (je l'ai déjà dit, je radote!)
Il porte un sous-titre: "Du livre et de la librairie".
J'aime beaucoup ce passage:
"(...) Toujours la librairie garde en son sein quelque chose du colporteur de livres,
du gaillard chargé de petits in-douze et in-seize, des livrets plein la hotte et glissés
jusque dans les basques et le chapeau, non seulement capable de les vendre, mais
de les vanter et, s'il le fallait, de les raconter par coeur d'un bout à l'autre -
Manon Lescault, Le jeune Werther ou bien Schéhérazade-, boutiquier-conteur
nomade, aède ambulant, marchand marcheur et démarcheur d'éditions bon marché,
la librairie par les champs et par les grèves, sous le soleil et la pluie des grandes
routes (....)"
Et ce soir je me demande bien quel livre je serais capable de raconter par coeur
d'un bout à l'autre? Et je sais bien hélas que c'est aucun.
Et que c'est pas terrible.
23:12 Publié dans Sentiments | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jean-luc nancy, librairie, livre
" Les morts ne cessent de nous accompagner"
C'est peu de dire que j'aime cette étonnante, "modernissime" ? - sic! -, "Marie-Madeleine
pénitente", de Johan Moreelse (1603-1634).
Le tableau est au musée des beaux-arts de Caen.
C'est peu de dire que j'aime que Marie-Madeleine ait d'abord pris le Christ pour le jardinier
(forcément il venait de mourir).
C'est peu de dire que j'aime ce que dit d'elle, Jean-Luc Nancy dans "Noli me tangere":
"(...) Elle a montré quelle confiance elle mettait dans son Seigneur: non pas la crédulité
avec laquelle certains considèrent les supposés thaumaturges, mais l'assurance de ceci,
que le mort peut encore se lever et marcher, qu'en vérité il ne cesse pas de le faire, comme
font tous les morts car tous ils marchent avec les vivants.Les morts sont morts, mais en tant que morts ils ne cessent de nous accompagner,
et nous ne cessons pas de partir avec eux. De partir nulle part: de partir, absolument, d'aller au fond du tombeau jusqu'au fond sans
fond dans lequel on ne cesse pas d'avancer sans que pour autant on fasse route vers aucune destination (...)"
Avec Albert c'est exactement ça: nous ne faisons route vers aucune destination, nous sommes ensemble, moi dans son tombeau, lui bien
plus dans la vie que moi parfois, il me tire vers la vie, je me repose dans son tombeau, je l'emmène à Sidney, il m'accompagne
entre les deux guerres, nous sommes ensemble.
(Noli me tangere, Jean-Luc Nancy, Bayard 2003)
14:18 Publié dans peinture | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Quand le chat n'est pas là
Il y a un livre de Jean-Luc Nancy, que j'aime beaucoup. (Et j'aime beaucoup Jean-Luc Nancy.)
Bon. Les couleurs de ce tableau (1525) du Corrège qui se trouve à Madrid au Prado, sont évidemment atroces sur cette reproduction.
Clignons des yeux, imaginons-le autrement, avec ses "vraies" couleurs. Nous sommes là ensemble,
à Madrid, directement en provenance de Chambord. Oui Albert, quand le chat n'est pas là, les souris dansent!
Bon. Le livre de Jean-Luc Nancy,je me dépêche, pardon:
Noli me tangere -ne me touche pas, c'est aussi le nom d'un tableau du Caravage, du Titien, de Bronzino, une gravure
de Dürer et de bien d'autres peintres encore....
Mais c'est d'abord un morceau de l'Evangile selon Saint Jean."Noli me tangere" dit Le Christ à cette merveilleuse Marie-Madeleine pour qui
nous avons tous le plus grand faible (en tous cas, moi).
Comment les peintres ont interprété cette scène?
C'est le sujet de ce petit (par le format) livre de Jean-Luc Nancy, qui se termine ainsi :" (...) comme une scène étrange où un corps glorifié
se présente et se refuse à un corps sensible, chacun des deux exposant la vérité de l'autre, un sens frôlant l'autre mais les deux vérités
demeurant inconciliables et se repoussant l'une l'autre.
Arrière! recule! retiens-toi! (retiens-moi?) retire-toi!
Un tel discord au lieu même de l'étreinte définit et abîme sans fin la vérité même, sa souffrance et sa jouissance - la
levée du corps".
Sur ce, assez ri, il est midi, je pars travailler. Bonne journée!
12:15 Publié dans peinture | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




