13.08.2008

Dans le train avec Jeanne

En montant dans le train, je ne connaissais pas Jeanne.

C'était bien parti pour elle au début.Elle avait seize ans, -dix-sept? je n'ai pas bien compris-,

des parents adorables,elle était "radieuse, pleine de sèves et d'appétits de bonheur, prête à

toutes les joies, à tous les hasards charmants."

Et puis ça a tourné terriblement vite au vinaigre.

Elle s'est mariée à un inconnu, un gars qui n'y "allait pas de main morte",

pour reprendre l'expression d'Henri. (Henri était aussi dans le train, il commentait.

Il y a toujours de ces voyageurs, dans les trains, qui se mêlent de la conversation.)

Donc un mari qui s'était avéré rapido presto, "brutal, cupide, coureur".

"Il semblait tout autre depuis le retour de leur voyage de noces, comme un acteur qui a fini son rôle,

et reprend sa figure ordinaire.C'est à peine s'il s'occupait d'elle, s'il lui parlait même.

Toute trace d'amour avait subitement disparu."

Et Jeanne me regarde:"Etait-ce ainsi la vie? s'étaient-ils trompés? N'y avait-il plus rien pour elle dans l'avenir?"

J'ai vu que la pluie s'était mise à tomber.Le train roulait, je ne m'en étais pas aperçue.

Que répondre à Jeanne?

Je ne sais pas, moi.Je ne sais pas, Jeanne. Je sais juste que je t'aime.

Bon, oui c'est ainsi la vie, et en même temps, non.

En tous cas, tu ne t'es pas trompée.Mais ils t'ont tous trompée.Y compris tes parents adorables.

(Oui, ça c'est un peu dur à avaler; je l'ai pensé, mais je ne l'ai pas dit).

Alors Henri , manquait plus que lui, péremptoire:"Elle ne mourra pas de n'être plus désirée, de n'être plus comblée".

Ah ben bravo! T'en sais quoi, toi,au juste, monsieur Henri?

Henri pousse le bouchon un petit peu trop loin, je trouve.

 (Dans le train le 8 aôut, en lisant pour la 1ere fois "Une vie" de Maupassant, préface d'Henri Mitterand, livre de poche 478)

Commentaires

Jeanne, Lui et Monsieur Henri. Ah Sophie, je suis encore une lecture en retard... Je vais devoir faire un long voyage en train pour me rattraper - traverser le Canada d'est en ouest et aller-retour.

La fin des haricots comme titre de chronique littéraire c'est formidable.

Écrit par : Marc | 13.08.2008

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