29.10.2008
" Les morts ne cessent de nous accompagner"
C'est peu de dire que j'aime cette étonnante, "modernissime" ? - sic! -, "Marie-Madeleine
pénitente", de Johan Moreelse (1603-1634).
Le tableau est au musée des beaux-arts de Caen.
C'est peu de dire que j'aime que Marie-Madeleine ait d'abord pris le Christ pour le jardinier
(forcément il venait de mourir).
C'est peu de dire que j'aime ce que dit d'elle, Jean-Luc Nancy dans "Noli me tangere":
"(...) Elle a montré quelle confiance elle mettait dans son Seigneur: non pas la crédulité
avec laquelle certains considèrent les supposés thaumaturges, mais l'assurance de ceci,
que le mort peut encore se lever et marcher, qu'en vérité il ne cesse pas de le faire, comme
font tous les morts car tous ils marchent avec les vivants.Les morts sont morts, mais en tant que morts ils ne cessent de nous accompagner,
et nous ne cessons pas de partir avec eux. De partir nulle part: de partir, absolument, d'aller au fond du tombeau jusqu'au fond sans
fond dans lequel on ne cesse pas d'avancer sans que pour autant on fasse route vers aucune destination (...)"
Avec Albert c'est exactement ça: nous ne faisons route vers aucune destination, nous sommes ensemble, moi dans son tombeau, lui bien
plus dans la vie que moi parfois, il me tire vers la vie, je me repose dans son tombeau, je l'emmène à Sidney, il m'accompagne
entre les deux guerres, nous sommes ensemble.
(Noli me tangere, Jean-Luc Nancy, Bayard 2003)
14:18 Publié dans peinture | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note


Commentaires
c'est pas facile de réagir sur un texte pareil; A la limite si j'étais une dame, c'est le moment que je choisirai pour agiter mon éventail comme j'en ai vu faire dans le metro aux heures de pointe; car c'est alors que ma Madeleine à moi se transforme en ETHEL ROSENBERG et devant la bousculade qui se fait à chaque ouverture des portes je l'entends qui leurs crie:
"JOYEUX ET VERT, MES FILS, JOYEUX ET VERT SERA LE MONDE AU DESSUS DE NOS TOMBES !"
Pourquoi faut-il alors que sur le quai surgisse ce diable de PREVET, déguisé en controleur, qui n'arrête pas de dire pour calmer ces impatients:
"Ne craignez rien
gens honnêtes et exemplaires
Il n'y a pas de danger
vos morts sont bien morts
vos morts sont bien gardés
il n'y a rien à craindre
on ne peut vous les prendre
ils ne peuvent se sauver
Il y a des gardiens dans les cimetières
et puis
...
Vos morts ne reviendrons pas
s'amuser sur la terre
les larmes ont été versées une fois pour toutes
et il n'y aura pas
il n'y aura plus à revenir la dessus
et rien dans le cimetière ne sera saccagé
les pots de chrysanthèmes resteront à leur place
Et vous pouvez vaquer en toute tranquilité
l'arrosoir à la main devant le mausolée
aux doux labeurs champêtres des éternels regrets."
C'est dis , moi Marie ou pas j'ai fini mon paquet de madeleines,
moelleuses à point, tant pis pour le régime et la visite des cimetières
BIses à toi et compliment à ton ALBERT
Alex
Ecrit par : alex | 29.10.2008
Jolie peau blanc presque laiteuse. Beaucoup de sensualité s'y dégage.
On oublie trop souvent qu'à cette époque, le sexe jouait autant que maintenant tout en étant plus discret.
Ecrit par : Jo | 29.10.2008
Très belle image ... et texte savoureux qui nous invite à découvrir Jean luc Nancy (que je ne connais pas tout) Tout cela donne vraiment envie de s'y plonger ... "voyage d'hiver ?"
Ecrit par : frasby | 29.10.2008
"Pensées des morts" est le poème le plus supportable de Lamartine. La citation de Nancy (que je ne connais pas non plus) y fait penser, évidemment.
Temps et songe de Toussaint, qui ne font que remettre l'accent sur ce qui est vrai à chaque page du flot du temps. Ce que le "noli me tangere" a d'illusoire et de justifié, c'est que notre corps, -notre matière- est en constant mouvement et même ceux qui le touchent n'y ont qu'un accès fort limité, et ceux qui ne le touchent y ont accès aussi. C'était, avec "vitam impendere vero" la formule de Rousseau, je crois ?
Ecrit par : solko | 29.10.2008
@ Alex:je suis bien ignorante: c'est un texte de Prévert ou de toi, que tu cites?
@ Jo:j'aime bien ton expression: "le sexe JOUAIT..." !!!!
@ Frasby: voyages divers en tous cas! merci Frasby!
@ Solko:je ne sais pas pour Rousseau! Pour "Voilà les feuilles sans sève..."etc (si bien chanté par Brassens) je ne sais pas non plus si c'est le plus supportable; en tous cas cet interminable comme notre peine, poème de Lamartine, me fait pleurer à chaudes larmes quand je le lis. Comment dire? Lamartine c'est comme Musset: ils me font pleurer et en même temps je rigole, c'est très bizarre. Les deux se mélangent. Tout ce romantisme échevelé, excessif ça a un double effet sur moi, qui fait que je les adore. Bon, c'est pas Hölderlin n'est-ce pas!!!
Ecrit par : Sophie L.L | 29.10.2008
Vous, vous êtes passée chez Fraby...
Ecrit par : solko | 29.10.2008
"Pensée des morts" chanté par Brassens est une référence qui me tient particulièrement à coeur, elle est d'un répertoire peu connu chez Brassens, c'est une chanson particulière... Je l'écoute rarement mais à chaque fois elle me bouleverse... j'aime l'idée qu'elle soit un peu évoquée ici
Ecrit par : frasby | 30.10.2008
@solko : Oui, elle est passée chez moi ! Décidément, on ne peut rien vous cacher ;-))
Ecrit par : frasby | 30.10.2008
Le poëme en entier de ce sacré jacques,unique et inimitable de talent et d'Humour, est intitulé : "rien à craindre". Il me semblait que cette semaine où on voit fleurir des pots de Chrysanthèmes partout, ça s'imposait pour remonter notre moral à tous du moment que l'on nous refuse le tître de "braves gens" et que l'on peut échanger notre ignorance...
bIEN à toi.
Ecrit par : alex | 30.10.2008
@ Alex: ah merci Alex. Je n'aime pas les chrysanthèmes, c'est je crois la seule fleur sur terre que je n'aime pas. Pas parce qu'elle est liée à l'idée de mort, mais objectivement (?!) je ne la trouve pas belle avec ses frisettes. Par contre je trouve le mot "chrysanthème" très beau. Ah la vie n'est pas simple!
Ecrit par : Sophie L.L | 30.10.2008
Les mots non plus...
Ecrit par : solko | 30.10.2008
@ Sophie LL : Peut-être vous souvenez-vous de cette édition de Si c'est un homme de Primo Levi - Presse Pocket, Julliard, 1987. En quatrième de couverture la citation de Angelo Rinaldi qui se termine ainsi : « Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité. »
Ecrit par : Marc | 30.10.2008
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