26.10.2008
La délicieuse dent dure de Thibaudet (3)
Je ne sais pas ce que j'aime le plus chez Thibaudet dans son "Histoire de la littérature française".
Tout, je crois: la dent qui peut se faire dure...
la constante histoire, parallélement à celle de la littérature, de la critique littéraire...
( exemple, ce Paul Souday que je ne connaissais pas -voir ci-dessous- et dont il brosse le portrait
en deux mots)... le merveilleux emploi de mots rares comme "aristarque",contrastant avec certaines
formules populaires, gouleyantes... et les jugements très sûrs qui arrivent comme ça d'un seul coup,
pas chichiteux, virils, bien envoyés...
Ah la lecture d'Albert n'est pas une friandise, mais un plat qui tient au corps, un sanglier aux pommes
goûté à Chambord au coin d'une cheminée dans une maison proche du château, un soir d'automne. (cf. mes souvenirs en
10 tomes, vous avez sûrement lu ça?!) Je trouve Albert très très érotique.
Allez, ouvrons nos mirettes et nos oreilles: "...Les "Méditations" peuvent-elles rester pour nous ce qu'elles étaient pour les
contemporains?
Rappelons d'abord qu'il faut entendre par Méditations non le recueil arbitrairement bouleversé,
et grossi de médiocrités et de fonds de tiroir que Lamartine a dans la suite, fourni aux libraires,
et dont on réimprime toujours le dernier état, mais les vingt-quatre pièces du volume primitif.
Dans un exemplaire des "Méditations" où il avait intercalé des fiches, et qu'on put lire à sa vente,
Paul Souday (1) donne des notes et des appréciations sur ces vingt-quatre pièces.La moitié sont
exécutées par le guillotine de ce mot péremptoire: barbe! Le verdict de l'aristarque (2) coïncide
ici avec le sentiment moyen du lecteur parisien d'aujourd'hui. Mais le goût moyen n'est pas tout à
fait le goût..." (3)
(1) "Souday avait trouvé pour son confrère Bremond le diagnostic de "grabugiste professionnel", dont lui-même pouvait
prendre sa part. Le grabuge manque aujourd'hui dans la critique de journal. Désinterêt?" (A. Thibaudet)
(2) Aristarque: se dit d'un critique éclairé mais un peu sévère, en référence au célèbre grammairien et critique alexandrin
né vers 180 av JC et directeur de la célèbre bibliothèque!
(3) C'est moi qui, vulgairement, souligne.
17:28 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Ce qui me laisse songeur, rêveur devant cette dent dure,
c'est le temps : le temps qu'en ces temps là on prenait à lire, se lire, relire et se relire.
"La France a été une République de Lettres avant même d'être une République" : je crois que c'est Clémenceau qui disait ça. Albert en est un vivant (survivant ou plutôt re-vivant - grâce à vous-) exemple.
Écrit par : solko | 26.10.2008
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